Vous avez reçu un appel en absence d’un drôle de numéro ? Ne rappelez surtout pas !

Ça m’est arrivé ce mardi matin : une tentative d’appel sur mon téléphone portable, très courte (la vibration n’a duré qu’une seconde). C’était un numéro grec, que je ne connaissais pas.

2 images
© Tous droits réservés

Une petite recherche sur internet plus tard, j’apprends que le numéro a été signalé plusieurs fois, ces derniers temps, sur le site spam.calls.net. Ainsi, sur les 4 derniers mois, des utilisateurs du site ont demandé des détails sur ce numéro : mi-octobre mais surtout ce lundi 3 février, avec 16 demandes. Les signalements (lorsque des internautes font un rapport sur ce numéro) émanent essentiellement d’Allemagne (Bonn, Cologne, Celle, Siegen) et de République tchèque. Ces signalements font tous état d’appel indésirable/d’escroquerie/d’arnaque.

Ces tentatives d’appels, ce sont en fait des "ping calls". Une arnaque.

Comment ça marche ?

C’est assez simple : le but est de vous faire rappeler ce numéro inconnu : chaque seconde qui passe génère un coût qui ira dans la poche de la personne malveillante.

Le journal Le Monde explique très bien la méthode : lorsque vous appelez un numéro, vous payez un opérateur (soit via un abonnement, soit via une carte prépayée). Cet opérateur paie d’autres opérateurs pour utiliser leur réseau, que ce soit en Belgique ou à l’étranger. Il y a également, au milieu, des opérateurs "de transit" dont le job est de faire la jonction, à un certain prix. Et comme, par exemple, dans le monde de la construction, il est fait appel à des sous-traitants. Qui reçoivent donc de l’argent quand tel ou tel numéro est appelé. L’astuce est là. Le numéro que vous appelez permet en fait de passer par certains intermédiaires malhonnêtes, qui prennent une dîme sur chaque appel. Et plus ça dure (avec un opérateur ou un morceau de musique), plus le bénéfice est important pour la personne mal intentionnée, qui se fait payer pour avoir acheminé l’appel.

L’arnaque fonctionne car l’appât, l’appel en absence très court, ne coûte rien. Si vous appelez plusieurs millions de numéros (de façon automatique), partout dans le monde, et que même 0,1% des "cibles" rappellent, c’est bingo. Ce rapport du Electronic Communications Committee (un organe qui réunit les opérateurs nationaux européens) est alarmant sur le "succès" de cette arnaque : "le nombre de rappels peut, potentiellement, être de façon surprenante très haut : une attaque 'réussie' peut atteindre 10 à 15% de rappels. Même avec un taux de rappel d’1%, l’impact sur les consommateurs peut être significatif".

Cette infographie du Monde décrit clairement le système mis en place.

Selon un expert français d’une société spécialisée dans la lutte contre la fraude téléphonique, la moyenne de ce type de coup de fil est de 2 par mois, soit, pour la Belgique, potentiellement, 28 millions d’appels (il y a 14.383.151 cartes SIM en circulation chez nous, selon le rapport le plus récent du régulateur) et des millions d’euros pour celles et ceux qui se cachent derrière ces arnaques.

Bref, si vous recevez un appel d’un numéro "bizarre" qui ne vous dit rien, ne rappelez surtout pas.

PS : Pour les besoins de cet article, j’ai rappelé ce numéro grec depuis un poste fixe de la RTBF. Je suis tombé sur un message enregistré : "Votre appel ne peut être traité pour le moment. Veuillez raccrocher et réessayer plus tard. Merci."

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK