Viva For Life: "Offrir un cadeau, à chaque fête, aux enfants? C'est impossible"

Viva For Life : " offrir un cadeau à chaque fête  aux enfants? C'est impossible "
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Viva For Life : " offrir un cadeau à chaque fête aux enfants? C'est impossible " - © Tous droits réservés

Noé vit dans une famille où les fins de mois sont très difficiles. Les débuts de mois, même, parfois. Lui et son petit frère ont appris à se priver, déjà conscients des problèmes financiers dans lesquels leurs parents se débattent. Il faut faire une croix sur le superflu et les petits plaisirs de la vie.

"J'ai la chance d'avoir des enfants très gentils. Ils ne demandent pas de cadeau", explique Fanny, la maman. Elle en est bien désolée, mais offrir un cadeau à chaque fête, qu'il s'agisse d'un anniversaire, de Noël, la Saint-Nicolas...le budget ne le permet pas. "Le jour de l'anniversaire du petit, nous ne savions pas lui offrir de cadeau tout de suite. Il n'a rien dit. Il l'a eu un peu plus tard".

Cette fois-là, Noé a eu mal au cœur, pour son petit frère. Alors il a proposé le contenu de sa tire-lire. "Mes parents ont refusé. Moi je voulais qu'il ait droit à son petit cadeau, qu'il ait ce que moi j'ai eu, petit. Il aime ça, Mathys. Moi, ce n'est pas grave si je n'ai pas de cadeau." Déjà si grand dans sa tête, il se met sans cesse à la place des autres. S'inquiète pour ses parents. "Quand je vois les sommes qu'ils doivent payer, c'est incroyable ! Des factures de 150 euros parfois... !" Il ne demande pas, et ne s'explique pas non plus devant ses camarades. "J'ai appris à changer de sujet. Quand on me demandait par exemple pourquoi je ne participais pas à un voyage scolaire, je disais que jétais puni. Au moins, ça me concerne, s'ils veulent se moquer, ils se moqueront de moi, pas de mes parents." Ça lui est arrivé, de s'ouvrir un peu à ses camarades de classe. Mais l'accueil n'a pas été celui qu'il espérait. "J'ai perdu presque tous mes amis. Pourtant, j'en avais plein avant ! Donc, depuis, je mens, enfin... je sais que ce n'est pas bien mais... je n'ai pas envie que tout le monde me laisse, encore une fois."

Il n'est qu'en première secondaire, mais il sait déjà faire la part des choses entre l'indispensable et le superflu. D'abord les factures, puis l'alimentaire. Ensuite, le reste...s'il en reste. "Le problème, c'est quand Mathys ou moi on casse quelque chose. Il faut remplacer, ce n'est pas prévu, c'est très embêtant." Il pense immédiatement à la paire de lunettes, retrouvée cassée au pied du lit, un matin. "Je ne sais même pas comment ça a pu se produire. Quand j'ai vu ça, je me suis mis à pleurer. J'ai tout de suite pensé que mes parents allaient devoir racheter des lunettes, je me disais 'comment ils vont faire'." "Noé s'inquiète beaucoup pour des choses dont il ne devrait pas s'inquiéter", reconnait Fanny. "Il est très grand dans sa tête." Très grand et malin comme un singe. "Il travaille très bien à l'école", sourit sa maman. "Je ne sais pas encore ce que je vais faire plus tard, mais ce sera en math éco !", précise Noé. Très vite, il a appris à compter, comme Paulo, qu'il considère comme son papa.

