Verdure et recyclage : la deuxième vie des carrières belges

En Belgique, on extrait en moyenne 63 millions de tonnes de granulats de nos sols. L’immense majorité, 85%, provient de Wallonie qui peut s’enorgueillir de compter sur son territoire deux leaders mondiaux de fabricants de chaux : Lhoist et Carmeuse. Que ce soit pour produire cette chaux, des simples granulats, de la pierre ornementale ou encore du sable, il faut creuser dans le sol. Comme la pierre est une matière première non renouvelable, on se retrouvait généralement avec des trous béants ou, dans le meilleur des cas, avec une fosse remplie d’eau. Heureusement, depuis une vingtaine d’années, la réhabilitation des zones exploitées est devenue une obligation et les carriers (c’est le nom des exploitants) rivalisent d’idées pour revaloriser les lieux.

Nature et biodiversité

Beaucoup d’anciennes zones d’extraction ont été verdurisées. Plan d’eau, aménagement des berges, plantations diverses, abris pour la faune sont monnaie courante. Cela a permis de réintroduire une biodiversité auparavant absente des lieux plutôt hostiles. A Mont-Saint-Guibert, dans la plus grande sablière du pays, on a ainsi recensé pas moins de 180 espèces animales dont la plus grande colonie belge d’hirondelles de rivage ainsi que certaines espèces rares ou même menacées d’extinction. Etudiées par des botanistes, elles se développent en toute quiétude puisque les carrières sont privées et interdites au public.

A Moha, chez Carmeuse, plusieurs plans d’eau naturels ou artificiels jouent le même rôle de développement de cette biodiversité. Mais en tant que gros émetteur de CO2, l’entreprise a également investi dans 22.000 panneaux photovoltaïques, a planté plus de 200.000 arbres et travaille en partenariat sur le développement d’une usine de production d’hydrogène vert à partir du carbone émis. L’enjeu est donc plus vaste qu’un simple aménagement de verdure.

Diversifier ses activités sur les sites exploités

Une autre tendance est à la multiplication des activités afin de poursuivre le travail sur un lieu qui a pourtant offert toutes ses ressources. Retour à Mont-Saint-Guibert où le sable extrait est remplacé par des terres provenant principalement du secteur de la construction. La sablière a obtenu un permis d’exploitation, ce qui lui permet de remblayer avec ces terres dont on ne savait trop que faire. Bien entendu, la sablière est rémunérée pour ce travail. Ainsi, après avoir creusé, on rebouche : cela fait deux fois des rentrées financières. Et à côté de ces milliers de tonnes de terre, on trouve aussi en plein cœur du site plusieurs entreprises de recyclage. Parmi elles, Valorem se charge de revaloriser les déchets de construction, en les transformant à nouveau en granulats ou même en… sable. Ce pourrait être vu comme une concurrence aux carrières qui produisent les mêmes matières premières. Mais il y a de la place sur le marché et on sait que les gisements ne sont pas inépuisables. Et puis, entre autres actionnaires, on retrouve aussi des sociétés issues de l’industrie extractive.

Alors, quitte à miser sur l’économie circulaire et la revalorisation des lieux exploités, autant allier diversité et rentabilité. C’est sans doute mieux qu’un vaste espace aride.

Journal télévisé du 5/04/2021

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