Vaccination coronavirus des personnes handicapées : "Il faut une égalité de traitement avec le reste de la population"

Quand et de quelle manière va-t-on vacciner contre le coronavirus les personnes en situation de handicap, nouveau groupe concerné après les résidents des maisons de repos et le personnel soignant ? La campagne doit débuter début février mais doit-on également obtenir le consentement des personnes ? Faut-il passer par les proches ? Marie-Luce Verbist, responsable de la fondation Portray, qui s’occupe de l’inclusion par et pour des familles de personnes en situation de handicap, confirme tout d'abord le timing prévu à savoir "fin janvier pour la Wallonie et début février pour Bruxelles".

Ce sont les Nations Unies qui nous l’imposent

Invitée de Matin Première, elle ajoute qu’il était "très important que ce public soit considéré comme prioritaire. Il faut une égalité de traitement entre les personnes en situation de handicap et le reste de la population. C’est la Convention des Nations Unies sur le droit des personnes en situation de handicap qui nous l’impose et qui l’impose à la Belgique. La Belgique l’a bien compris, l’a suivie. On avait fait une carte blanche en collaboration avec Inclusion ASBL pour que ce droit soit respecté. Ils sont prioritaires pas en tant que personnes handicapées, en tant que telles. Mais parce qu’ils sont dans la même situation que d’autres. Des personnes en situation de handicap, qui fréquentent une institution ou une collectivité sont dans la même situation que des personnes âgées en maison de repos."

90% de consentement

Quant au consentement des personnes handicapées, "actuellement, par les retours que l’on a", ajoute Marie-Luce Verbist, "c’est une très importante majorité des personnes et de leur famille qui demandent cette vaccination. On est aux alentours de 90%. C’est la réalité de ces familles. On a beaucoup parlé des maisons de repos mais peu des personnes en situation de handicap dans des institutions. Leur vécu actuel est bloqué, comme la plupart des gens. Mais chez eux, cela a une acuité encore plus importante."

90% de consentement, à ce stade, ce sont pour les résidents. Pour le personnel des centres, faisant partie de la même phase de vaccination, "le pourcentage est plus faible, parce qu’une partie du personnel est plus jeune. Quand le personnel est plus âgé, on arrive vers 70%" de taux de consentement. "Pour les récalcitrants, les doutes sont identiques à ceux exprimés par le reste de la population : inquiétudes, informations autour de situations compliquées, peur de l’injection en elle-même…" En clair, une phobie de la seringue dénommée bélonéphobie.

 

Le but, ce n’est pas que tout le monde soit vacciné

Pour vaincre cette crainte, il faut passer par de "l’explication", pas par le subterfuge "parce que c’est un peu comme si on allait les tromper. Cela, ce n’est certainement pas le but. Le but, ce n’est pas que tout le monde soit vacciné, mais que tout le monde ait accès à la vaccination parce que la vie de ces personnes et de leurs familles a été complètement perturbée. Ils n’ont plus accès à quasi aucun service. Tous les services tournent au ralenti, il y a peu d’activités. Puisque les activités se font en petits groupes, évidemment il y a moins d’activités. Il y a beaucoup moins de retours en famille. C’est très compliqué à vivre, à supporter, à organiser."

La question du consentement se pose avec sérieux pour les handicapés en grande déficience mentale. Comment être certain de leur choix ? "Si la personne n’a pas elle-même la capacité de donner son consentement, c’est son administrateur qui va le donner." L’administrateur peut être soit un parent, soit un avocat nommé par un juge pour représenter la personne notamment dans le cadre de procédures médicales.

Tout le monde a fait preuve de beaucoup de souplesse

Les centres d’accueil se préparent à réceptionner les flacons, à les stocker, à administrer les vaccins dès la semaine prochaine. "C’est juste mais tout le monde s’organise. Tout le monde a fait preuve de beaucoup de souplesse, d’inventivité, d’imagination. On a constaté cela : dans les familles ou dans les centres, que ce soit le personnel, les personnes, les familles, ils ont fait preuve d’une énorme adaptabilité. Les centres ont reçu ou sont en train de recevoir les indications quant à la façon dont cela va se passer. Et actuellement, ils recueillent les consentements. Ils vont recevoir les premières doses, qui devront être dans un frigo fermé. Toutes les institutions n’ont pas une pièce fermée pour mettre un frigo. Il faudra faire preuve d’une grande adaptabilité. Ensuite, la vaccination se fera par le médecin du travail pour le personnel et par le médecin choisi par l’institution ou l’association pour les résidents."

Enfin, il faut rappeler que les personnes en situation de handicap, cette fois au sein des familles, ne seront pas prioritaires. L’ASBL Inclusion a prévu pour les familles une matinée d’information et de conseils, le samedi 30 janvier.

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