"Ici, on compte tout", reconnaît Paulo. C'est un as de la calculette. Il a été vendeur, et se charge de confectionner le budget mensuel de la famille, à un euro près. "On est en règlement collectif de dettes, donc on reçoit le même montant tous les mois. Evidemment, les factures que l'on reçoit ne sont pas toujours identiques, donc certains mois il faut faire des réserves en prévision de grosses factures trimestrielles, qui tombent par exemple fin d'année". Noé rit de lui quand il imprime ses bons de réduction et passe un temps fou aux caisses des magasins. "Mais c'est parfois grâce à ça que l'on peut s'offrir un petit plaisir !" rétorque Paulo. "L'an dernier, grâce à un système de cagnotte en magasin, on a reçu une dinde de Noël." Parmi les coûts à intégrer dans le budget, il y a les frais scolaires. "L'école est loin d'être gratuite, malheureusement. On essaye de trouver des arrangements, d'échelonner les paiements. Et l'école comprend très bien. On n'a pas honte de soulever le problème avec la direction". Le hic, c'est que parfois l'économe n'est pas au courant des paiements échelonnés. "Quand je suis en classe et qu'on me rappelle, devant tout le monde, qu'une somme n'a pas encore été payée par mes parents, c'est gênant", raconte Noé.

Chaque fois que la famille doit faire face à une dépense imprévue, c'est l'alimentaire qui trinque. "C'est le seul poste sur lequel on peut encore ponctionner". Le poste vestimentaire, c'est 25 euros par mois. "A 4, ça donne 6 euros par personne. Vous imaginez...même en seconde main... Et à condition de trouver, dans sa taille,et suffisamment chaud. On fait appel au maximum aux dons, mais ce n'est pas toujours évident".

Noé et sa famille ont participé à un reportage télé, récemment. Ce qui leur a valu des critiques, juste après. "On nous a reproché d'avoir un ordinateur. Mais j'aimerais préciser que cet ordinateur, il a 5 ou 6 ans. On le garde jusqu'à ce qu'il ne fonctionne plus, car on n'a pas les moyens de le faire réparer ou de le remplacer. C'est le papy de Noé qui lui a offert, sachant qu'il rentrerait un jour en secondaire. Et effectivement, à l'école, on demande aux élèves d'utiliser des ordinateurs et internet. Le numérique, il est partout maintenant!". L'école a proposé une solution de secours aux élèves sans accès à internet. "Aller dans un centre appelé Ener'J. On peut y avoir accès à internet, mais ...pendant les heures scolaires ! (Ndlr: de 9h à 17h, fermé les week-ends) Donc ce n'est pas vraiment une solution...".

Ils se débattent au quotidien, mais mesurent malgré tout le chemin parcouru. Noé est fier de leur courage, et de leur capacité à garder la tête hors de l'eau. "Mon papa passe son CESS. Il y a des gens qui ont moins de difficultés que nous, mais qui eux se découragent ! Mes parents, pas. Ils se battent". Fanny a changé, en partie grâce à l'aide d'associations proches de chez elle. Elle aimerait prendre encore plus confiance en elle, retrouver l'estime de soi. "Je suis d'un naturel très timide, vite complexée, anxieuse. Je reprends un peu confiance, j'apprends beaucoup. Grâce à une association j'ai aussi droit à des moments de bien-être. Je recommence un peu à me maquiller. Ca m'aide. Mais le coiffeur par exemple, c'est terminé. Hors de prix ! Les vêtements....trop cher aussi..." Le couple aimerait parfois pouvoir souffler, se faire un petit cinéma, un restaurant. "Ca nous manque, cela permettrait de reprendre de l'énergie, être mieux dans sa peau !  Pour l'instant, notre seul objectif c'est que les enfants soient bien, ne souffrent pas de la situation".

Noé, lui, s'il avait une baguette magique, il aimerait "mettre les voiles". Quitter la Belgique, pour une fois. "Mais pas pour aller chez Auchan !On va parfois là-bas,  on y passe la journée, avec la grosse liasse de bons que papa a récoltés ! Mais c'est pas des vacances. Je me souviens, petit, j'étais allé en camping à la mer. C'était chouette. Tu vois d'autres paysages, tu te changes les idées". Il en a envie, mais comme pour beaucoup de choses... "ce n'est pas très important. Il y a d'autres choses avant".