Violences psychologiques : la difficulté pour les victimes de pervers narcissiques de se faire reconnaître

La difficulté pour les victimes de violences psychologiques d'être reconnue et défendue
La difficulté pour les victimes de violences psychologiques d'être reconnue et défendue - © GEOFFROY VAN DER HASSELT - AFP

Ce mercredi 25 novembre est la Journée internationale contre les violences faites aux femmes. Des violences qui ont encore augmenté à cause du confinement ces derniers mois. Une hausse estimée entre 25% et 30%.

Parmi elles, des violences psychologiques. Souvent insidieuses, elles visent à détruire l’autre et mènent, malheureusement, parfois au suicide.

Et pourtant, leurs auteurs sont rarement punis. Car derrière ces auteurs se cachent, généralement, des pervers narcissiques. Des personnes dont "le but est d’éviter sa propre souffrance en faisant souffrir l’autre", explique Christine Calonne, psychologue et psychothérapeute spécialisée en la matière (elle a d’ailleurs écrit plusieurs livres sur le sujet et donne des conférences).

Une "relation d’emprise" difficile à faire comprendre

"Tout le monde peut-être victime d’un pervers narcissique de façon ponctuelle", précise-t-elle. Une "relation d’emprise" que l’on vit au travail, mais aussi dans le couple, comme cela a été le cas pour Laura (c’est un nom d’emprunt). Après 20 ans de vie commune, elle a réussi à sortir de cette relation, mais pas encore tout à fait puisqu’il y a des enfants en commun.

Et ce n’est pas facile d’être soutenue par la justice : "Quand vous allez au tribunal et que vous êtes entendue par un juge, cela dure 10 minutes, un quart d’heure. Donc on n’a pas le temps d’expliquer ce qu’il se passe. Parce que cela prend du temps. S’il n’y a pas de coup et que vous êtes juste là en vrac, le juge va dire : 'Mais oui, mais madame est déprimée ou madame ne va pas bien, etc.' Ou 'ce que vous me racontez là, c’est complètement anecdotique. Ça se passe dans tous les couples !'"

Une justice devant laquelle il est difficile d’apporter des preuves : "La justice actuellement est très pragmatique, elle s’occupe des faits", explique la psychologue et psychothérapeute Christine Calonne. "Le problème, c’est que le pervers narcissique se protège. Depuis le départ, il calcule la destruction de sa proie et il fait en sorte qu’il n’y ait pas de preuves. Or la justice réclame des preuves !". C’est donc très difficile de défendre ce genre de cas en justice.

Syndrome de Stockholm

Il faut dire aussi que le pervers narcissique est très persuasif, contrairement à sa victime : "Le problème, c’est qu’on ne comprend pas vraiment la relation d’emprise, le syndrome de Stockholm", ajoute la psychologue. "Et lorsque les structures d’aide à la victime rencontrent le pervers narcissique, elles ne comprennent pas sa manipulation. Parce que toute cette violence psychologique qui se passe en privé, elle ne se démontre pas en public. Donc le chantage, les menaces, la violence verbale, les humiliations, la culpabilisation… Enfin tout ce qui est de ce registre-là, c’est en privé que le pervers narcissique le montre. Et en public, soit il se montre sous un jour très avantageux soit il se victimise. Il se fait passer pour la victime de la victime. Et comme il est très contrôlé, contrairement à d’autres auteurs de violences, il paraît parfait ! Donc, on lui accorde beaucoup plus de crédit qu’à la victime. Victime qui, elle, va très mal. Elle est soit complètement déprimée, épuisée par tout ce qui lui est arrivé ; soit elle est sortie de la dépression et elle est en colère. Donc, dans tous les cas, elle est débordée émotionnellement (il y a un problème de régulation des émotions qui est lié au traumatisme qu’elle a enduré) et donc, on va la pointer du doigt !".

Et ce ne sont pas seulement les intervenants sociaux et la justice qu’il faut former, certains psys ou médecins ne comprennent pas non plus.

"Pour les médecins, on est quand même vu comme quelqu’un de dépressif", témoigne cette autre femme qui, elle aussi, préfère rester anonyme par peur de représailles.

Difficile aussi pour les proches de comprendre

Un manque de reconnaissance même de la part de ses proches : "Ca va faire 6 ans au mois de janvier que je suis partie. Or ma fille est encore mineure et donc, il y a des décisions qui doivent être prises à deux. Mais comme je suis partie, mon ex refuse de me parler. Tout doit se faire par mail. Et ma fille m’a encore dit il y a quelques semaines : 'Maman, tu es partie, tu dois assumer quoi ! Il ne veut plus te parler. Point.'".

En attendant, pour elle, les humiliations, les menaces, les chantages continuent au travers de la gestion des enfants. Une situation telle qu'elle a pris conseil auprès d'un avocat. Voici, ce qu'il lui a répondu : "Encore deux ans à tenir (sa fille est une adolescente de 16 ans, ndlr) et après, vous devrez juste en discuter avec votre fille. Légalement, on ne peut rien faire contre ses prises de pouvoir, sauf si vous portez plainte pour harcèlement. Pour cette dernière option, vous imaginez bien les représailles possibles...À vous de voir ce que vous désirez".

Une difficulté de taille quand on sait que ces violences psychologiques sont de plus en plus nombreuses ces dernières années. Et elles touchent toutes les classes sociales, sans exception.

Le résultat sans doute "d’une société de plus en plus matérialiste où finalement on considère l’autre comme un objet de consommation", analyse Christine Calonne. "Et donc, si l’autre est un objet, on perd l’empathie pour l’autre. On perd la capacité à avoir de la compassion, à vouloir même comprendre l’autre. Les relations de pouvoir sont de plus en plus importantes entre les gens, et donc de violence".

Et si cette problématique vous intéresse, Transversales y a consacré, ce samedi 21 novembre, un long reportage sur le sujet avec des témoignages. A écouter ou à réécouter ci-dessous :
 

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