Vaccin contre le Covid : Amnesty international dénonce l’inégalité de traitement pratiquée par les labos pharmaceutiques

A l’heure où le président américain Joe Biden convoque un sommet mondial sur la pandémie. Amnesty international publie un rapport qui dénonce le comportement de six des grands labos pharmaceutiques à la base du développement des vaccins contre le Covid. L’organisation parle d’une double dose d’inégalité. Astra Zeneca, BioNtech, Johnson & Johnson, Moderna, Novavax et Pfizer refusent de renoncer à leurs droits de propriété intellectuelle et donc de partager leur technologie. Le rapport dresse un portrait assez sombre de ces entreprises. La plupart d’entre elles, se sont abstenues de livrer les pays pauvres. Sur les quelque 5,76 milliards de doses livrées dans le monde, seules 0, 3 % d'entre elles, l'ont été dans des pays à faible revenu, c'est vraiment très peu. 

Pfizer a fourni 9 fois plus de vaccins à la Suède qu'à tous les pays pauvres réunis.

Philippe Hensmans, directeur de la section belge francophone de l’association n’y va pas avec le dos de la cuillère : "Il y a des milliards de personnes qui sont aux mains de six des grandes firmes pharmaceutiques qui décident elles-mêmes qui va mourir ou encore vivre. Les mots sont durs mais quand on voit que Pfizer – BioNtech ont livré neuf fois plus de vaccins à la Suède qu’à tous les pays à faibles revenus à qui ils ont distribué moins de 1% de leur production. Il y a un problème de santé publique à l’échelle mondiale."

Et de rappeler, "que les droits de propriété intellectuelle sont limités en cas d’intérêt pour l’humanité comme c’est le cas avec la pandémie. Si l’OMS (organisation mondiale de la santé) recommande que 40% de la population mondiale y compris dans les pays pauvres, ce n’est pas un hasard, ces pays en ont besoin. Mais c’est aussi pour nous protéger dans la mesure où de nouveaux variants pourraient surgir.

Amnesty veut deux milliards et demi de vaccin pour la fin de l'année pour les pays les moins nantis

Seul Astra Zeneca, peut-on lire dans le rapport a décidé de travailler au prix le plus bas et a permis d’accorder certaines licences. Mais pour avancer, il faudrait en accorder à tous ces pays du sud qui sont en danger, ce que visiblement les labos ne veulent pas. Philippe Hensmans s’indigne : "Ces labos ont même passé des accords avec les pays européens pour qu’en cas de vaccins surnuméraires, ils doivent demander l’autorisation de les donner ou les vendre à des pays qui en ont besoin. C’est inimaginable."

Voilà pourquoi, Amnesty international réclame les deux milliards et demi de vaccins d’ici la fin de l’année pour atteindre les 40% de personnes vaccinées dans les pays pauvres. Selon elle, si 50% de la production de ces grandes multinationales étaient dirigées vers ces pays et que les 500 millions de vaccins en stock dans les pays riches étaient aussi libérés, ce serait possible mais il faut une volonté politique au niveau mondial.

Pfizer et BioNtech auront gagné 13 milliards de dollars d'ici fin 2022

Le directeur d’Amnesty Belgique est clair : "BioNteh et Pfizer auront gagné 13 milliards de dollars d’ici à fin 2022. Aujourd’hui, ils accumulent des résultats très largement au-dessus de leurs investissements. Les pouvoirs publics ont eux aussi investi dans la recherche. Mais c’est le retour sur investissement qui compte, ils ont été plus que rentabilisés. Il faut les obliger à vendre leur vaccin au prix le plus bas aux pays plus pauvres."

Quant aux labos russes et chinois, le rapport estime que les données ne sont pas suffisantes pour examiner les résultats financiers et même les productions exactes de vaccins (surtout en Russie). Le rapport pointe d’ailleurs du doigt le manque flagrant de transparence. En Chine deux vaccins ont été approuvés par l’OMS, ils devraient être plus largement utilisés aussi dans les pays pauvres.

La levée des brevets ne résoudra pas le problème selon l'industrie pharma

Pharma.be qui représente l’industrie pharmaceutique Belge, n’est pas d’accord avec tous ces constats. Herman Van Eeckhout, le directeur de la politique des médicaments nous l’affirme : "Ces multinationales et les labos chinois vont produire 12 milliards de vaccins cette année. Un vaccin qui n’existait pas, il y a dix mois. L’industrie a dit qu’elle le mettrait sur le marché et elle l’a fait et elle va en produire un maximum grâce à des accords entre firmes. Du jamais vu."

Pour lui, c’est une responsabilité politique et pas seulement de l’entreprise s’il y a eu si peu de vaccins fournis aux pays pauvres. La levée des brevets, il est contre : "Cela ne résoudra pas le problème parce que transférer une production, c’est plus compliqué que simplement transférer un brevet. Il y a un savoir-faire, une expertise à faire passer et cela prend du temps. Or ici, nous devons produire le plus vite possible. La levée du brevet ouvre aussi la porte aux contrefaçons avec des médicaments cela est très risqué. Aujourd’hui, 17 pays produisent des vaccins dont l’Inde."

Et de conclure : "le prix des vaccins résulte d’une négociation entre le gouvernement et la firme. Le cas de la Suède ? Ce sont des pays qui se sont arrangés pour avoir des vaccins dès qu’ils seraient disponibles. Ils ont donc conclu des accords avec plusieurs firmes et se sont retrouvés avec des quantités supérieures à leurs besoins. Mais ils devraient les donner via la plateforme COVAX qui tente de fournir ces pays en besoin. "

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