Selon le WWF, "1,7 million d'hectares sont déforestés pour nourrir le bétail en Belgique"

C'est l’équivalent du territoire wallon : "1,7 million d’hectares ont été sacrifiés en 2017 au Brésil pour nourrir le bétail belge." C’est ce que révèle une étude du WWF. Chez nous, la plupart des élevages conventionnels recourent au soja "made in Brésil" : une protéagineuse qui permet de compléter l’alimentation à destination des bovins, des porcs et des poulets. Pourtant, la culture massive de cette légumineuse provoque la destruction sauvage de la savane dans la région du Cérrado.

Peut-on se passer du soja?

A Tenneville, Vanessa et Patrick sont à la tête d’une exploitation biologique. Un élevage de porcs, de bœufs et de moutons principalement nourris avec des céréales cultivées sur la propriété et des légumineuses issues d’un fourrage grossier, une alimentation qui suffit au troupeau de vaches de race Angus : "On a remplacé le blanc bleu qui nécessite une alimentation plus complexe pour des bêtes qui produisent moins de viandes… C’est un choix…", explique Patrick Feller. Pour le porc, les céréales moulues sont complétées de soja bio d’origine italienne.

Du soja OGM qui résiste au glyphosate

Au Brésil, on cultive un soja génétiquement modifié composé spécialement pour résister au puissant herbicide : "On cultive du soja qui est pulvérisé par du Roundup pour supprimer les adventices et c’est ce soja-là qu’on importe pour la nourriture agricole", précise Hugues Falys, le responsable de la ferme expérimentale de l’UC Louvain.  Mais cet agriculteur relativise: "Chez le bovin, le recours à cet aliment est limité, il est beaucoup plus fréquent dans les porcheries et les poulaillers".   

Le monde agricole conteste 

Pour la Fédération wallonne de l'agriculture, il faut recontextualiser. Henri Lhoest, le vice-président de la FWA rappelle : "Le bétail wallon est majoritairement nourri avec un fourrage à base de céréales et de betteraves produit en Wallonie."

Le soja arrive uniquement en complément, lors de l'engraissement des bovins. "Ce qui représente à peine deux pourcents de l'alimentation globale de l'animal", souligne Anne Pétré, la porte-parole de la fédération.

Denis Ducarme, le ministre fédéral de l'agriculture confirme:  "La base de l’alimentation du bétail viandeux se compose, en extrême majorité, d’herbe et de fourrages produits localement." Pour le réformateur, "l'ensemble des modes de production qui coexistent en Belgique répondent à des normes extrêmement strictes qui assurent un niveau élevé de sécurité alimentaire tout en veillant à la préservation de l’environnement ainsi qu’au bien-être animal."

De son côté, la fédération nationale du commerce de bétail rappelle qu'un grand nombre d'exploitations bovines wallonnes détenant du Blanc Bleu Belge n'utilisent pas de soja : "La plus grande consommation de soja en Europe est liée au secteur du porc, de la volaille et de la production laitière" précise son secrétaire général, Benoît Cassart.

"Un choix politique"

Pour Henri Lhoest, la responsabilité des agriculteurs n'est pas seule en cause. L'importation de soja est liée à un accord politique entre l'Europe et le continent américain. "L’Europe a accepté d'importer ce soja en provenance du Brésil et des Etats-Unis pour permettre d'autres exportations comme des voitures françaises outre-Atlantique. D'ailleurs, pendant de nombreuses années, l'Europe refusait d'aider la culture de protéines locales, chez nous... mais les choses changent!", assure le vice-président de la FWA.

Le WWF précise sa position

En réaction à la polémique sucitée par la publication de son étude, le WWF réagit: "Nous ne sommes pas en faveur d’un boycott du soja utilisé pour nourrir leurs animaux. Nous demandons des garanties pour que le soja importé en Belgique ne provienne pas de zones déboisées".  Le WWF se dit conscient des difficultés rencontrées par les professionnels du secteur. Par contre, il lance un appel aux autorités : "Il est temps qu'elles prennent leurs responsabilités. Nous demandons une loi pour interdire les importations de produits liés à la déforestation. Le soja en fait partie tout comme le cacao, le bois, le café, l'huile de palme et caoutchouc."

 

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK