Vacciner en priorité les personnes à risque de moins de 65 ans, est-ce une bonne stratégie ?

La stratégie belge de vaccination continue à faire débat et plus particulièrement quand cela concerne les personnes à risque de moins de 65 ans. L'Absym, le principal syndicat belge des médecins, fait part aujourd'hui de son désarroi. Il met en avant la complexité de cette procédure qui risque de porter préjudice à ces personnes. Un message relayé ce jeudi matin dans le journal Le Soir.


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Ce qui pose problème c'est surtout la communication des données médicales réclamées par le gouvernement fédéral aux médecins et aux mutuelles. Il s'agit de données sensibles et pour l'Absym, si elles ne sont pas protégées, les patients pourraient se retrouver fichés, par les assurances notamment. Mais ce n'est pas tout, la communication est également pointée du doigt. Elle serait loin d'être au point selon le docteur Philippe Devos, président de ce syndicat des médecins : "Lorsque nous demandons aux autorités quel système informatique va nous permettre d'inscrire les patients comme étant à risque, la réponse est qu'ils ne savent pas. Lorsqu'on demande si les spécialistes pourront le faire à côté des généralistes, la réponse est qu'ils ne savent pas".

Un risque de retard pour ces personnes à risque ? 

L'Absym craint donc, explique le docteur Philippe Devos, "que tout comme la vaccination des professionnels de la santé qui a été reportée ces derniers jours à cause de bugs informatiques, qu'on se retrouve avec un report de toute la vaccination des personnes à risque. Ce qui ferait que, à la limite, ces personnes à risque se retrouveraient vaccinées après la population générale à cause de tous ces retards". Pour lui, il faut donc continuer à vacciner par tranches d'âge puisque l'âge reste le facteur de risque le plus important, il est trop tard pour faire autrement. 

Ces craintes, le docteur Lawrence Cuvelier, médecin généraliste et président de l'Abrumet, le Réseau Santé bruxellois, les tempère : "Nous avons beaucoup de reproches à faire au fonctionnement de l'e-santé au niveau interfédéral, puisqu'il y a quand même beaucoup de bugs. Et donc c'est vrai qu'on a des doutes sur la vraie sécurité, vu nos expériences passées. Mais je pense qu'il est préférable de d'abord vacciner les gens les plus fragiles, plutôt que de prendre le risque de simplement travailler par tranches d'âge, en descendant. Je crois que c'est plus dangereux". Pour ce médecin, de toute façon, il n'y aura pas de politique de vaccination "parfaite".

Protéger les plus faibles avant tout

Un point de vue partagé par le docteur Thomas Orban, généraliste et président de la Société Scientifique de Médecine Générale : "Quand dans une négociation, dans une discussion, on met des semaines à élaborer un plan et qu'à la fin du plan, on vient dire finalement que ce n'est pas le bon...J'ai envie de dire, il fallait le dire avant les amis ! Cela n'empêche-pas que la discussion soit extrêmement pertinente et qu'ils ont peut-être raison. Je n'en sais rien. Mais avec des 'si', on met Paris en bouteille ! Si on s'y était pris plutôt ; et si on avait une fourniture de vaccins efficace et avancée ; et si l'informatique fonctionnait ; et si dans ce pays on n'avait pas un problème avec l'autorité de gestion des données, etc. Bref, tout ce qui fait que finalement la gestion des données, même médicales, commence à poser problème. Alors ce serait facile de dire que l'on fait ça. Mais ce n'est pas si simple. Et si on sait aujourd'hui que l'on n'a pas beaucoup de vaccins qui vont arriver avec un flow (un rythme, ndlr) tel que l'on va pouvoir vacciner très vite tout le monde, à ce moment-là, ça ne tient plus la route de dire, c'est juste l'âge. Il y a des gens qui sont très à risque et qui n'ont pas 65 ans". Et d'ajouter : "Cela me paraît quand même nécessaire qu'une société pense à protéger ses plus faibles, non ?"

De son côté, le cabinet du ministre de la Santé, Franck Vandenbroucke, a refusé de réagir à ce communiqué. Par contre, il fait savoir qu'il n'a pas l'intention de changer de stratégie de vaccination.

 

Stratégie vaccinale: pathologies prioritaires (JT 03/02/2021)

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