Vos gueules les mouettes ! Chez IBA, on a trouvé comment éloigner les oiseaux sans leur nuire

La première fois, ça surprend ! Le visiteur qui se rend dans le zoning technologique de Louvain-la-Neuve risque d’entendre des cris stridents qui ressemblent à ceux qu’on entend plutôt au littoral, des cris de mouettes ! Et pourtant, nous sommes dans le Brabant wallon et il n’y a pas un seul oiseau à l’horizon. Par contre, en levant les yeux vers le toit du bâtiment d’IBA, on aperçoit un groupe de haut-parleurs, c’est de là que proviennent les cris. La société s’est dotée d’une installation sonore pour éloigner les mouettes qui dégradaient son bâtiment et surtout ses panneaux solaires. Et ça marche : depuis deux ans, les mouettes ont déserté le site. Mais ailleurs, notamment sur les aéroports, comment s’y prendre pour écarter les oiseaux gênants ?

« Pour nous, c’est la solution idéale, tant pour nos bâtiments que pour la nature. Par contre, les voisins… »

"Chaque soir, nous étions confrontés à une véritable invasion de mouettes, sans doute en provenance de la décharge de Mont-Saint-Guibert. Elles étaient des centaines à s’installer sur notre site, ce qui polluait nos façades et surtout les 200 kWc de panneaux solaires installés sur nos toits. Il fallait trouver une solution pour les éloigner mais sans les maltraiter." Thomas Canon est responsable du développement durable chez IBA, un concepteur et fabricant de cyclotrons destinés au monde hospitalier.

"La solution que nous avons trouvée consiste à diffuser par haut-parleurs des cris de mouettes en détresse, c’est un système bioacoustique qui est très efficace. Les enregistrements retentissent chaque quart d’heure, ce qui insécurise les mouettes et les pousse à éviter notre site. Depuis deux ans, il n’y a plus de mouette et c’est tant mieux. Pour nous, c’est la formule idéale puisque nos bâtiments sont préservés et la nature est respectée."


►►► A lire aussi : Les hiboux grands-ducs de Rebecq menacés par un projet éolien


Mais quand on lui demande où sont passés les volatiles, il ne peut retenir un léger rire : "S’ils ne sont plus chez nous, c’est qu’ils sont sans doute chez d’autres ! Mais à eux d’installer un système identique si ça les gêne. Le seul inconvénient, c’est le bruit : il faut accepter d’entendre tous les quarts d’heure des cris assez peu agréables puisqu’il s’agit de cris de détresse, mais on s’habitue et nos triples vitrages rendent le bruit inaudible à l’intérieur."

Le "Bird Control" installé par IBA ne se contente pas de chasser les mouettes. Le petit tableau de bord permet de cibler d’autres oiseaux. "L’appareil contient les cris d’une dizaine d’espèces différentes, du pigeon au rapace en passant par le corbeau, le goéland ou l’oie. On peut programmer les cris que l’on veut, avec l’intervalle et la puissance de son choix. Pour la petite histoire, une entreprise voisine est venue un jour nous demander de baisser le niveau de son parce qu’ils en souffraient. Les haut-parleurs sont également multidirectionnels pour éviter que les oiseaux s’habituent."

« Les oiseaux sont malins, ils s’habituent à toutes les menaces. Il faut donc se résoudre à cohabiter »

L’habitude, c’est justement ce qui rend compliqué la chasse aux oiseaux. Anne Weiserbs s’y connaît puisqu’elle travaille chez Natagora-Aves. "Les oiseaux sont parfois indésirables, notamment sur certains bâtiments ou sur des sites comme les aéroports. Mais il est difficile de les éloigner durablement car ils sont malins et qu’ils s’habituent à tous les systèmes. Il suffit de voir les épouvantails dans les champs, y compris ceux qui utilisent des guirlandes d’anciens CD. C’est décoratif, mais les oiseaux ont vite compris qu’ils ne risquaient pas grand-chose. Idem pour les détonations, cela marche un temps mais l’effet s’épuise vite. A un moment, certains ont cru que les faucons seraient la solution idéale pour chasser et refouler les pigeons ou les perruches, mais on s’est rendu compte que dès que les rapaces avaient le dos tourné ou qu’ils étaient rassasiés, les oiseaux revenaient", explique-t-elle.

