Violences policières : les collègues "lanceurs d’alerte" sont-ils suffisamment protégés ?

En commençant sa carrière, un policier jure fidélité au Roi, obéissance à la Constitution et aux lois du peuple belge et prête le serment de remplir les fonctions qui lui sont conférées. Il s’engage à dénoncer les délits. Les violences policières commises par des collègues en font évidemment partie. "En cela, il est un lanceur d’alerte professionnel et est protégé pour cela", commente Thierry Gillis, inspecteur général de l’Inspection générale des services de police.

Les lanceurs d’alerte sont-ils suffisamment protégés ? L’inspecteur Stéphane Crohain, 28 ans de carrière, répond : "Non !". Il y a 4 ans, sur son lieu de travail, il est témoin de violences policières. Deux collègues policiers frappent violemment un détenu. L’inspecteur en fait rapport à sa hiérarchie. La zone de police prend le dossier en main et sanctionne les deux hommes.

"Ne lui parle pas, il dénonce les collègues !"

Depuis quatre ans, Stéphane Crohain estime subir les remarques désagréables de collègues mais aussi des représailles. Son véhicule a été dégradé, son garage a été incendié alors que le procès des deux policiers commençait. "Au travail, on me refuse des services. On me dit que si c’est pour moi, on ne le fait pas". D’autres policiers conseilleraient aux stagiaires de ne pas lui adresser la parole car il "dénonce des collègues".


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Du côté de la zone de police, on explique avoir enquêté avec "le plus grand sérieux" mais sans rien avoir pu prouver. Cette même zone nous explique avoir été proactive. Elle a mis en garde le personnel contre le harcèlement. Elle a demandé l’appui de la cellule d’aide psychosociale et du service prévention au travail.

"Certains de mes collègues m’ont dit clairement qu’ils iraient à l’audition mais qu’ils ne diraient rien parce qu’ils n’avaient pas envie de vivre la même chose que moi. C’est un cercle vicieux où l’on n’ose pas dénoncer" explique l’inspecteur Stéphane Crohain.

Une procédure de protection des lanceurs d’alerte depuis 2019

Un policier qui dénonce un délit peut adresser son procès-verbal au procureur du Roi. S’il l’estime nécessaire, il peut aussi choisir l’anonymat.

Le comité P, la police des polices, a lancé une nouvelle procédure en 2019. Huit fonctionnaires de police ont introduit des demandes et dénonciations d’atteintes à l’intégrité en 2019 et 2020.

Ces dossiers ont été suivis d’enquêtes et peuvent mener à des mesures de protection notamment : pas d’évaluation négative possible ou de mesures qui puissent avoir des impacts sur le développement de la carrière.

Selon Thierry Gillis, inspecteur général de l’Inspection générale des services de police, il faudra trois à cinq ans de mise en place pour pouvoir réaliser une véritable analyse d’impact.

De son côté, l’inspection générale travaille sur la culture d’entreprise afin que les lanceurs d’alerte soient considérés par le groupe comme des exemples.

"En tant qu’organe de contrôle, nous donnons des recommandations aux zones de police : un plan d’intégrité est un bon instrument pour favoriser une culture d’entreprise saine et correcte" explique-t-il.

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