Viva For Life: la pauvreté frappe aussi "dans le BW"

Le Brabant Wallon a la réputation d'être une province riche. De nombreuses familles y vivent pourtant dans le plus grand dénuement. A Nivelles, l'association Soli-Dons, subsidiée par Viva For Life, vient en aide à plus de 6000 personnes. Beaucoup de grandes familles, mais aussi des travailleurs pauvres, des parents seuls avec plusieurs enfants sous leur garde.  

Ce matin, c’est "Byzance". Arnaud, le chauffeur, a fait la tournée des quatre magasins partenaires. "Je confirme, on a beaucoup cette fois-ci. En fait, c’est très variable, on sait jamais à quoi s’attendre. Mais on ramène en moyenne 600 kilos de nourriture, au quotidien !"

De son côté, Karima trie les produits, remplit la chambre froide. "Je prépare aussi les colis pour les familles. On a un document du service social, qui précise la composition des familles. Aujourd’hui, ce sera plutôt sympa comme colis, ils vont être contents !"

"Plus le choix, il faut les nourrir !"

En voici justement, des bénéficiaires. Majid et Louis font partie des habitués. Leurs profils se ressemblent. Tous les deux sont divorcés, leurs enfants viennent une semaine sur deux. "J’ai 4 enfants, dont 3 en garde alternée", précise Majid. Louis a trois enfants. "Il arrive un moment où… vous n’avez plus le choix. Il faut venir ici. J’ai perdu mon boulot, car la boîte a fait faillite. Tout s’est enchaîné. C’est le CPAS qui m’a guidé jusqu’ici."

Majid, lui, ne laisse jamais rien paraître de ses soucis. Et pourtant, ils sont nombreux : "Après mon divorce, je me suis retrouvé à la rue, avec mon fils aîné. Nous sommes allés aux Quatre Vents, un centre d’accueil ici à Nivelles. Puis j’ai trouvé un petit appart, après plusieurs mois…".

Un jour, il passe en face de chez Soli-Dons et se confie un peu. A l’époque, il ne demande rien. Mais l’équipe l’incite à venir une fois par semaine. "J’ai raconté un petit peu mes problèmes. Problèmes de santé, notamment. J’ai eu un accident de travail. Ça m’a valu sept opérations depuis 2012. Je croule sous les factures d’hôpital, je dois encore 6900 euros… Je paie 200 par mois, c’est tout ce que je peux faire."

Le Quick et les gastros, c’est de l’histoire ancienne

Il a toujours le sourire pourtant, "c’est comme ça ! On croit que je suis heureux… J’essaie toujours de placer une petite blague, moi je cache tout. Je ne sais même pas comment j’ose vous raconter tout ça…"

A ses enfants aussi, il en dit le moins possible : "Ils se rendent compte, c’est sûr, mais je leur cache un maximum la situation".

Garder le moral, mais assurer un confort suffisant aux enfants, c’est le challenge quotidien de ces deux papas. "Parfois, ils me réclament un Quick ; je peux pas ! C’est vraiment impossible. Alors, quand je peux, je vais chercher un petit peu de viande à la boucherie, un sachet de frites et je leur explique qu’on va faire ça à la maison, ce sera bien meilleur !", explique Majid.

Dans la vie de Louis, les petits plaisirs ont aussi disparu. "Avant, je fréquentais beaucoup les restaurants… Comment dit-on encore ? J’ai même oublié ! Ah oui, les gastros. J’étais tout le temps dans de bons restaurants avec des clients. J’adorais ça… Et comme j’étais commercial, ça faisait partie du boulot, avec la belle voiture, la carte essence… Tout ça, c’est fini. Et quand c’est fini, vous prenez conscience de tout ce qu’il faut payer."

A commencer par la voiture, un gouffre financier. "Elle coûte un pont. Et ce n’est plus du tout une voiture de luxe. Plutôt un vieux break. Mais on en a besoin, ne serait-ce que pour conduire les enfants à l’école…"

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Nivelles : la pauvreté frappe aussi, "dans le Béwé" © Tous droits réservés

Les trajets, c’est un autre problème. Majid habite Nivelles, son ex Braine-l’Alleud. Les enfants sont scolarisés là-bas. "Rien que pour assurer les trajets aller-retour vers l’école, ou les conduire au sport, cela me coûte 300 euros par mois, en carburant. J’ai sans arrêt l’œil rivé sur la jauge, quand je conduis."

Il peut prétendre à un logement social, mais tout ce qu’on lui a proposé jusqu’ici se trouve très loin de Braine-l’Alleud. "Je ne peux pas m’éloigner encore plus. Comment faire, alors, avec la garde alternée ? Je me sens coincé."

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Nivelles : la pauvreté frappe aussi, "dans le Béwé" © Tous droits réservés

Des nuits à chercher des solutions

Pour Majid et Louis, l’avenir est un gigantesque point d’interrogation. "La nuit, on ne dort pas beaucoup, vous savez", confie Louis. "On ne fait que réfléchir. Comment assurer le bien-être des enfants, de la famille ? A quoi ressemblera demain ? Ces questions reviennent en boucle. Trois ans que je cherche du travail, toujours rien… Des enfants qui grandissent et demandent des choses, pour être comme les autres, ne pas être pointés du doigt… Des enfants qui ont été habitués à un certain train de vie et ne comprennent pas pourquoi on en est arrivé là. Enfin, grâce à ces colis alimentaires, on a déjà un souci en moins."

Il regarde le contenu des deux caisses que lui donne Karima, et le sourire revient. "On se croirait à la mer du Nord ! Des moules, du saumon, des crevettes… Wouah ! On est gâté. En plus des légumes, des yaourts… Heureusement qu’il y a des associations comme ça."

C’est d’ailleurs pour "rendre service", à son tour, à ceux qui l’aident, que Louis a accepté de témoigner. "Ça ne me ressemble pas, vous savez, mais si les gens qui en bénéficient ne le font pas, qui le fera ?"

Soli-Dons a été créé en juin 2018. L’association a été retenue par l'opération Viva For Life, lors de l’appel à candidatures. "Les subsides ont permis d’acheter une camionnette et d’embaucher Manon, une employée", explique Aurélie Lacaille. Soli-Dons est à nouveau parmi les candidats, et espère pérenniser l’emploi de Manon grâce à la "Cagnotte Viva For Life".

L'an dernier, 4.115.330 euros ont été récoltés. Avec cette somme, 104 associations en Wallonie et à Bruxelles ont pu être aidées.

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