Vincent Blondel (UCLouvain) "Nous tiendrons compte des circonstances dans l'évaluation des examens"

Vincent Blondel, Recteur de l'UCLouvain
Vincent Blondel, Recteur de l'UCLouvain - © rtbf

Les règles sanitaires en vigueur pour l’instant vont bouleverser les examens de juin dans les universités et les hautes écoles. La grande majorité des évaluations se feront à distance. Fameux défi pour les établissements, source de stress pour beaucoup d’étudiants. Vincent Blondel, le recteur de l’UCLouvain est l’invité de CQFD en mode grand entretien. Pour lui la crise est majeure "et donc les modalités des examens, l’étendue de la matière à étudier, feront l’objet d’adaptations". Les examens auront, par exemple, lieu en grand majorité à distance.

Adaptation en fonction des cours

Vincent Blondel reconnaît que ces adaptations se feront au cas par cas, en fonction du type de cours, du professeur. Cela a déjà été le cas quand il s’est agi d’adapter les cours : "Les examens vont être adaptés en fonction de la manière dont l’enseignant a pu enseigner. Ça a été un enjeu majeur, le travail a été titanesque : plus de 3000 cours ont dû être adaptés en quelques jours pour être donnés à distance. Evidemment, l’aptitude à faire cette transcription, elle varie d’un enseignant à l’autre."

Il en sera donc de même pour les examens mais avec un objectif : maintenir le calendrier de l’année académique initial.

Augmentation des échecs ?

Malgré ces adaptations aux circonstances, il y a des craintes du côté des étudiants Pour la Fédération des Etudiants Francophones, les examens à distances, la quantité de matière à étudier alors que les cours se sont donnés dans des conditions inhabituelles, les risques de problèmes techniques sont des sources de stress considérables pour les étudiants.

A tel point que pour Chems Mabrouk, la présidente de la Fédération, les examens seront plus durs à réussir cette année : "Les cours à distance, ça n’a pas été facile. Toute une série d’étudiants ne disposent pas d’un cadre adapté pour l’étude, ça aura un impact sur leur réussite. D’autres sont déprimés et en décrochage scolaire à cause du confinement. Pour ces raisons la réussite va être beaucoup plus difficile cette année."

On s’attend à un taux de réussite similaire à d’habitude

Pour apaiser ces craintes, Vincent Blondel assure qu'il y aura davantage de souplesse dans les évaluations et une prise compte individuelle de la situation de chaque étudiant : "Bien sûr ! Déjà en temps normal une session d’examens est source de stress. Ici, vient se rajouter le stress du contexte. Nous proposons donc toute une série d’outils et de modalités pour s’y adapter : pour deux tiers des cours, soit il n’y aura pas d’examens parce que l’évaluation a eu lieu en cours d’année, soit ils feront l’objet d’un examen par le biais d’un travail, soit ce sera un examen oral. Le tiers restant sera un examen écrit."

Dans ce contexte, le recteur de l’UCLouvain ne partage pas la crainte de la Fédération des Etudiants sur l’augmentation du nombre d’échecs : "On s’attend à avoir des résultats d’examen qui ne soient pas différents des années précédentes. On s’attend à un taux de réussite similaire à d’habitude."

Comment empêcher la triche ?

L’UCLouvain, contrairement a d’autres établissements qui n’ont pas fait ce choix, va utiliser des logiciels anti-triche pendant les examens. Ils permettront notamment de bloquer l’accès à Internet ou aux fichiers de l’ordinateur de l’étudiant le temps de l’examen ou encore de prendre des photos aléatoirement avec la webcam de l’étudiant pour détecter des comportements suspects. Cela fait réagir des associations étudiantes qui s’inquiètent du respect de la vie privée et demande que les universités et les hautes écoles se préoccupent d’abord de garantir de bonnes conditions techniques, règlent les problèmes d’horaire et de volume de matière à étudier avant de s’attaquer à la triche.

Toutes les règles de respect de la vie privée sont respectées

Vincent Blondel assure que toutes les règles en matière de respect de la vie privée sont respectées : "Les photos seront détruites après l’examen […] et l’étudiant n’est pas obligé de passer l’examen à son domicile. Nous offrons la possibilité à tous ceux qui le souhaitent de venir passer leur examen sur site. Personne n’est obligé de faire cela chez lui. Nous avons loué une piste d’athlétisme couverte pour accueillir tous ceux qui le veulent derrière un ordinateur sur place."

Des évaluations sérieuses

Pour autant, fallait-il "fliquer" les étudiants avec leur caméra, n’aurait-il pas mieux valu changer le type d’évaluation ? "Ça fait des siècles qu’on surveille les examens. C’est nécessaire d’avoir des mécanismes par lesquels on peut s’assurer du sérieux et l’équité de manière que les étudiants aient confiance qu’ils passent leurs examens dans les mêmes conditions que les autres étudiants", répond Vincent Blondel.

On ne voudrait pas diplômer un médecin qui n’aurait pas réussi son cours de virologie ou d’épidémiologie 

Sans ça, le risque, pour le recteur, c’est le manque d’équité : "Il faut rester raisonnable ! Nous allons organiser un examen d’entrée pour la première année en médecine avec 4000 candidats. Moins de milles d’entre eux sont acceptés. Comment va-t-on les évaluer ? En leur demandant de déclarer sur l’honneur qu’ils ne tricheront pas ? C’est sur cette base qu’on devrait déterminer les mille qui vont étudier la médecine ? […] Il faut mener ces évaluations avec un certain sérieux, une garantie de qualité. On veut vérifier une bonne maîtrise des compétences. On ne voudrait pas diplômer un médecin qui n’aurait pas réussi son cours de virologie ou d’épidémiologie."

Pas d’examen le 10 juillet

Pour s’adapter aux circonstances, la Fédération Wallonie-Bruxelles offre aussi la possibilité aux établissements d’enseignement supérieur d’allonger un petit peu l’année et de faire courir la session d’examen, si nécessaire, jusqu’au 10 juillet. L’UCLouvain n’a pas souhaité faire usage de cette possibilité : "Les étudiants ne le souhaitent pas, la FEF ne le souhaite pas, nous non plus, donc nous n’irons pas, a priori, au-delà de la période d’examens prévue initialement. Il y a un moment où il va falloir souffler, les étudiants sont mis à rude épreuve, le stress est augmenté, l’objectif est donc de ne pas aller au-delà du 30 juin." Pas d’examen le 10 juillet donc à l’UCLouvain comme cela aurait pu être envisagé pourtant.

CQFD, Ce Qui Fait Débat, en mode grand entretien, chaque jour à 18h20 sur La Première et à 20h45 sur La Trois. L’intégralité de l’émission ci-dessous :