VIH/sida: "7 millions de personnes risquent de mourir dans l'année"

VIH/sida: "7 millions de personnes risquent de mourir dans l'année"
VIH/sida: "7 millions de personnes risquent de mourir dans l'année" - © Tous droits réservés

Alors que s’est ouverte ce lundi à Washington la 19e conférence internationale sur le sida, Jean-Christophe Goffard de l’hôpital Erasme et Marc Biot, coordinateur de MSF à Bruxelles ont délivré dans Matin Première un message rassurant mais prudent. Oui, des progrès "phénoménaux" ont été réalisés mais il reste énormément à faire, or la lassitude semble s’installer.

Le chef de clinique adjoint de l’hôpital Erasme le confirme, "depuis le début de cette épidémie, en 30 ans, on a fait des progrès phénoménaux". On dispose en effet désormais de tous les instruments pour contrôler l’infection, éviter que la mortalité ne progresse et éviter la transmission, explique Jean-Christophe Goffard. Pourtant, malgré ces outils, même en Belgique, on a relevé plus de trois nouveaux cas chaque jour l’an dernier, soit près de 1200 personnes infectées par le VIH.

"Il y a une certaine lassitude par rapport à l’épidémie, aussi bien au niveau des autorités que dans le chef du public en général car les messages de prévention ont été entendus et rabâchés". Une lassitude qui débouche sur un certain relâchement ce qui explique que les infections continuent.

Il y a cependant énormément de nouveauté en termes de prévention, notamment le fait qu’être dépisté fasse désormais partie intégrante de ladite prévention (puisque la personne infectée par le virus du VIH peut-être traitée par antirétroviraux de façon à ne pas contracter la maladie du sida).

L’invité appelle donc les autorités sanitaires à promouvoir un accès facile au dépistage.

7 millions d'Africains menacés de mort à court terme

Marc Biot attire, lui, l’attention sur le fait que si la situation n’est pas encore totalement sous contrôle en Belgique, en Afrique, il reste d’immenses défis à relever.

Sur le continent noir, "il reste 15 millions de personnes qui ont besoin d’un traitement, 8 millions sont déjà traitées mais 7 millions de personnes infectées risquent, elles, de disparaître dans l’année ou les deux ans si elles n’ont pas accès au traitement".

Au nom de MSF, il appelle à "renforcer l’effort existant", pour renforcer ces sociétés et leur garantir un avenir.

Oui, on pourrait avoir une génération débarrassée du sida si tout le monde avait accès aux soins et si tout le monde était dépisté, précise Jean-Christophe Goffard. Cependant, quand bien même cette situation idéale se matérialiserait, il faudrait encore gérer les 40 millions de personnes déjà infectées. Dans ce contexte, l'engagement de la secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton à ce que les Etats-Unis fassent émerger une génération "sans sida" semble un objectif dont la réalisation exigera encore énormément d'efforts.

Marc Biot insiste lui sur le fait qu’il faille continuer l’effort car il constate "un tassement", voire un recul des dons or si l’on a fait beaucoup, notamment en passant en 15 ans d’un coût de 12 000 dollars par an par patient pour le traitement à 150 dollars par an par patient. "Non, on n’y est pas encore, oui on a fait beaucoup mais il faut encore faire beaucoup plus pour arriver à contrôler cette épidémie", alerte Marc Biot.

Les antirétroviraux comme outil de prévention? Les avis sont partagés

Comme le relève Jean-Christophe Goffard, si on a une idée de la prévalence VIH en Belgique, "on loupe probablement 15 voire 20% de personnes qui vivent avec le VIH et ne sont pas diagnostiquées". Les feins à ce dépistage sont notamment la clandestinité par rapport à la prostitution ou des épidémies larvées. L’invité donne l’exemple du milieu gay "qui a pourtant été le premier à réagir", faisant ainsi chuter les infections jusqu’en 1997. Récemment "cela 'reflambe' et un diagnostic sur deux à peu près est fait dans la population gay".

"Prendre des antirétroviraux pour une personne infectée est probablement le progrès le plus important" car ce traitement permet de rendre le virus indétectable dans le sang, de n’être virtuellement plus contagieux et de ne pas développer la maladie même si l’on est porteur.

Par contre, il faut être extrêmement prudent par rapport au fait que la prise de ce traitement antirétroviral préventivement car on ne sait pas encore si sur le long terme cette prévention est efficace mais surtout il s’agit de personnes saines qui seraient soumises à un traitement chronique, censé être pris à vie.

Une analyse dont se démarque Marc Biot pour qui le traitement peut être considéré comme un moyen de prévention important. Par exemple dans le cadre de couples ou un des partenaires est infecté, une étude récente montre que "la possibilité de transmission de l’un à l’autre est diminuée par 96%".

Par contre, il n'y a toujours pas de vaccin, il faut donc prendre ce traitement à vie. Même si ce n'est qu'un cachet par jour, il suffit d'oublier un jour pour potentiellement renforcer la résistance de ce virus.

Julien Vlassenbroek

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