Visas humanitaires: "En 2015, il y a eu une faillite sur le plan de la solidarité en Europe"

L'affaire de trafic de visas humanitaires qui vise un conseil communal N-VA de Malines a remis sur le devant de la scène la question migratoire, celle-là même qui avait fait tomber le gouvernement fédéral de Charles Michel en décembre dernier.

Pour Vincent Cochetel, représentant spécial du Haut commissariat aux réfugiés pour la Méditerranée (HCR), il convient de ne pas "improviser" ou "bricoler" sur le sujet. Par exemple, aller choisir des réfugiés directement dans leur pays d'origine. "On ne va pas créer du réfugié, expliquait-il dans Matin Première ce vendredi. On [le HCR] préfère prendre des réfugiés qui sont dans des situations difficiles dans des pays limitrophes de pays en conflit."

Il n'y a pas de risque zéro en termes de fraude

Même si Vincent Cochetel ne veut pas se prononcer sur l'affaire des visas de Malines, il admet que de telles méthodes peuvent effectivement relever du "bricolage" : "beaucoup de pays européens ont voulu faire ça, pour répondre à des situations très particulières dans le Nord de la Syrie au moment de la crise d'Alep, rappelle le représentant du HCR. Je ne dis pas qu'il ne faut pas le faire, mais il faut prendre toutes les mesures, il faut que les procédures soient transparentes et il n'y a pas de risque zéro en termes de fraude."

Pourtant, cette solution ressemble à une aubaine pour les pays européens, puisqu'ils peuvent contourner le droit d'asile : plus besoin de régulariser ceux qui arrivent, les réfugiés sont désignés depuis leur pays d'origine. "Ça peut être une solution, mais en même temps, on ne change pas notre géographie : certains vont toujours demander l'asile sur nos territoires", note Vincent Cochetel. Rien à voir, par exemple, avec l'Australie, qui ne peut être prise comme modèle par l'Europe, selon le représentant.

Pas de vue d'ensemble de ce qui se passe en Méditerranée centrale

Pour Vincent Cochetel, la question migratoire a été "très instrumentalisée ces derniers temps", mais il faut "garder la tête froide" : les chiffres sont à la baisse depuis 2015, et la situation est redevenue gérable, selon lui. Si crise il y a, elle est seulement politique. "Le paradoxe est lié à des gains électoraux, explique le représentant du HCR. Les gouvernements en Europe n'ont pas donné des assurances très fortes à leur population qu'ils maîtrisaient la situation en 2015. Trois ou quatre pays ont assuré la réponse pour l'ensemble de l'Europe, mais il y a eu une faillite sur le plan de solidarité, en termes de confiance entre États."

Aujourd'hui, les choses se sont améliorées, mais Vincent Cochetel n'est pas certain que l'Europe ait encore "absorbé toutes les crises". L'Europe ne doit pas jouer à la "politique de l'autruche", rappelle-t-il : même si on constate moins de départs de Libye, le manque de témoins en Méditerranée fait croire au HCR qu'il y a beaucoup plus de morts. "On n'a pas forcément une vue d'ensemble de ce qui se passe en Méditerranée centrale", regrette Vincent Cochetel.

La plupart des gardes-côtes libyens ne sont pas très bien formés

La situation en Libye est ambiguë : si les trafiquants d'êtres humains sont toujours bien présents, et bénéficient, selon Vincent Cochetel, d'une "immunité totale", il faut rappeler que la Libye n'a pas vocation qu'à être un pays de transit pour l'Europe : 65% des immigrés s'y rendent pour s'y installer et travailler, explique le représentant du HCR. Il ne faut pas pour autant tout miser sur les gardes-côtes libyens : "la plupart d'entre eux sont des marins, pas très bien formés, note Vincent Cochetel. Parmi eux, il y a quelques brebis galeuses, liées au trafic d'êtres humains, qui doivent être écartés."

En Méditerranée, il ne reste que deux bateaux d'ONG, dans les eaux tunisiennes. Ils ne sont pourtant pas les seuls à pouvoir intervenir, puisque la Méditerranée est une route maritime très empruntée : "il y a beaucoup d'opérateurs commerciaux, mais ils ne répondent plus aux signaux de détresse, parce qu'ils ont peur de ne pas savoir quoi faire avec les gens s'ils les sauvent en mer", regrette Vincent Cochetel. Le HCR tire donc la sonnette d'alarme : "il faut un régime de sauvetage en mer qui marche, affirme le représentant. Mais au-delà de ça, il faut un mécanisme de solidarité au niveau du débarquement, tout ne peut pas reposer sur un seul pays."

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