Faudra-t-il avoir un âge minimum pour manger des bonbons ?

Le sucre peut entrainer une dépendance
Le sucre peut entrainer une dépendance - © Mate Outah (Flickr)

Une étude publiée dans la revue Nature propose une règlementation de la consommation de sucreries. L'idée est de fixer un âge minimum pour l'achat d'aliments trop sucrés, de la même façon que pour l'alcool et le tabac. Applicable en Belgique?

L'étude, qui a été menée par trois chercheurs californiens, détaille les nombreux problèmes de santé liés à la consommation de sucreries aux États-Unis. L'angle d'analyse est innovant et propose de comparer les dommages causés par le sucre aux dommages engendrés par l'alcool et le tabac. Les chercheurs proposent dans un premier temps d'interdire les publicités des sucreries et sodas. Les autorités pourraient ensuite bannir ces produits des restaurants, distributeurs et écoles. Enfin, d'ici une dizaine d'années, une loi concernant l'âge minimum légal pour l'achat d'aliments contenant trop de sucre serait instaurée.

"Les trois quarts des frais médicaux aux États-Unis sont consacrés au traitement des problèmes métaboliques associés à l'alimentation, essentiellement au sucre", explique l'auteur principal, Robert Lustig, de l'Université de la Californie à San Francisco. "De plus en plus d'études montrent que manger trop de sucre dérègle l'appétit et crée une dépendance. Aucune étude n'a jamais comparé les coûts de l'alcool, du tabac et du sucre, mais, à mon avis, c'est comparable aux coûts qu'entraînent le tabac et l'alcool, tant pour les consommateurs que pour ceux qui respirent la fumée secondaire et périssent dans des accidents de la route causés par l'alcool."

150 milliards en frais médicaux

Les problèmes médicaux causés par une alimentation à base de trop de sucre entrainent des frais de 150 milliards de dollars par an aux États-Unis. Les pertes de productivité sont estimées par les trois chercheurs à 65 milliards de dollars.

Une thèse controversée

La solution proposée par les chercheurs est sujette à débat: il est difficile de comparer les dommages causés par le sucre à ceux causés par l'alcool et le tabac. C'est pour cette raison que le Dr. Lustig, auteur principal, ne prévoit pas qu'on puisse limiter l'âge légal pour l'achat de produits sucrés avant au moins 10 ou 15 ans.

Le secteur de l'industrie réserve évidemment un accueil assez froid à la thèse du Dr. Lustig, mais le chercheur reste persuadé que le sucre cause plus de problèmes de santé que l'obésité : "On a de la difficulté à démontrer que l'obésité réduit beaucoup l'espérance de vie. À mon avis, c'est parce que le coupable est le sucre, qui cause des désordres métaboliques. Un obèse sur cinq n'a pas de désordres métaboliques et 40% des non-obèses en ont."

Le Dr. Lustig émet une théorie sur les causes de la dépendance aux produits sucrés : jadis, les hommes préhistoriques n'avaient pratiquement accès aux aliments sucrés que durant l'été grâce aux fruits. Ils devaient alors emmagasiner des calories pour survivre à l'hiver. Donc, le sucre pousse à manger davantage.

Une taxe spéciale pour les produits sucrés

Une telle mesure fait débat et pose une question d'éthique. Que feront les moins nantis face à cette augmentation ? Cette mesure peut être prise comme une taxe sur la pauvreté, à laquelle le Dr. Lustig répond : "Le plaisir ne mène pas nécessairement au bonheur. Si l'humanité en est là, c'est vraiment triste."

Les taxes pour lutter contre la "malbouffe" existent en Europe  

Des pays comme la France, l’Écosse, l'Irlande ou la Hongrie, ont déjà imposées des taxes sur les produits sucrés. En France, la TVA sur les boissons à sucres ajoutés est passée à 19,6% le 1er janvier 2012. De nombreux commentateurs soulèvent que cette taxe touchera les couches les plus pauvres de la population et qu'aucun lien n'a définitivement été établi entre les sodas et l'obésité. Au Danemark, le prix au kilo des aliments de type "malbouffe" s'est vu augmenter de 2,15 euros.

Et en Belgique ?

Chez nous, la sénatrice Marleen Temmerman (sp.a) soutient qu'un système similaire au modèle danois serait bénéfique. De son côté, Jan Eyckmans, porte-parole du SPF Santé Publique, indique que le problème devrait être abordé dans l'autre sens: les produits sains doivent être plus accessibles. Une idée que soutient Laurence Doughan, co-coordinatrice du Plan national nutrition santé. La proposition de résolution soumise au Sénat par Jacque Brotchi (MR) en 2009 supportait ce système. Cette proposition, qui n'a pas été retenue, proposait de baisser la TVA des fruits et légumes à 0% et d'augmenter celle des produits moins sains (riches en sucres, sel et matières grasses) à 12%. C'est une solution tout à fait réalisable à l'heure de l'Europe, explique Laurence Doughan, qui précise que la décision de modifier le régime de la TVA est laissée aux États membres. Toujours selon Laurence Doughan, l'adaptation du taux de TVA est envisageable uniquement si elle est accompagnée de campagnes de préventions. Elle cite le modèle français: sur les 240 millions qu'ont rapportés au gouvernement l'augmentation des taxes sur les produits sucrés, la moitié a été utilisé pour les campagnes de prévention.

Ce problème de mauvaise alimentation n'est pas à prendre à la légère, un million de Belges ont une concentration accrue de glucose dans le sang, ce qui augmente considérablement les risques de problèmes cardiaques et vasculaires.

Jean-Charles Dierickx avec www.cyberpresse.ca

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