Vendredi 13, un jour de chance ou de malheur, mais d'où vient cette superstition?

Nous sommes vendredi 13. Pour certains, c’est une chance, ils vont se ruer sur les bulletins du Loto ; pour d’autres, c’est un drame, ils vont se calfeutrer chez eux. Il y a aussi ceux à qui ça ne fait ni chaud ni froid, mais qui y pensent quand même quelques secondes en voyant la date.

D'où vient cette superstition ? 

Laura De Guissmé, chercheuse au Centre en psychologie sociale et interculturelle de l’ULB, était l'invitée de Jour Première ce vendredi. D'après elle, "l’origine d’une superstition est toujours très compliquée à percevoir et selon des anthropologues, le vendredi 13 serait finalement la relation entre deux peurs qui seraient la peur du vendredi et la peur du 13. Par exemple, le numéro 13 fait surtout référence au dernier repas du Christ, où il y avait 13 convives. Mais on peut aussi voir ça dans les légendes nordiques, où lors d’un banquet d’Odin, un des dieux aurait été tué et il y avait également 13 convives. Chez les gréco-romains aussi, le 13 détruit l’harmonie du 12 — les douze mois de l’année, les 12 signes du zodiaque, les 12 dieux de l’Olympe. Et concernant le vendredi, chez les chrétiens de nouveau, le vendredi est associé de nouveau à la mort du Christ et on peut aussi voir dans la Rome antique que finalement le vendredi était plutôt sombre puisqu’on exécutait les prisonniers. Voilà ce qu’on peut trouver à l’origine de cette peur du vendredi 13".

Qu’est une superstition ?

"Une superstition est une croyance irrationnelle, qui ne peut pas être explicable par une démarche scientifique", explique Laura De Guissmé. "C’est le fait que les individus vont penser que deux événements sont dus à une cause à effet, alors que finalement elle est sûrement due au hasard. C’est par exemple le fait de porter des chaussettes rouges à un examen, de le réussir et de finalement se dire : 'Je l’ai réussi grâce à mes chaussettes rouges', et de porter ces chaussettes tout au long d’une session d’examen"

Reste que pour les chaussettes rouges, c’est plus un rituel personnel. Or, le vendredi 13 est une superstition beaucoup plus collective. Y a-t-il d’autres superstitions qui ont pour objet notre quotidien ?

"Oui", répond la chercheuse, "à partir du moment où on fait attention aux superstitions, on peut en voir un peu partout, que ce soit dans les discours mais également sur les effets de la vie de tous les jours. Par exemple, on peut voir que de nombreux hôtels n’ont pas d’étage ou de chambre 13"

Ne pas prononcer le mot "lapin" sur les bateaux ?

"Dans les avions non plus il n’y a pas forcément de rangée numéro 13. En ce qui concerne les superstitions à grande échelle, on peut voir que de nombreuses personnes croisent les doigts, touchent du bois pour se porter chance ou pour éloigner la malchance. Mais c’est aussi, à grande échelle, au théâtre, où on ne peut pas prononcer le nom de la pièce avant sa présentation, où on ne peut pas porter du vert. Aussi, on ne peut pas avoir de lapin dans les bateaux", ajoute Laura De Guissmé.

Quant à savoir pourquoi, elle précise : "Le prononcer, ça, c’est vraiment une déformation, mais le fait de ne pas avoir de lapin sur les bateaux serait apparemment dû au fait qu’à l’époque où les bateaux étaient en bois, les lapins rongeaient et mangeaient effectivement le bois et faisaient couler les bateaux. C’est donc un peu resté dans l’inconscient collectif et ce sont des choses qui restent finalement au fur et à mesure".

Quid si on rate l'examen malgré les chaussettes rouges ? 

A cette question, la chercheuse répond que "ça dépend vraiment de la personne, mais généralement quand on aura les chaussettes rouges et qu’on réussit l’examen, on va se dire : 'Mes chaussettes rouges m’ont porté chance'. Mais si par exemple on rate l’examen, on aura plutôt tendance à se dire : 'Oui, mais c’était dû à quelque chose d’extérieur. J’ai peu étudié ou le prof… '".  

Et d'ajouter : "Ou alors quelqu’un se dira peut-être finalement : 'Je savais que les chaussettes rouges étaient plus pour me déstresser moi avant l’examen, mais n’avaient pas d’impact sur mon résultat '".

Une sorte de folklore ? 

Les superstitions, "cela fait partie du folklore. Les superstitions, ce sont des choses auxquelles on pense dans ce qu’on dit, dans ce qu’on fait. C’est vraiment dans l’inconscient collectif. Le vendredi 13 fait partie du folklore occidental puisque, par exemple en Asie, le 13 n’a pas de signification. C’est plutôt le chiffre 4 qui porte malchance puisqu’il est prononcé de la même façon que le mot : 'mort'. Donc, c’est vraiment un folklore plutôt occidental le vendredi 13".

Risque de développer des TOC 

"Malheureusement, dans le cas du vendredi 13 par exemple, il y a des personnes qui ne sortent pas de chez elles le vendredi 13 pour éviter qu’il leur arrive malheur", explique Laura De Guissmé à la question de savoir si certains peuvent s'en rendre malade. "Et effectivement, il y a plusieurs pathologies qui sont associées aux superstitions. Par exemple, les personnes qui se penseraient protégées par leur rituel pourraient du coup avoir des comportements à risque, mais également l’individu peut perdre son objectivité en prêtant à des faits et à des gestes quelque chose des pouvoirs surnaturels finalement, et là ça peut mener à des troubles obsessionnels compulsifs, des TOC, qui sont assez handicapants dans la vie quotidienne. Et plus socialement, on peut dire que le fait de se sentir malheureux et malchanceux peut également créer de l’anxiété et ça peut être une sorte de prophétie autoréalisatrice ou aussi, comme on se sent malchanceux, on a l’anxiété qui monte et on peut alors avoir des accidents, on peut être plus maladroit et être moins performant à l’école ou dans son travail"

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