Vaccination contre le coronavirus des enfants et des ados : la balance bénéfices-risques est-elle négative ?

La question de la vaccination des adolescents et des enfants contre le coronavirus fait l’objet de nombreuses publications sur la toile et les réseaux sociaux. Si pour les personnes âgées ou les personnes présentant des comorbidités, la balance bénéfices-risques de la vaccination contre le Covid-19 est positive, ce n’est pas le cas pour la plupart des adolescents en bonne santé. Pour les moins de douze ans, des études sont en cours du côté de Pfizer et Moderna. Par ailleurs, d’autres arguments sont mis en avant par les autorités pour inciter les plus jeunes à se faire vacciner, soulevant ainsi des questions de société. 


Cet article a été mis à jour le jeudi 8 juillet suite à l'autorisation par les ministres de la Santé d'ouvrir la vaccination des 12-15 ans et pour ajouter des déclarations d'Anne Tilmanne, membre de la Taskforce pédiatrique belge Covid-19.


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Si la campagne de vaccination contre le coronavirus s’était concentrée d’abord sur les personnes âgées et les personnes à risques, la question de la vaccination des plus jeunes est de plus en plus présente dans les débats, notamment en raison de la montée en puissance du variant Delta.

Dans les groupes anti-vaccins actifs sur les réseaux sociaux, de nombreuses publications dénoncent une "instrumentalisation des enfants et des adolescents". En France, plusieurs pétitions ont été mises en ligne et une cagnotte a été lancée pour financer des actions "contre la vaccination des enfants" et "toutes personnes étant très peu touchées par les formes graves".

Le vaccin de Pfizer autorisé dès douze ans en Europe

Après avoir ouvert l’accès à la vaccination contre le Covid-19 aux 16-17 ans (comme c’est actuellement le cas en Belgique), certains pays comme la France, l’Allemagne, l’Italie, les États-Unis ou le Canada ont étendu la possibilité de se faire vacciner aux adolescents de 12 à 15 ans. C'est également le cas de la Belgique depuis ce mercredi 7 juillet, puisque les ministres de la Santé ont ouvert la possibilité aux adolescents à partir de douze ans de se faire vacciner contre le coronavirus. Ils ont ainsi suivi l'avis favorable du Conseil supérieur de la santé qui recommandait d’autoriser les jeunes de 12 ans à 15 ans à se faire vacciner sur base volontaire

Pour l’instant, seul le vaccin Pfizer-BioNTech est homologué par l’Agence européenne des médicaments (EMA) pour une administration à des mineurs. Fin mai, l’EMA a autorisé l’extension de l’indication du vaccin contre le Covid-19 de Pfizer-BioNtech (Comirnaty) aux enfants âgés de 12 à 15 ans après la publication des résultats d’une étude clinique auprès de 2260 enfants de 12 à 15 ans qui a mis en évidence l’efficacité du vaccin à créer une réponse immunitaire robuste.


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Lors de cette étude clinique, la plupart des effets secondaires auprès de ce jeune public étaient similaires à ceux des plus de 16 ans, à savoir : douleur à l’endroit de l’injection, fatigue, maux de tête, douleurs musculaires et articulaires, fièvre et frissons. Des effets secondaires connus et que l’EMA qualifie de légers à modérés.

Par conséquent, l’Agence européenne des médicaments estimait, fin mai de cette année, que les bénéfices de la vaccination avec le vaccin développé par Pfizer dépassaient les risques pour ces groupes d’âge. Comme pour chaque vaccin, la question centrale est celle de la balance entre les bénéfices individuels et les risques encourus par la personne qui reçoit le vaccin. Cet élément est donc essentiel dans le cadre de la réflexion sur la vaccination.

Quelle est la balance bénéfices-risques chez les jeunes

Cependant, depuis la publication, des cas très rares de myocardites (inflammation du muscle cardiaque) et de péricardite (inflammation de la membrane autour du cœur) sont survenus après la vaccination avec le vaccin Comirnaty de Pfizer-BioNtech, principalement parmi les patients en dessous de l’âge de 30 ansLes symptômes de la myocardite et de la péricardite peuvent varier, mais ils comprennent souvent un essoufflement, un rythme cardiaque fort qui peut être irrégulier et des douleurs thoraciques.

