Valérie Michaux, porte-parole d'Amnesty International Belgique: "Il y a une forme de fatalisme par rapport aux droits humains"

La Déclaration universelle des Droits de l'Homme aura 70 ans dans deux mois. À cette occasion, Amnesty International révèle un sondage sur la perception des Belges francophones sur les droits humains et leur respect. Valérie Michaux, porte-parole d'Amnesty International en Belgique francophone, était invitée dans Matin Première ce jeudi pour évoquer ces résultats.

Au-delà de cette date symbolique des 70 ans, pourquoi faire cette étude ?

"Parce que c'était important pour Amnesty International de comprendre un peu la perception qu'avait le public par rapport à ses droits, ses droits fondamentaux, ses droits tous les jours, mais aussi de comprendre quelle était finalement sa capacité à agir, quel était son comportement pour la défense de ses droits. Et donc il était important pour nous de le faire comme vous l'avez dit à quelques mois de l'anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l'homme qui reste un texte fondateur, fondamental pour le travail des défenseurs des droits de l'homme".

On le connaît bien ce texte ?

"Ça, c'est un des premiers enseignements du sondage c'est que non. Ce texte étonnamment n'est pas bien connu du public et les jeunes le connaissent encore moins bien. Plus de la moitié dit mal le connaître et 37 % n'en ont même jamais entendu parler. Il y a effectivement là une énorme inquiétude de la part d'Amnesty International".

Au-delà de ce texte sur le fondement des droits de l'homme, est-ce qu'on est attaché à ça ? Est-ce que c'est un besoin qui se fait ressentir ?

"Oui c'est ce qui apparaît très clairement dans l'étude, c'est que les Belges sont attachés aux droits humains. Trois quarts d'entre eux disent être extrêmement sensibles à son respect, mais avec, c'est vrai, une impression générale de dégradation de ces droits humains. C'est vrai que chez Amnesty International, on ne peut que leur donner raison. Il y a effectivement une dégradation de ces droits. Alors les droits auxquels les Belges francophones se disent être le plus attachés, ce qui les préoccupe le plus, c'est le droit à la santé, le droit à la vie, le droit à la sécurité bien évidemment, le droit à l'éducation et la liberté d'opinion".

Et à quel point le Belge francophone est-il prêt à s'engager pour défendre ses droits ?

"Ça, c'est un autre point d'inquiétude d'Amnesty International et on leur a dit que c'est important de s'engager pour ses droits. Il y a une forme de fatalisme et d'impuissance par rapport à ces droits humains. 61 % d'entre eux estiment qu'il y aura toujours des violations des droits humains dans le monde".

Ça veut dire qu'on ne peut rien changer ?

"Alors justement, effectivement un sentiment qu'on ne pourra jamais rien changer. Or, ce qu'on leur dit chez Amnesty, c'est que oui - prendre tout ça en main ça donne du pouvoir aussi et ça donne la capacité de changer les choses. Et aujourd'hui toute une série d'exemples, et le #metoo n'en est qu'un, où on a montré que quand la population s'engage, quand les médias font pression, il y a réellement moyen de changer les choses et d'aller bien au-delà d'une situation de résistance, mais vraiment d'être vecteur de changement".

Il y a un Belge francophone sur cinq qui pense pouvoir changer les choses. C'est-à-dire qu'il y en a quatre qui sont au balcon.

"C'est-à-dire que c'est un peu plus subtil que ça. Le Belge a le sentiment comme je l'ai dit, d'une impuissance, mais ils ont le besoin de s'investir localement, de consommer plus durablement, de passer par l'éducation. Donc il y a une autre forme d'engagement. C'est vrai qu'on n'est pas dans les grandes manifestations des années 80 contre le nucléaire, etc. C'est une autre forme d'engagement aujourd'hui qui s'exprime, mais qui a du poids, qui est importante et qu'il faut pouvoir encourager".

Mais si le Belge francophone voit ses droits à lui particulièrement menacés, est ce qu'il est prêt à agir ? On parle des droits pour les autres, mais les droits pour soi...

"Ça, effectivement, ce qui préoccupe le plus le citoyen et la citoyenne en Belgique comme le droit à la santé, le droit à l'éducation, ce sont des droits pour lesquels ils vont descendre dans la rue et ils vont manifester".

On n'a pas cette tradition de grandes manifestations.

"On ne l'a plus. On l'a eue, on ne l'a plus. Et comme je l'ai dit : on s'implique, on s'active autrement. Mais effectivement, pour leurs droits de tous les jours, leurs droits acquis, effectivement il y a une volonté et un besoin de descendre dans la rue et de manifester".

Dans quelle proportion ?

"On le voit de diverses manières. Aujourd'hui il y a par exemple l'engagement de la plateforme citoyenne qu'il faut aujourd'hui saluer. C'est un engagement très fort des citoyens, c'est autrement que de descendre dans la rue et par ailleurs ils descendent aussi dans la rue, y compris pour défendre le droit d'asile. Donc il y a aujourd'hui une volonté, en tout cas du public, de défendre, mais de le faire peut-être autrement".

Pour terminer, qui sont les garants des droits humains dans notre société aujourd'hui ?

"Aux yeux des Belges francophones, ce ne sont pas les politiques, ce sont les ONG. 13% d'entre eux estiment par exemple que les politiques n'ont pas fait assez pour la défense de ces droits".

C'est lié à l'actualité du moment, notamment les réfugiés, etc. ou pas du tout ?

"On a sondé le public au mois de juin, donc effectivement on était dans un certain climat. Mais on sent aujourd'hui que le public perçoit que les droits humains sont vilipendés par les politiques un peu partout dans le monde, y compris en Belgique francophone".

Même dans une démocratie ?

"Même dans une démocratie. Aujourd'hui, on a certains secrétaires d'État qui n'ont plus aucun problème à vilipender les droits humains, à contourner l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'homme. Donc on est dans une situation où très clairement les droits humains sont en danger et il faut pouvoir les défendre".

Pour l'avenir, ce n'est pas gai que ça soit uniquement les ONG qui plaident pour les droits humains !

"Alors effectivement, il y a aussi ce texte, il y a aussi la Déclaration universelle des droits de l'homme. Dans le sondage, on voit très clairement que pour un certain pourcentage de la population, c'est un texte qui est important pour la défense de ses droits, mais nous ce qu'on dit aujourd'hui c'est qu'il faut absolument reconnecter les Belges à ce texte et à leurs droits fondamentaux".

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