Xavier : Nous avons accueilli des enfants qui n'avaient rien. Pas de manteau, pas de chaussures aux pieds. Absolument rien.

Un des premiers enfants accueillis chez Xavier
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Un des premiers enfants accueillis chez Xavier - © Xavier Dupuis

Xavier et son épouse ont accepté d'être " famille d'accueil d'urgence ". A tout moment, leur quotidien peut être " chamboulé ". Ils peuvent recevoir un appel, leur demandant s'ils savent accueillir un enfant, un bébé, chez eux, pendant 45 jours maximum.

Imaginons que vous soyez chez vous, prêt à sortir, pour aller chez des amis, un vendredi soir. Le téléphone sonne. On vous annonce qu'un bébé est en attente de placement. Cette situation, Xavier et son épouse l'ont déjà vécue plusieurs fois. Ce couple de Marchienne-au-Pont figure parmi les bénévoles de l'association " Accueil Familial d'Urgence ". " On a toujours la possibilité de renoncer, si on n'est pas disponible, si on ne se sent pas en forme...Il y a une grande liberté, car les familles d'accueil doivent avoir toute leur énergie pour ces enfants ". Chez Xavier, l'accueil est comme une seconde nature. Il travaille dans l'aide à la jeunesse, à mi-temps. " Ma femme aussi était active dans ce secteur-là ". Lorsqu'ils se rencontrent, vers 18 ans, leur premier " véritable engagement " sera d'ailleurs de parrainer un enfant. " On avait déjà le virus, si je puis dire ". Aujourd'hui, la chambre de leurs petits-enfants est aussi celle des enfants d'accueil. Au mur, leurs photos se confondent. " Cela veut dire quelque chose, sur notre engagement. Les enfants qui viennent chez nous font partie de la famille, ils dorment avec nos petits-enfants, ils partagent les mêmes jeux ". Même le lit cage, c'est celui que Xavier a construit pour son premier fils, " il y a 38 ans...et il sert toujours ".

Chez eux, ce sont souvent des bébés qui " débarquent ". " Pour les bébés, il faut des gens très disponibles, c'est du 24-24 parfois ! Il arrive qu'ils soient malades, qu'il faille se lever plusieurs fois par nuit pour donner des biberons...l'association sait que nous sommes très disponibles à ce niveau ". Et comme de jeunes parents, souvent, ils " font les nuits ", se lèvent à tour de rôle...Prennent soin d'enfants parfois apathiques, prostrés. "On refait la vie de jeunes parents, tout en nous rappelant bien que ce ne sont pas nos enfants. Ce qui n'empêche pas de s'impliquer à 100% ! Le plus petit des enfants que nous avons accueillis, il avait un mois et demi. Et c'était un enfant prématuré. Quand il est arrivé, il ne bougeait pas, il était malade...vraiment pas bien. On l'a eu dans nos bras quasiment tout le temps. On a vu qu'il s'ouvrait, qu'il prenait plaisir aux bains, il se mettait à faire des sourires...C'est incroyable la capacité de résilience qu'ont les enfants ! " Il est ému, quand il en parle. La séparation n'a pas été facile, elle n'est d'ailleurs jamais facile. " Bien sûr, on s'attache. Celui-ci, il était si frêle, et si mal en point quand on nous l'a confié...ça ne laisse pas insensible ! ". Ils ont accepté les règles de l'accueil d'urgence, malgré tout, et savent qu'au bout de 45 jours, la relation prend fin. " Quand on les voit partir on ne peut qu'espérer du bonheur pour eux...mais on sait que ce n'est pas toujours comme ça...donc c'est un petit peu compliqué... "

 

La famille sait très peu de choses des enfants qui lui sont confiés. " On nous dit juste ce qu'on a besoin de savoir. Par exemple s'il n'y a pas de papa, c'est important que nous le sachions pour ne pas parler de papa à l'enfant. Si l'enfant doit être suivi au niveau médical, c'est bien d'avoir son carnet ONE. On nous donne le matériel dont l'enfant a besoin, son petit bagage...quand il y en a ! " Parfois, il n'y a rien. " Absolument rien. Pas de bagage, pas de manteau, pas de chaussure. C'est un signe, évidemment, qu'à la maison il n'y avait pas grand chose, peu de matériel, parfois peu de possibilité de se soucier de l'enfant, et de son bien-être. Ça va de pair ! " Ils se sont équipés, pour faire face à toutes les situations. Landau, lit cage, biberons, couches, jouets... " on a récupéré à gauche à droite, chez nos enfants, dans des magasins de seconde main ".

Xavier et sa femme ont toujours travaillé dans le milieu de l'aide à la jeunesse, " on sait, on connaît la réalité, on s'y attend. Malgré tout, c'est difficile à vivre. Ca nous touche de savoir qu'il manque des choses à ces enfants. Mais on comprend, que des familles ne puissent pas avoir pu offrir du confort matériel, une certaine qualité de relation...nous on est là pour ça. C'est pas pour sauver le monde, c'est pour apporter à un moment donné un soutien, si minime soit il, à ces familles qui, à un moment donné, ont des difficultés dans l'éducation de leurs enfants ". Quel est leur rêve, à tous les deux ? " Ce dont nous avons toujours rêvé, c'est que les enfants, après le passage chez nous, puissent retrouver un milieu familial reconstruit, qui soit à nouveau dans de bonnes conditions pour accueillir des enfants ".

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