Aux Etats-Unis, un comité américain se penche sur ces problèmes cardiaques chez des jeunes vaccinés. Ils examinent quelque 300 cas d’inflammations au niveau du cœur déclenchées après l’injection de certains vaccins contre le Covid-19, notamment chez des adolescents ou de jeunes adultes. Il s’agit de 300 cas "parmi les plus de 20 millions d’adolescents et de jeunes adultes vaccinés aux Etats-Unis", avait expliqué Rochelle Walensky, la directrice des CDC à CNN. A l’heure actuelle, les CDC (Centers for Disease Control and Prevention) continuent à recommander la vaccination pour ces jeunes car ils estiment que "ces cas sont rares, et la grande majorité d’entre eux se sont complètement rétablis avec du repos et des soins."

Même approche pour l’Agence européenne des médicaments qui continue à observer de près ces cas de myocardites et péricardites, survenues essentiellement chez les jeunes hommes de moins de 30 ans. L’EMA indique par ailleurs que, selon la source, l’incidence de la myocardite et de la péricardite varie de 1 à 10 personnes sur 100.000 par an.

L’épidémiologiste français, Thibaut Fiolet a publié sur son compte Twitter une analyse de cette balance bénéfices-risques pour les 12-17 ans. Il décrit que pour un million de vaccinés chez les 12-17 ans avec une seconde dose, cela permet de prévenir 5700 à 8500 cas de Covid-19 mais aussi 183 à 215 hospitalisations et 38 à 71 admissions en soins intensifs pour un à deux décès alors que les cas de myocardites se présentent dans 56 à 69 cas par million d’adolescents de sexe masculin vaccinés (0,006%) et 8 à 10 cas par million (0,001%) chez les adolescentes qui ont été vaccinées.

Concernant l'évaluation des risques, faite par l'épidémiologiste, celui-ci ne prend en compte que les risques potentiellement graves du vaccin Pfizer chez les adolescents. Du côté négatif de la balance, il y a aussi les effets secondaires légers connus et plus courants qui peuvent intervenir après la vaccination, comme : la fièvre, la fatigue, les maux de tête, les frissons, des vomissements et des douleurs musculaires. Ces effets secondaires surviennent plus fréquemment chez les enfants que chez les adultes, selon des données actuelles des CDC américains.

Quels sont les bénéfices de la vaccination chez les adolescents ?

L’Organisation mondiale de la santé, indique que "les enfants et les adolescents contractent généralement une forme plus bénigne de la Covid-19 que les adultes. Par conséquent, à moins qu’ils ne fassent partie d’un groupe pour lequel le risque de contracter une forme sévère de la maladie est plus élevé, il est moins urgent de les vacciner que les personnes âgées, les personnes atteintes de maladies chroniques et les soignants".

Dès lors, elle précise que "ce vaccin (Pfizer/BioNTech) peut être proposé aux enfants âgés de 12 à 15 ans qui présentent un risque élevé, aux côtés d’autres groupes pour lesquels la vaccination est prioritaire. Des essais de vaccins sont en cours chez l’enfant et l’OMS mettra à jour ses recommandations lorsque des données factuelles ou la situation épidémiologique justifieront un changement de politique".

L’OMS précise encore qu’elle a "besoin de davantage de données sur l’utilisation des différents vaccins contre la Covid-19 chez les enfants afin de pouvoir formuler des recommandations générales sur la vaccination des enfants (moins de 12 ans) contre la Covid-19".

La vaccination des ados et des enfants en Belgique

Les ministres de la Santé ont décidé le 23 juin dernier d’autoriser la vaccination contre le coronavirus des jeunes de 12 à 15 ans (compris) présentant des facteurs de comorbidité, avec le vaccin de Pfizer-BioNTech. Il s’agit de proposer le vaccin à des jeunes entre 12 et 15 avec des pathologies et des comorbidités telles que le diabète, l’asthme, la mucoviscidose ou d’autres maladies rares. Chez eux, il y a un risque accru "de contamination et ou de conséquences graves de la Covid-19. Et donc, ces enfants sont vraiment vulnérables". Pour le ministre fédéral de la Santé : "Il est important pour protéger ces enfants de les vacciner". Il y aurait en Belgique, selon une estimation du ministre, de l’ordre de 2000 enfants concernés.

Frank Vandenbroucke précise aussi que la décision a été prise sur base d’un avis favorable du Conseil supérieur de la santé. "Mais la task force vaccination s’est concertée particulièrement avec les représentants des pédiatres qui sont absolument d’accords sur le fait qu’il faut vacciner ces enfants", a indiqué le ministre.

