WANDA : J'étais prête à tout, même à me prostituer, pour donner à manger à mon bébé

WANDA : J'étais prête à tout, même à me prostituer, pour donner à manger à mon bébé
WANDA : J'étais prête à tout, même à me prostituer, pour donner à manger à mon bébé - © pixabay

En l'espace de quelques années, Wanda a tout perdu. Emploi, famille, confort matériel...Il s'en est fallu de très peu pour qu'elle ne se retrouve à la rue, avec un nouveau-né. Dégringoler dans l'échelle sociale, elle sait ce que c'est. Se battre comme une lionne pour remonter la pente, petit à petit, c'est le quotidien de cette maman namuroise.

J’ai 5 enfants :2 majeurs et autonomes, une fille de 16 ans, un garçon de 14 ans, et un petit bout de 7 mois tout juste. Ces dernières années ont été extrêmement difficiles, je me suis retrouvée à tout perdre petit à petit. Ça a commencé par des gens que j’hébergeais qui ont vidé mon compte. Les huissiers ont suivi. J'ai perdu mes droits au chômage. A nouveau les huissiers. Puis la médiation de dette, le CPAS, tout ça...Pour couronner le tout, fin janvier de cette année, j'apprends que je vais avoir une saisie totale sur salaire. Mon ex, le papa des deux ados, a obtenu une indexation de la pension alimentaire. Avec un retour de sept ans en arrière. Sept ans d'indexation, ça faisait dans les 8000 euros. A partir de ce moment là, tout ce que je recevais sur mon compte m'a été saisi. J'étais enceinte de 9 mois, et je ne savais vraiment pas comment j'allais faire pour vivre. Je me suis renseignée pour trouver des familles d'accueil, placer le petit momentanément ? ".

Il y a un moment, on n'a pas le choix. Trouver de l'argent, par n'importe quel moyen

Wanda en perd le sommeil, passe son temps à chercher des plans B, des solutions d'urgence. "On pense à tout, parce que forcément ce n’est pas ce qui est le plus honnête qui rapporte le plus. Oui, j’ai eu des idées malsaines. Je me suis dit qu’il allait peut être falloir me lancer dans la prostitution ou dans un trafic quelconque. Il fallait de l’argent qui rentre, j’avais mes deux autres enfants qui venaient un week-end sur deux, la moitié des vacances scolaires…il fallait trouver des solutions à tout prix !!!!  On a beau être quelqu'un d’honnête, de droit, il faut se débrouiller. Donc clairement j'étais prête à tout. Il y a un moment on n’a pas le choix ".  Un emploi aurait-il pu " la sauver " à ce moment-là ? " Trouver un emploi, c’est bien beau, mais quand on est sous saisie totale...tout est confisqué! Que ce soit un salaire, le CPAS, un chômage…Ce qui n’est pas saisi, c’est le pas déclaré. Qui peut me permettre de nourrir les enfants, les habiller, d’aller chez le médecin etc ! "

Il m'est arrivé de poster un appel à l'aide sur Facebook

Avec l'arrivée du bébé, des frais nouveaux s'accumulent. "Bébé prenait des boites de lait à 14 euros la boite. Deux à trois paquets de lange à 10 euros par mois. 6 boites à 14 euros, 25 bouteilles d’eau à 1 euro et quelque, les langes…j’avais les 3/4 de mon aide alimentaire qui y passaient, rien que pour bébé. Avec moins de 100 euros, je devais m’assumer moi, mes deux autres enfants, …Il y a eu des moments où c’était extrêmement difficile, je ne savais pas payer la dernière boite de lait !! "

Dans ces cas-là, Wanda a mis sa fierté de côté. " Il m'est arrivé de poster des annonces, des appels à l'aide, sur Facebook.  Des appels au secours sur des groupes d'entraide. Ca m’a permis de rencontrer des gens extraordinaires. Une personne a couru à la pharmacie chercher une boite de lait, acheter des langes et m’a ramené tout ça. Elle est venue m’apporter ça sur place. Je suis quelqu'un de très fier à la base, mais à un moment on se rend compte que si on a besoin des autres on a besoin d’aide clairement, on va pas s’en sortir seul on met son respect de côté. Ce n’est pas qu’on ne se respecte plus. Mais c’est une nécessité absolue ! Donc on met sa fierté de côté ! C'est comme la prostitution...S’il avait fallu en arriver là, voilà. Je sais que j’aurais eu énormément de mal… ! Ca ne fait pas partie de moi, de mon caractère, j’aurais eu énormément de mal. J’aurais peut être bu pour y parvenir. Mais…dans quoi je serais tombée ! "

Ce qui a " sauvé " Wanda, c'est tout d'abord l'aide d'une asbl, " l'asbl Entraide à Mons, qui m'a permis d'avoir 75 euros de plus, pendant 3 mois, c'était vraiment bienvenu ", et surtout l'intervention de son assistante sociale. " Quelqu'un de formidable, qui a su défendre mon dossier au CPAS, expliquer dans quelle urgence je me trouvais. Ils ont pris en charge des frais, pour me permettre de garder mon logement, de payer mes factures. Ca m'a sauvée ".

Et maintenant ? " Maintenant il faut remonter la pente, récupérer tout ce qu'on a perdu pendant cette période. Faut se rhabiller, les enfants poussent à une vitesse phénoménale. Ma grande fille vient de revenir vivre à la maison. Ce sont des frais aussi. Remplacer tout l'électro qui a lâché, payer les factures qu'on n'a pas payées, tout ! Et penser peut etre un peu à moi aussi...Me rhabiller... "

Comptable de formation, bilingue, Wanda a bien l'intention de retrouver un travail, dans les prochains mois. " Mais quand tu n'as pas d'argent, la recherche d'un job c'est aussi un parcours du combattant ! Déjà pour se présenter de façon décente, s'habiller en rapport avec le travail que tu vises...Je n'ai pas la belle petite jupe, les beaux souliers, le petit chemisier qui fait bonne impression... " Lors de sa dernière entrevue, à Louvain-La-Neuve, elle portait... " une chemise d'homme. C'est tout ce que j'ai trouvé. Et un jeans noir. Ca m'a peut-être enlevé mes chances, d'entrée de jeu...mais voilà. C'est encore serré, le budget...et ne parlons pas des frais pour se déplacer d'un entretien à l'autre. Quand il faut prendre le bus, par exemple, faire garder ton enfant, tout ça, ce sont des coûts... "

Quand tu es dans la dèche, tu n'as plus aucun plaisir, aucun!

La saisie sur salaire s'est arrêtée au mois d'octobre. Elle a l'impression de " respirer " tout de même. Et commence à envisager le retour à une vie normale, avec de temps en temps un petit " plaisir ". " Ce serait bienvenu, parce que quand tu es dans la dèche...tu n'as plus aucun plaisir. Plaisir de manger ? On n'a plus de quoi se payer de la viande, des légumes frais, on mange du pain à 70 cents, qui est déjà à moitié sec. Chaque jour, on mange la même chose. Sortir ? Et pour aller où ? Et comment ? Le bus est payant. L'aller retour à 5 euros,ça me permet de manger pendant deux jours. Boire un verre, ça coûte cher...Inviter des amis ? Impayable ! On peut déjà pas se permettre une saucisse. Au final, les gens prennent de la distance. Et on se retrouve cantonné chez soi, à déprimer ".

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