Vivre à Ypres avec des bombes sous les pieds

Les obus récupérés seront détruits
Les obus récupérés seront détruits - © RTBF

Dans quelques semaines, cela fera 100 ans que la première guerre mondiale a commencé. Un siècle plus tard, il reste des traces en Belgique. Surtout en Flandre occidentale où des milliers d'obus seraient encore enfouis sous terre. Preuve du danger, mercredi une bombe a explosé sur un chantier faisant deux morts et de deux blessés à Ypres. Nous sommes retournés sur les lieux pour comprendre cette crainte du quotidien.

La première guerre mondiale. Une guerre d'artillerie. Des dizaines de millions d'obus se sont écrasés sur le sol belge. Un sol particulier puisqu'un obus sur trois n'aurait jamais explosé." En fait, le système de drainage a été complètement modifié avec la première guerre mondiale. Le sous-sol est devenu très mou ce qui a eu pour conséquence que les obus touchaient le sol mais n’explosaient pas ", explique Dominiek Dendooven, conservateur au musée " In Flanders Fields " de Ypres.

Angoisse permanente

En Belgique, près de 150 tonnes de munitions sont retrouvées chaque année. Depuis des années, les agriculteurs labourent et travaillent les champs avec souvent la peur au ventre. En cinq ans, Hilde Delputte en a déjà découvert près de 200 dans ses champs. Elle vient tout juste d'en retrouver deux. "L'angoisse est constamment présente. On entend chaque année, qu'ici ou là, une bombe a explosé, comme cette semaine à Ypres. Cette crainte est toujours présente chez nous, mais aussi chez nos enfants qui ont peur de ces bombes", explique Hilde Delputte, agricultrice à Boezinge.

En réalité, juste après la Grande guerre, les Belges ont directement recommencé à cultiver, avec des obus enfouis juste sous leurs pieds, car le gouvernement de l’époque n’a pas pris la décision d’interdire l’accès aux champs. Une décision prise par le gouvernement français, dans certaines régions françaises.

350 morts depuis la fin de la guerre

Et ces traces de l'histoire sont encore très dangereuses. Depuis la fin de la guerre 350 personnes sont déjà mortes pour les avoir manipulés. Les grands parents d'Annemie Six ont aussi manipulé des munitions et en ont même fait leur business d'après-guerre. "Après la guerre, ils sont retrouvés à deux et ils devaient bien trouver quelque chose pour pouvoir avoir un peu d'argent parce qu'ils n'étaient pas riches. Alors, ma grand-mère a eu l'idée de collecter des restes de la guerre comme des obus, du plomb et cuivre dans les champs des fermiers", explique Annemie Six, grossiste en produits métalliques. La ferraille des obus était alors revendue et l'astuce leur a permis de changer de vie. La société s'est développée au fil des années et emploie aujourd'hui 22 personnes.

Le sous-sol belge recouvre encore des milliers d'obus, c'est certain. Ceux retrouvés par Hilde seront examinés par les démineurs de l'armée et stockés à Poelkapelle avant d'être détruits. Mais cette usine de démantèlement est à l'arrêt depuis 2012. Ce qui devrait encore prolonger la durée de vie de ces obus, témoins de l'horreur de la grande guerre.

Quentin Warlop

 

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