Seuls les médecins peuvent déterminer l’éligibilité à la vaccination

Pour pouvoir déterminer quels sont les adolescents qui pourront bénéficier ou non du vaccin, seul "un médecin traitant (ou le pédiatre) peut déterminer si un jeune est éligible à un vaccin et ce, sur la base de son dossier médical. En outre, une concertation entre le médecin spécialiste/pédiatre, l’enfant et les parents aura lieu. Il est important que le médecin concerné consigne le résultat de cette concertation dans le dossier. La conclusion est clairement consignée, y compris le consentement des parents et du jeune", précise le communiqué de la conférence interministérielle Santé publique. 

La vaccination bientôt ouverte à tous les adolescents ?

Ce mercredi 7 juillet, la Belgique a franchi une nouvelle étape en ouvrant la vaccination sur base volontaire à l’ensemble des plus douze ans moyennant une autorisation parentale. Cette décision a été prise suite à un avis favorable du Conseil supérieur de la santé, comme l’indique L’Echo.

Si l'on observe les courbes de l'épidémie de coronavirus en Belgique compilée par Sciensano, et plus spécifiquement les chiffres des hospitalisations des 0 à 19 ans, cette catégorie d'âge représente un pourcentage très faible du nombre global des hospitalisations dans la population ainsi que des décès

Pour Anne Tilmanne, pédiatre infectiologue de l’Hôpital des Enfants (HUDERF) et membre de la Taskforce pédiatrique belge Covid-19, le bénéfice personnel de la vaccination des 12-15 ans est "clair pour les enfants présentant des facteurs de risque particulier, mais faible pour les autres en bonne santé".

Pour l’infectiologue à l’HUDERF, cette démarche de vaccination doit faire l’objet d’une discussion entre l’adolescent et son médecin : "Il faut pouvoir expliquer au patient que la situation n’a pas changé, le Covid-19 en Belgique reste une maladie légère chez les enfants comme on l’a répété jusqu’ici. Il y a peu d’enfants hospitalisés pour maladie liée à SARS-CoV-2, et même ceux qui sont hospitalisés sont majoritairement peu malades, leurs hospitalisations sont souvent très courtes. Les cas sévères et les admissions en soins intensifs en Belgique sont, par ailleurs, moins fréquents qu’aux Etats-Unis selon une étude que nous avons réalisée couvrant 60% des hôpitaux belges et la période de mars 2020 à février 2021."

Concernant les cas de péricardites et de myocardites suite à la vaccination des moins de 30 ans, "selon les données des Etats-Unis, il faut s’attendre à une soixantaine de cas de myocardite par millions de garçons de 12 à 15 ans vaccinés, elles sont plus rares chez les filles. Ces myocardites surviennent généralement dans les jours qui suivent la seconde dose de vaccin et ont une évolution favorable. Même si certains sont hospitalisés en soins intensifs, cette hospitalisation est en générale courte", dit la pédiatre. Anne Tilmanne indique, par ailleurs, que ces données sont "à surveiller, mais rassurantes" et qu'un rapport de l’Agence européenne des médicaments est attendu à ce propos.

Des bénéfices secondaires et sociétaux

Pour Anne Tilmanne, il ne faut donc pas "vendre" la vaccination à un adolescent en bonne santé comme un bénéfice personnel d’un point de vue de sa santé. "Le bénéfice du vaccin pour l’ado se situe plutôt dans ses effets indirects : protection des personnes fragiles de son entourage, accès plus facile aux voyages, à des événements… Ces effets sont importants aussi, mais il revient à l’adolescent de les évaluer afin de faire son choix, librement et sans pression ni culpabilisation."

En effet, la vaccination des 12-15 ans qui ne sont pas "à risques" leur permettrait d'en tirer des bénéfices secondaires, notamment de plus de liberté en ce qui concerne les voyages ou les festivals et les grands rassemblements sans avoir à produire à chaque fois un test négatif au coronavirus.

Cette vaccination des ados peut aussi avoir des bénéfices sociétaux. Celle-ci peut être considérée par certains comme un acte "civique" afin de contribuer à la protection de ceux dont la réponse immunitaire est insuffisante ou qui n'ont pas pu se faire vacciner.

