Viande reconstituée, jambon à la colle: sait-on ce que l'on mange?

Origine géographique, résultats sanitaires, et composition: des informations vitales pour les consommateurs de produits préparés
Origine géographique, résultats sanitaires, et composition: des informations vitales pour les consommateurs de produits préparés - © MEHDI FEDOUACH - AFP

Que le premier qui n’a jamais goûté un plat préparé lève la main ! A l’époque des horaires de travail flexibles et des emplois du temps extensibles, nous avons presque toutes et tous dû, un jour ou l’autre, nous contenter de nourriture rapidement préparée, et plus ou moins nourrissante. En connaissance de cause, croyions-nous, nous avons donc acheté au supermarché du coin une barquette de lasagne, un "colin de l’Alaska et sa compotée de légumes", ou du riz au curry "façon indienne".

Et patatras, cette information : alors que nous pensions manger de la lasagne au bœuf, on apprend que la viande, c’est du cheval. Mais trop tard, on a déjà fini la barquette… Alors, le doute : est-ce que ce genre d’aventure est courant dans le monde de l’alimentation ?

"Nous avons beaucoup d’autres exemples qui concernent un défaut d’étiquetage", répond Jean-Philippe Ducart, le porte-parole de Test-Achats. Un exemple qui a défrayé la chronique : celui du "fromage" sur les pizzas. Il y a quelques années, des consommateurs se sont émus après avoir appris que la mozzarella qui se trouve sur les pizzas d’une chaine de fast food était en réalité un assemblage de "composé de trois amidons et de deux gélifiants (le galactomannane et le carraghénane)", qui n’a rien à voir avec le lait issu d’un animal et transformé en fromage. Et que, non, ce n’était pas exceptionnel, ni illégal. Ce procédé a même un nom : le remplacement d’un produit par un autre appelé "analogue".

Car, si, dans le cas de la barquette de lasagne qui contient du cheval, il s’agit probablement d’une fraude – faire passer du vieux canasson pour du bœuf- le problème est plus global. Sait-on ce que l’on mange ?

De la colle dans le jambon

Jean-Philippe Ducart égrène les exemples : des allégations mensongères (présence de certains ingrédients ou de vertus supposées), de la viande de poulet pleine d’eau, ou des desserts aux fraises contenant… 0,1% de fraises. "Il y a aussi l’épisode des pitas, garanties "halal", et où on a retrouvé de la viande de porc".

Mais que dire alors du jambon cuit, reconstitué en réalité avec de la colle, ou des nuggets de poulet qui ont tout du pavé de chapelure, rempli d'un peu de viande de poulet reconstituée et collée au collagène ?

"Mais il y a du tissu conjonctif dans les saucisses", s’exclame Carlo De Pascale, qui s’étonne de l’ignorance des consommateurs. Et c’est souvent marqué sur les étiquettes, ajoute le chef cuisinier, car c'est un domaine très règlementé.

Le consommateur responsable

La question qu’il faut se poser, pour lui c’est : "Même quand c’est 100% sécurisé, ou aux normes, cette espèce de magma, est-ce qu’on a envie de manger ça ?"

Pour lui, l’agitation suite à l’affaire des "lasagnes à la viande de cheval" est un épiphénomène, car c’est marginal. "Je voulais faire, un jour, des crêpes au sarrasin avec du jambon, raconte-t-il. Il avait un goût sucré, alors je ne l’ai pas utilisé". Apprendre le goût, apprendre à bien manger, "c’est une attitude culturelle". Le consommateur doit prendre le temps de lire les informations sur les étiquettes, de comprendre ce qui est mentionné, et surtout, de goûter. Carlo De Pascale en est convaincu : il se rendra compte de lui-même que ce n’est pas bon.

Jean-Philippe Ducart regrette, quant à lui, le manque de contrôle, essentiellement concernant l’origine des ingrédients. "Il faut renforcer le contrôle sur la traçabilité", dit-il, en s’étonnant du fait que ni le SPF Économie, ni l’Agence fédérale de la sécurité alimentaire (AFSCA), n’aient pu détecter la malfaçon.

Personne n'est compétent

"On a beaucoup parlé de l’autocontrôle des industriels (qui est la règle en matière de contrôle alimentaire), mais c’est être aveugle par rapport aux producteurs", estime-t-il.

"Le problème est un problème de tromperie du consommateur, mais qui n’avait pas un risque sanitaire", explique Jean-Paul Denuit, porte-parole de l’AFSCA sur La Première. En ajoutant que l’agence n’est dès lors pas compétente.

"Il y a une faille dans la filière de contrôle", estime Jean-Philippe Ducart. De fait : le SPF Economie affirmait mardi que la Belgique n’était pas concernée par cette affaire. Mais des résultats similaires ont finalement été trouvés, mercredi, dans des produits en vente dans notre pays.

W. Fayoumi

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