Vaccins : à partir de quand est-on protégé efficacement contre le Covid-19 ? Et à quel point ?

Vaccin : a partit de quand est-on protégé contre le Covid-19 ?
Vaccin : a partit de quand est-on protégé contre le Covid-19 ? - © Jackyenjoyphotography - Getty Images

A partir de quand est-on protégé contre le virus SARS-CoV-2 ? Voilà une question qui après un mois du lancement de la campagne de vaccination en Belgique mérite bien quelques précisions. Une question qui s’est notamment posée après la découverte de 18 cas positifs sur 90 résidents dans un home où la première dose avait été administrée 10 jours plus tôt. Une découverte qui n’a rien d’anormal : on vous explique.


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Fonctionnement des vaccins

En Belgique, deux vaccins sont utilisés actuellement. Le premier à être autorisé a été celui de Pfizer/BioNtech, ensuite est arrivé celui de la firme Moderna. Vendredi dernier, l’Agence européenne des médicaments a fait part de ses recommandations quant au vaccin d’AstraZeneca.

Les deux premiers, sont des vaccins à ARN messagers. Celui du laboratoire AstraZenca, qui n’est pas encore administré en Belgique est vaccin à vecteur viral.


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Rappelons que le principe des vaccins est d’administrer une petite partie modifiée d’un microbe (virus ou bactérie), incapable à elle seule de causer la maladie pour l’exposer aux cellules de notre système immunitaire. Nos cellules immunitaires vont s’activer face au danger potentiel qu’elles croient détecter, se multiplier et produire des éléments (comme des anticorps) qui permettront de lutter contre cet organisme étranger si on le rencontre réellement par la suite.

Une protection optimale une à deux semaines après la deuxième dose

Tout cela prend un certain temps. "Ça prend un minimum de 7 à 10 jours pour que l’on commence à voir apparaître ces anticorps. Ensuite cela va s’amplifier. Et surtout quand, au bout de 3 à 4 semaines on va administrer la deuxième dose du même vaccin, on va donner un coup de " boost " à notre système immunitaire. Et là, on va produire une grosse quantité d’anticorps", explique Sophie Lucas, immunologiste et présidente de l’institut de Duve à l’UCLouvain.

En résumé, après la première dose du vaccin (tous les vaccins ne nécessitent pas deux injections : ndlr) une personne est déjà partiellement protégée après 14 jours, mais cette protection n’est pas encore optimale.

Quant à la protection obtenue après la deuxième dose, pour le vaccin Pfizer, par exemple, elle sera optimale après deux semaines. Cette protection se met donc en place progressivement, précise la spécialiste. Notons que la protection obtenue n’est jamais totale. Dans le cas des deux vaccins à ARN messager l’efficacité a été mesurée et observée au-delà de 90% dans le cas des études de phase 3. "Une efficacité de plus de 90%, c’est excellent, c’est parmi les meilleurs vaccins que l’on connaisse".

Rappelons que ce que mesure l’efficacité d’un vaccin, ce n’est donc pas le nombre de personnes qui développent la maladie, mais c’est la "réduction du risque" de développer la maladie avec une dose de vaccin par rapport à une population qui ne l’a pas reçue.


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Observations

Au-delà de ce que nous ont appris les différentes études de phase 3 des vaccins, des observations se poursuivent pour vérifier l’efficacité et les effets secondaires lorsqu’ils sont administrés dans les conditions réelles et à une plus grande partie de la population. C’est le cas notamment en Israël, où des millions de personnes ont été vaccinées.

Les résultats de ces études scientifiques n’ont pas encore été publiés et vérifiées par des pairs, mais les autorités sanitaires ont commencé à communiquer des données à ce sujet : "qui semblent extrêmement encourageantes", nous dit Sophie Lucas.

Mais elle reste aussi très prudente : "Ce n’est pas encore publié […] On observerait bien des taux de protection par le vaccin Pfizer équivalents à ceux qui ont été mesurés dans les études cliniques de phase 3, mais cette fois en situation "réelle" sur un très grand nombre de sujets".

Combien de temps est-on protégé ?

Tout cela va très vite. Le virus n’est apparu qu’il y a un an à peu près et les vaccins plus récemment encore.

Mais pour l’instant et avec le recul dont nous disposons : "sur base des estimations que l’on a pu faire […] on pense que cette protection va durer plusieurs mois […], de l’ordre de 8 à 12 mois au minimum […] et probablement plus que ça", explique Sophie Lucas.

Mais pour confirmer tout cela, il faudra du temps : "le temps qui devra nécessairement s’écouler au-delà des 12 mois pour qu’on puisse mesurer et affirmer avec certitude qu’on est protégés au-delà de ce minimum".

Protection après une première dose du vaccin ?

Ce mardi, lors de la conférence de presse, Yves Van Laethem, porte-parole du Centre interfédéral de crise en charge du suivi de l’évolution de l’épidémie Covid-19 en Belgique, est revenu sur la découverte de 18 cas positifs au Covid-19 parmi les résidents d’une maison de repos qui avaient reçu une première dose du vaccin et huit membres du personnel eux aussi contaminés.

Que sait-on de la protection après une première dose du vaccin ? Le spécialiste rappelle tout d’abord qu’il s’agit de faire la différence entre "être positif ou porteur du virus". Autrement dit : "porter le virus en soi-même et être malade à cause du virus. Dans le cas de quelqu’un qui est porteur, qu’on détecte positif, nouveau cas, on peut transmettre bien sûr le virus, mais on n’a pas de symptômes". Le porte-parole décrit ensuite le rôle des vaccins. Leur but est d’éviter que l’on soit malade : "et accessoirement, mais on espère cela aussi bien sûr, pour éviter que l’on puisse être porteur du microbe et en étant porteur du microbe, potentiellement le transmettre à d’autres personnes". Et il poursuit : "l’intensité de cette protection concernant le portage, il est actuellement totalement inconnu pour ce vaccin, on le connaît pour d’autres vaccins, c’est rarement du 100%, mais on espère qu’il sera le plus élevé possible de manière à construire cette immunité de groupe".

Dans le cas des résidents de la maison de repos, ils avaient été testés dix jours auparavant. Or, précise Yves Van Laethem : "on considère que c’est à partir du douzième jour qu’on a une efficacité concernant la maladie, par rapport à la vaccination. Donc, on est trop court avec les dix jours".

Il sera néanmoins intéressant de vérifier si les résidents vaccinés, mais malgré tout porteurs du virus après dix jours, "développent une infection ou si cette infection devient réellement sévère. On peut espérer que l’immunité qui commençait à être construite les protège d’une forme plus virulente et d’une maladie plus sévère". Mais il est trop tôt pour répondre à cette question.

Enfin, précise Yves Van Laethem, le test positif n’a rien à voir avec la vaccination. "La vaccination est évidemment incapable de produire un test PCR positif dans les voies respiratoires de quelqu’un qui a été vacciné ".

Extrait de la conférence de presse du Centre interfédéral de crise en charge du suivi de l’évolution de l’épidémie Covid-19 en Belgique ce 02/02/2021

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