La vaccination des adolescents pourrait aussi permettre aux autorités publiques d’augmenter les taux de vaccination dans la population afin d’arriver à une certaine immunité collective. Ces jeunes, qui ne sont d’ailleurs pas repris dans les chiffres globaux de la couverture vaccinale publiés par Sciensano, pourraient d’une certaine manière compenser le nombre d’adultes qui ne souhaitent pas se faire vacciner. Paradoxe : certains de ceux qui se mobilisent contre la vaccination, et qui militent actuellement contre la vaccination des adolescents, pourraient faire pencher la balance en faveur de la généralisation de celle-ci chez les jeunes.

Et les enfants ?

Alors que les adultes sont largement appelés à se vacciner et que la vaccination s’ouvre à des publics plus jeunes, se pose la question de la vaccination des enfants. Des études sont actuellement menées par Pfizer et Moderna sur près de 10.000 enfants et bébés à partir de six moisLes résultats devraient être connus cet été et les enfants américains de moins de 12 ans pourraient être autorisés à se faire vacciner dès cet automne ou cet hiver.

En Belgique, l’enthousiasme du Conseil supérieur de la santé est moins grand. Certains de ses membres estiment que le bénéfice pour les enfants doit encore être évalué, et que ces doses pourraient être utilisées par des pays moins riches. Une position identique à celle du directeur de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, qui appelle les pays qui disposent de vaccins en suffisance de les mettre à disposition de la plateforme Covax plutôt que vacciner les enfants.


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Pour Jean-Christophe Goffard, directeur du service de médecine interne à l’hôpital Erasme, le débat est ouvert. Il estimait dans CQFD en mai dernier, que selon les objectifs, cette vaccination des enfants pourrait augmenter la couverture vaccinale générale "afin d’éviter que le virus circule et avoir une immunité de cohorte qui permettrait de protéger ceux qui n’ont pas répondu (ndlr : au niveau immunitaire) au vaccin, comme les immunodéprimés […] ou les personnes très âgées qui auraient moins bien répondu au vaccin ou les personnes sous chimiothérapie, etc.". Il indiquait également que cette vaccination des enfants pourrait en partie compenser une couverture vaccinale moins importante dans certaines couches de la population.

Cependant Jean-Christophe Goffard estimait également que "pour la majorité d’entre eux [les enfants], il n’y a pas de bénéfices personnels. Clairement. Pour certains d’entre eux, ils pourraient y en avoir, comme certains [enfants] qui ont des pathologies ou des comorbidités, certains qui ne savent pas encore immunodéprimés et qui le seraient ou éventuellement les pauvres quelques enfants qui font la maladie de Kawasaki". Le Dr Goffard précisait également qu’un enfant n’est pas "un adulte en miniature", et que les effets des vaccins doivent être examinés spécifiquement pour cette catégorie de la population.

Dans ce débat, Jean-Christophe Goffard soulève également la question du "nationalisme vaccinal" et celle de la "solidarité entre pays", dont "on ne peut pas faire l’économie". Vacciner les enfants alors que toute une partie de la population mondiale n’a pas accès aux vaccins, cela permet à "l’épidémie continuera à être alimentée", au Covid-19 de continuer à se propager et "aux variants d’être sélectionnés".

Des questions d’ordre éthique

Dans la plupart des cas, les adolescents ne souffrant pas de comorbidités ou de conditions de santé potentiellement problématiques lors d’une infection au coronavirus ne tirent pas d’avantages personnels de la vaccination contre le Covid-19. Etant donné les effets secondaires (légers et connus) mais aussi des risques plus élevés et beaucoup plus rares (myocardites et péricardites), la balance bénéfices-risques personnelle de la vaccination des 12-18 ans est négative.

Les bénéfices pour cette tranche de la population sont donc plutôt secondaires ou sociétaux. Cela pose des questions éthiques : faut-il vacciner ces jeunes qui ne tirent pas de réel avantage de la vaccination pour pallier l’hésitation de certains adultes, afin de tenter d’arriver à l’immunité collective ? Faut-il vacciner les enfants occidentaux qui ne tireraient que peu d’avantages personnels de cette vaccination alors qu’une grande partie de la population mondiale n’a pas encore accès aux vaccins ?

Pour ce qui est des enfants, les études sont en cours du côté des producteurs de vaccins à ARN messager (Pfizer et Moderna). Mais même si l’efficacité et la sûreté de ces vaccins sont confirmées sur les moins de douze ans, les mêmes questions se poseront. Et ce sera, comme à chaque fois, aux responsables politiques de trancher.

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