Vidéos violentes sur internet : pourquoi s’en vanter ?

Le Happy Slapping, c’est une pratique qui consiste à filmer avec son téléphone une scène de violence subie par une personne et la diffuser sur les réseaux sociaux. Les scènes peuvent être de différentes dimensions : ça peut aller d’une offense à une humiliation ou des violences physiques ou sexuelles. C’est le cas du viol collectif de Chaudfontaine qui s’est déroulé fin mars. Une vidéo de quelques secondes de ce viol a été diffusée sur le réseau social Snapchat.

Selon le pédopsychiatre Jean-Yves Hayez, se filmer en train de poser un acte intentionnellement mauvais prolongerait la jouissance de l’auteur. « Il est possible qu’il cherche aussi la jouissance de se montrer qu’il a été capable d’être diabolique. Il peut aussi chercher l’admiration des autres parce que lui a osé faire quelque chose que peu de gens osent faire », explique le spécialiste.

Un phénomène qui provoque aussi l’indignation au sein de la population. « Y a de plus en plus de gens qui font ça, mais ils ne se rendent pas compte de la gravité des événements. Ils n’agissent pas, ils filment juste », explique une jeune fille au micro de Juliette Pitisci.

Au-delà d’un besoin de faire le buzz, il y a deux facteurs de prédisposition, selon Jean-Yves Hayez. Le premier, c’est le groupe. « Quand nous sommes en groupe, ça va être la surenchère du mal et de la bêtise », explique le spécialiste. Mais il y a aussi un facteur plus contemporain et nouveau : l’image. « Nous sommes au siècle où beaucoup de choses passent par l’image. On veut se mettre dans l’image et ça, c’est nouveau. On veut avoir la meilleure image, mais peu importe qu’elle soit la plus sordide, la plus sombre », indique le pédopsychiatre.

Une pratique très courante

Ce phénomène de vidéo lynchage semble de plus en plus courant, comme le constate les avocats. « Dans à peu près 100% des dossiers aujourd’hui, on a une composante vidéo, son et images », affirme Etienne Wéry, avocat, spécialiste en droit des nouvelles technologies.

« Les gens font ça pour une raison que j’ai parfois du mal à comprendre. Il faut se rendre compte que ça peut se retourner contre eux », poursuit l’avocat. « Le cas typique étant l’agression sexuelle et la défense qui invoque le consentement de la victime. Il est clair que quand on a une vidéo et qu’on entend quatre fois la personne qui crie « Arrêtez, arrêtez », ce n’est plus de consentement dont on parle, c’est de viol. C’est un peu un réflexe stupide, mais c’est un réflexe qu’on observe au niveau sociologique ». Dans la loi belge, le fait de se filmer en train d’agresser quelqu’un n’est pas une circonstance aggravante.

Anouch Yalman est éducatrice dans une école bruxelloise, elle n’a jamais été confrontée à ce type de pratique dans son école, mais les équipes travaillent sur la prévention. « On sensibilise nos élèves en disant que si on voit quelque chose, il faut plutôt agir et dénoncer », raconte la jeune femme.

Un phénomène plus important aujourd’hui qu’hier ?

Si le Happy Slapping existe depuis plusieurs années maintenant, le degré d’agression a évolué. Il y a quinze ans, les auteurs s’en prenaient à des passants qui n’avaient rien fait en leur donnant des baffes. La surenchère a continué. Désormais, les violences sont notamment sexuelles. « Je crois que le mot technique adéquat, c’est le mot pervers. On cherche une jouissance dans la destruction active de l’autre et dans le visionnage de la destruction active de l’autre », analyse Jean-Yves Hayez. « Je ne dis pas pour autant que ces gens sont tout le temps des pervers, mais ce moment-là est un moment pervers. »

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