Victimes: comment réagir quand l'auteur du crime pourrait sortir de prison?

Service d'accueil et d'aide aux victimes
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Service d'accueil et d'aide aux victimes - © Jean Poucet

Nous ne donnerons pas leurs noms mais Sarah et Laura (prénoms d’emprunts) ont perdu leur sœur en 2011. Elle a été poignardée par son ex-mari devant son domicile. L'une des soeurs a assisté impuissante au drame.

Depuis les faits, Pascale Preud'homme, assistante de justice, accompagne les proches, dont les deux sœurs dans les différentes étapes de la procédure. Un lien privilégié s’est tissé au fil du temps notamment lors du procès d’assises en 2014. Pour Laura, "son" assistante de justice l’a vraiment aidée à passer ce cap difficile : "C’est perturbant et choquant quand on entend aux informations qu’ 'untel' a tué 'untel' mais quand on le vit c’est réellement la fin du monde. Par rapport au milieu de la justice, madame Preud'homme était la plus proche de nous. Elle a pu nous expliquer tout le déroulement de la procédure de manière très humaine ".

Franchir une nouvelle étape difficile

Quatre ans après le verdict de la Cour d’assises condamnant l’auteur à vingt ans de prison, Pascale Preud'homme doit les aider à passer un nouveau cap. Car l’auteur, privé de liberté depuis 2011, a purgé le tiers de sa peine. Il est dès lors en "ordre d'admissibilité" permettant d'accéder à des mesures comme des permissions de sortie, le congé pénitentiaire, la libération conditionnelle, la surveillance électronique. Il peut donc introduire des demandes en ce sens ce qui ne signifie pas qu'elles seront acceptées par le tribunal d'application des peines (TAP). Pour les deux sœurs, sans être vraiment une surprise, cela reste difficile à accepter : "Il a tué ma sœur, il a voulu tuer mon ex-mari deux fois… donc c’est un vrai danger public", dit Laura. "C'est très précoce" ajoute Sarah...

Après avoir rappelé les règles et précisé que c’est le tribunal d’application des peines qui peut décider et qu’il tiendra compte de leurs avis, Pascale Preud'homme recadre sa mission : "Je me rends bien compte que c’est insatisfaisant pour vous sachant sa condamnation jusqu’à 2034 mais le système est fait comme ça. Je ne suis pas là pour le défendre mais pour vous l’expliquer le mieux possible".

S'entendre sur les conditions mises à une libération 

Progressivement les deux sœurs sont invitées par l’assistante de justice à fixer les conditions qu’elles jugent nécessaires d'imposer au détenu dans leur intérêt au cas où il pourrait bénéficier d’une libération de quelque nature que ce soit. "Est-ce que vous avez des idées demande Pascale Preud'homme ?" Pour Sarah, l’important " c’est qu’il ne s’approche pas de notre domicile, qu’il n’entre pas en contact avec nous, qu’il nous téléphone pas, qu’il n’écrive pas" et sa sœur Laura d’ajouter "ni par l’intermédiaire de sa famille ou ses amis". Pascale Preud'homme formalise alors tout cela par écrit : "Aujourd’hui je suis votre bic" dit-elle. Et de noter "Pas de contacts de quelque manière que ce soit, ni par personnes interposées… ".

Progressivement les contours des conditions se dessinent. Les deux sœurs veulent s’assurer qu’elles ne croiseront pas le condamné au hasard de leurs trajets habituels… Il faut dès lors s’entendre sur un périmètre dans lequel l’auteur ne pourra résider ou se rendre. La famille élargie, frères et soeurs mais aussi leurs enfants, s’est dispersée dans plusieurs communes de Bruxelles...

Après avoir énuméré six à sept communes, Laura veut mettre une condition plus sécurisante pour elle en raison de menaces de mort formulée lors du procès : "N’est-il pas plus simple d’étendre le périmètre à toutes les communes bruxelloises ?". Sa soeur Sarah n’est pas d’accord, elle craint de donner prétexte à l’auteur de contester les conditions sous prétexte qu’il ne pourra plus travailler.

Le vécu différent des victimes

Les deux sœurs ont une histoire familiale différente. Laura et Sarah n'ont pas le même père. Et Laura a vécu de longues années au côté de la victime mais aussi au côté de l’auteur du crime. Elle était aussi présente au moment du meurtre et sa grande soeur est morte dans ses bras. "Moi, c’était ma deuxième mère" précise Laura. Pour Pascale Preud'homme l’important est toujours de rester le plus fidèle possible aux ressentis et aux attentes de chaque victime. Tenir compte de leur sensibilité, après les avoir écoutées, elle recadre : "C’est pas facile..., je vois, j’entends. Vous avez deux avis différents, ils seront notés dans deux formulaires distincts et le tribunal aura au final accès à tout. Mais on doit de toute manière passer par un document écrit, prenez le temps de réfléchir ! Je vous propose de nous revoir une seconde fois plus tard pour mettre tout cela par écrit".

Et l’assistante de justice de leur indiquer qu’elles pourront si elles le souhaitent être entendues par le Tribunal d’application des peines. Cela permet d’expliquer au tribunal les raisons pour lesquelles les conditions sont demandées : "Pourquoi toutes les communes de Bruxelles et pas seulement celle où vous résidez ?", indique comme exemple Pascale Preud'homme. "Votre présence au TAP permettra de motiver. Et vous pourrez vous faire accompagner de votre avocat ou de moi si vous le souhaitez.

Mais cela suppose ajoute l’assistante d’accepter d’être en présence de l’auteur : "Prenez le temps de réfléchir à tout cela d'ici notre prochaine rencontre…" Un temps que Pascale Preud'homme mettra à profit pour vérifier si les victimes ont été totalement ou partiellement indemnisées par l'auteur des faits, une condition qui entrera aussi en ligne de compte lors des débats devant le Tribunal d'application des peines. 

 

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