Vaccin CureVac efficace à "seulement" 47% : comment l’expliquer et quelles conséquences ?

Quelles conséquences aura l’annonce du laboratoire allemand CureVac par rapport à son principal candidat vaccin contre le COVID-19. Celui-ci n’a démontré qu’une efficacité de 47%, selon l’analyse intermédiaire d’un essai clinique à grande échelle (40.000 personnes dans 10 pays). Il ne remplit donc pas à ce stade les critères exigés. Rappelons également que laboratoire avait signé un important contrat de commande avec l’Union européenne pour ce vaccin à ARN messager.

La firme précise dans un communiqué, qu’à ce stade de l’étude, 134 personnes positives au Covid-19 ont été étudiées. Mais aussi que parmi celles-ci, 124 souches ont été séquencées et que plus de la moitié (57%) des cas était des variants préoccupants.

Une même technologie, mais des résultats différents

Pour Michel Goldman, professeur d’immunologie et pharmacothérapie à l’ULB, il est très probable que l’analyse finale ne donne pas de conclusions très différentes, "je pense qu’il faut attendre l’étude finalisée et les conclusions de l’EMA (l’Agence européenne des médicaments) pour tirer des conclusions définitives".

Pour ce spécialiste, il s’agit à présent de comprendre ce qui n’a pas bien fonctionné. Et de rappeler qu’un vaccin n’est pas l’autre. Rappelons que le candidat vaccin du laboratoire allemand CureVac utilise, comme les vaccins Pfizer/BioNTech et Moderna, la technique d’ARN messager avec une efficacité pour ces deux derniers de 95% et 94,5%. Or, à ce stade le vaccin de la firme CureVac n’atteint que 47%.

Le professeur d’immunologie nous explique que malgré le fait que ces vaccins utilisent une technologie similaire, l’ARN qui entre dans la composition du vaccin CureVac est quelque peu différent de celui des autres firmes. "Il y a moins de modifications chimiques et ça peut, peut-être, expliquer une moindre efficacité".

Autre élément, explique le professeur d’immunologie, les études d’efficacité du vaccin Curevac ont été menées pour partie dans des pays où circulent de nouveaux variants encore mal connus, notamment au Pérou et en Colombie, variants inquiétants vis-à-vis desquels l’efficacité des vaccins existants est encore inconnue.

Au-delà de comprendre ce qu’il s’est passé dans ces essais, Michel Goldman explique qu’il faut maintenant attendre l’arrivée d’un vaccin de deuxième génération sur lequel la firme travaille déjà avec la société GSK "pour mieux affronter les variants actuels et à venir". Ces vaccins de deuxième génération seront mieux adaptés aux nouveaux variants apparus depuis l’arrivée des premiers vaccins, dit-il. Et "on va faire en sorte que la composition chimique du vaccin soit la mieux adaptée possible, pour stimuler de façon optimale notre système immunitaire".

Difficile, à ce stade, de se prononcer sur les délais nécessaires pour l’élaboration de ce vaccin de nouvelle génération. Mais le professeur d’immunologie rappel la vitesse à laquelle les vaccins contre le Covid-19 ont été développés.

Par ailleurs, CureVac peut à présent se reposer sur des connaissances et une technologie existante. "Donc, on peut espérer que cela aille relativement vite". Sans oublier qu’entre-temps d’autres vaccins devraient arriver. La firme Novavax vient d’annoncer des résultats très encourageants il y a quelques jours à propos d’un vaccin utilisant une nouvelle technologie (la même que la firme Sanofi), précise Michel Goldman. Des vaccins qui devraient certainement arriver avant la fin de l’année, dit-il.

Et si on a participé à l’étude de CureVac ?

Lydia CHalkevitch est un jour informée par une amie qu’elle va participer à une étude pour le candidat vaccin de la firme CureVac. Lydia décide de participer elle aussi. Après avoir répondu à un questionnaire de santé, une visite chez le médecin, elle reçoit trois semaines plus tard, le 31 mars 2021, sa première dose. La deuxième lui sera donnée le 30 avril. Optimiste, Lydia estimait qu’elle était vaccinée et n’a donc pas répondu à l’appel de la vaccination officielle.

Mais voilà "je ne le suis qu’à 50%", dit-elle apprenant la nouvelle d’une efficacité moindre du vaccin de CureVac. Lydia est un peu déçue pour elle, mais aussi pour la firme. Elle pensait que le candidat vaccin allemand était aussi efficace que ceux de Pfizer/BioNTech et Moderna. Raison pour laquelle elle avait aussi participé à l’étude.

Le 11 juin dernier, elle reçoit un courriel de la société CureVac. La firme lui explique que pour les personnes qui, "entre-temps, se sont vues offrir la possibilité de se faire vacciner par le gouvernement et qui ne l’ont pas saisie, une solution sera recherchée avec l’Agence pour les soins et la santé et les différents centres de vaccination afin que vous puissiez continuer à recevoir votre vaccin disponible dans le commerce si vous le souhaitez".

CureVac précise aussi que théoriquement, quatre semaines après la deuxième injection, elle pourrait recevoir un autre vaccin. Ce qu’elle compte faire assez vite, dit-elle.

Aucun impact sur la campagne de vaccination

L’information concernant l’efficacité du candidat vaccin de CureVac n’aura aucune implication sur la campagne de vaccination en Belgique, puisque celle-ci ne repose que sur les doses de vaccins dont disposent le pays ou les livraisons prévues, explique Christopher Barzal, responsable de la communication de la task-force vaccination.

CureVac n'étant pas homologué pour l'instant par l'Agence européenne du médicament, le vaccin n'est donc pas exploité.

Explications de Johanne Montay en plateau, dans notre 13h:

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