Vincent Seron, criminologue : "On est de plus en plus confronté à ce type d’opposition entre citoyens et police"

Le jour d’après. Après la Boum 2. Après les 132 arrestations, la quinzaine de blessés. La police fait le bilan. Les citoyens aussi sur les réseaux sociaux. Les participants postent leurs vidéos et les commentaires affluent. Certaines questions se posent : est-ce qu’il aurait pu en être autrement ? La police devait-elle intervenir de cette manière ?

"C’est questionnant oui." Vincent Seron est criminologue à l’Université de Liège, spécialisé sur les questions de la police. "C’est questionnant parce que je trouve qu’on est de plus en plus confronté à ce type d’opposition entre citoyens et police. Pour moi, ça marque vraiment la déliquescence de l’adhésion de la population au dispositif que l’on connaît depuis maintenant quelques mois."

On est de plus en plus confronté à ce type d’opposition entre citoyens et police

Pour l’analyste, un certain flou régnait autour de l’évènement d’hier : était-il autorisé ou non ? "On dit qu’il ne pouvait pas avoir lieu. Des interventions politiques visent à faire en sorte que l’événement ne puisse se dérouler. Et puis, malgré tout, l’événement a lieu. Pour moi, il est autorisé de manière tacite : des stewards de la ville sont présents pour faire de la prévention, on affecte un dispositif policier et on laisse se dérouler les choses pendant plusieurs heures avec une ambiance au début bon enfant."

Pas clair ni pour les citoyens ni pour la police

En tout cas au début. La police est arrivée par grappe petit à petit pour finir en nombre sur la plaine du bois de la Cambre et intervenir dès qu’une bagarre éclate. Elle a agi selon un modus operandi : d’abord le rappel des règles, ensuite, une demande d’évacuer les lieux et enfin, l’intervention.

 

Mais sur le terrain, c’est un drone qui informe les participants de quitter la plaine. Une voix enregistrée disant "Votre attention s’il vous plaît. Nous constatons que les mesures covid ne sont pas respectées. Nous vous demandons de mettre fin à l’action et de quitter les lieux. Merci pour votre coopération." Un message inaudible dans le brouhaha des participants déterminés à rester sur la plaine ce 1er mai.


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"Et donc, le citoyen s’est retrouvé à la fois dans un contexte où c’est autorisé implicitement et à la fois interdit. Pour moi, c’est la pire des choses de se retrouver dans une situation où on ne sait pas s’il y a un cadre légal ou pas."

Idem pour les policiers. "À quel moment peuvent-ils considérer que la manifestation, l’événement doit être stoppé ?" Et d’ajouter : "C’est clair qu’un événement de cette ampleur avec autant de participants n’est pas entièrement contrôlable."


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Ce flou accentue encore le clivage aujourd’hui palpable dans la société, analyse le criminologue. "Ça questionne à la fois la légalité des mesures. Beaucoup sont contestées devant une série de juridiction. Et à la fois, la légitimité de celles-ci. Aujourd’hui bon nombre de citoyens ne parviennent plus à faire la part des choses entre ce qui est nécessaire, ce qui est légitime et jusqu’où on peut aller."

On est vraiment tiraillé

"C’est ce qui explique, à mon sens, ces débordements et ces rassemblements de la population, continue le criminologue. On est vraiment tiraillé entre d’une part, la nécessité de respecter des règles sanitaires élémentaires et d’autre part, une certaine incompréhension des mesures, la communication n’aide pas à l’intégration des normes."


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Vincent Seron conclut avec son œil de Liégeois : il n’y avait pas que la Boum 2 hier. Il y avait aussi d’autres événements qui se sont déroulés bien différemment. "Au même moment à Liège, il y a un rassemblement et un cortège qui se forme en ville. Tout se passe bien. Ça montre que dans des contextes similaires, des rassemblements peuvent très bien se dérouler avec un encadrement policier adéquat. Je ne dis pas que la police a mieux travaillé à Liège qu’à Bruxelles mais il y avait les mêmes revendications. Peut-être aussi parce qu’à Liège, il n’y avait pas de fauteurs de troubles qui ont envenimé la situation."

Reportage dans notre JT du 2/05/2021 :

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