"Les petites piques disposées sur des rebords de fenêtres semblent efficaces dans la durée puisque le dispositif est physique mais ce n’est possible de l’implanter que dans certains lieux. Bref, il n’y a pas une solution unique, il faut varier les techniques pour surprendre les oiseaux. Le système d’IBA est efficient mais il faut supporter les nuisances sonores et ce n’est donc pas envisageable dans des quartiers urbains. En fin de compte, il vaut mieux se faire une raison et accepter la cohabitation avec les oiseaux. Ils font partie de notre environnement et ils ont leur place dans nos espaces."

La cohabitation a ses limites, notamment entre les oiseaux et les avions

S’il y a bien un endroit où la cohabitation avec les oiseaux est impossible, ce sont les pistes d’aéroports. Personne n’a envie de prendre le risque de voir des volatiles se faire aspirer dans les turbines à l’atterrissage ou surtout au décollage d’avions chargés de passagers. Un seul oiseau, cela ne mettrait sans doute pas l’appareil en danger, mais ils volent souvent en bande et si une nuée d’oiseaux croisait le chemin d’un aéronef, ce serait périlleux. Des accidents se sont déjà produits et tous les aéroports du monde rivalisent de techniques pour éloigner les animaux à plumes, et même à poil, car les lapins qui creusent des galeries sous le tarmac ne sont pas les bienvenus non plus. Comment s’y prendre ?

Le commandant Serge Sorbi est responsable du Wildlife Hazard Management for Flight Safety, un des services chargés de la sécurité aérienne à la Défense, ce qui ne l’empêche pas d’être aussi un photographe naturaliste reconnu et un fervent protecteur des oiseaux. "Ce qu’il faut éviter à tout prix, c’est que les oiseaux s’habituent. Il faut donc alterner les mesures. A la base aérienne de Beauvechain, nous patrouillons régulièrement avec notre véhicule de la Bird Control Unit et nous utilisons les canons sonores ou les fusées pyrotechniques. Les faucons, nous avons arrêté, mais nous essayons aussi d’autres pistes comme le fait de laisser pousser l’herbe, ce qui permet aux proies de dissimuler et donc d’être moins attirantes pour d’éventuels prédateurs volants."

Quand les oiseaux migrateurs sont surveillés par les radars militaires et civils

Autre démarche pour sécuriser les déplacements aériens, l’utilisation de radars pour anticiper les vols d’oiseaux migrateurs. "Cela ne date pas d’hier. Depuis de nombreuses années, certains de nos radars sont équipés de programmes spécifiques destinés à détecter les oiseaux afin d’éviter les collisions. Dès 2006, l’Agence spatiale européenne a même fédéré plusieurs forces aériennes autour d’un FlySfe Project utilisant les données récoltées par les radars militaires. Plus récemment, une application web a été mise en ligne avec l’aide de l’IRM, basée sur les observations de 10 radars du Benelux. Cela nous permet de suivre l’évolution des migrations quasi en temps réel, de jour comme de nuit, jusqu’à des altitudes assez élevées. Nous ne savons pas encore déterminer les espèces d’oiseaux mais nous savons évaluer leur nombre et cela nous permet d’adapter nos vols à la situation, en les réduisant ou en déplaçant les créneaux horaires si nécessaire."

Bien sûr, ce dispositif est difficilement applicable à l’aviation civile où il semble inconcevable de modifier les horaires ou les itinéraires des avions de ligne en fonction des vols d’oiseaux migrateurs mais peut-être que cela sera le cas un jour ?

On entendrait alors ce genre d’annonce digne de la SNCB ou du radioguidage : "En raison d’un vol inattendu de grues cendrées, votre vol vers Marseille est détourné sur Bratislava, veuillez nous excuser de ce désagrément indépendant de notre volonté. Dès que Dame Nature le permettra, nous reprendrons le cours normal de notre voyage, du moins si les étourneaux le permettent… "

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK