Victimes du 11 septembre: pourquoi l'identification prend-elle autant de temps?

Victimes du 11 septembre: pourquoi l'identification prend-elle autant de temps?
Victimes du 11 septembre: pourquoi l'identification prend-elle autant de temps? - © ANGELA WEISS - AFP

Près de 18 ans après les faits, une 1643e victime des attentats terroristes du 11 septembre vient d'être identifiée. Récupérés en 2013 à proximité des bâtiments de la Deutsche Bank, des restes de cette personne ont pu être identifiés grâce à un fragment osseux. Mais pourquoi l'identification de plus de 1100 victimes encore anonymes prend-elle autant de temps?

Lors d'une catastrophe où des personnes décédées sont à déplorer, trois critères permettent d'identifier une personne. Le premier concerne l'identification sur base des empruntes digitales, si la personne est éventuellement fichée au sein des bases de données de la police. Le second permet d'identifier une personne par son dossier dentaire, si celui-ci est également disponible. Le troisième moyen se base sur l'ADN d'une personne.

Pas de point de comparaison

Le défunt doit toutefois figurer parmi les victimes présumées de l'attentat afin de procéder à une identification rapide en comparant les données prélevées au dossier de cette personne. Si l'on ne sait pas de qui il s'agit, les analyses peuvent prendre énormément de temps.

"Dans le cadre d'une catastrophe dite 'ouverte', lorsque l'on ne sait pas quelles sont les victimes présumées, il n'est pas possible de comparer ces données grâce à l'un de ces trois critères", explique le Docteur Gregory Schmit, du service Médecine Légale et Autopsies des cliniques Saint-Luc (UCL).

"En Belgique, on n'a pas de banque ADN qui reprend la population générale. Il n'y a que la base de données des condamnés, qui concerne les personnes qui ont subi une condamnation de justice. Cela permet de faire une comparaison. Au niveau des empreintes digitales, même constat. Aux Etats-Unis, c'est un peu différent puisque ces données existent dans le cadre d'une demande de passeport ou de carte d'identité", précise-t-il. 

Ainsi, grâce à une base de données de 17 000 profils d’ADN provenant de disparus ou de leurs proches, des victimes continuent donc, très lentement, d'être identifiées.

Progrès technologiques

Depuis septembre 2001, les évolutions technologiques permettent d'aller plus vite, même si les données à disposition sont moins bonnes. "Chaque année, des techniques sont développées au niveau de l'identification génétique", confirme le Dr Gregory Schmit.

Comparées aux actuelles, les techniques de l'époque permettent d'expliquer ces longs délais d'identification. Face à des fragments d'ADN dégradés, il n'était pas toujours possible d'obtenir un profil génétique complet et ainsi procéder à une identification. Mais ces méthodes ont progressé : "De grands projets sont faits notamment pour pouvoir identifier des personnes sur base d'ADN de plus en plus dégradées. On peut dorénavant travailler avec des fragments d'ADN de plus en plus courts".

Si des fragments osseux ont permis de retrouver l'identité d'une nouvelle victime, il n'est pas étonnant qu'il soit encore possible de procéder à l'identification même après autant de temps. "L'os contient l'ADN en son centre et même soumis à des températures importantes comme durant les explosions, on peut encore retrouver de l'ADN dans les os ou les dents", précise ce spécialiste.

Les attentats du 11 septembre 2001 ont coûté la vie à un total de 2753 personnes. Depuis ce jour, les médecins légistes travaillent chaque année à identifier près de 20.000 restes humains. Une mission compliquée mais pas impossible. "Il est encore possible de les identifier, mais tout dépend du matériel à disposition", explique le Dr Gregory Schmit. "Certains tissus humains sont plus riches que d'autres en ADN. Tout va dépendre du degré de dégradation de l'ADN que l'on a dans ces tissus. Les conditions de conservation n'étaient pas forcément soumis au même type de température. C'est toujours aléatoire et c'est probablement ce qui explique ce laps de temps".

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