Vaccin contre le coronavirus : l’ARN messager, qu’est-ce que c’est ? Est-ce que c’est de la thérapie génique ?

Alors que la campagne de vaccination a commencé dans certains pays, comme le Royaume-Uni depuis ce mardi, des questions subsistent. Les vaccins les plus connus, ceux de Pfizer ou de Moderna, fonctionnent sur un même principe : celui de l’ARN messager.

On parle donc de génétique, ce qui suscite des interrogations, notamment sur les réseaux sociaux. Mais comment marche la vaccination à l’ARN messager ? Est-ce de la "thérapie génique", comme l’affirment certains ? Eléments de réponse avec Michel Moutschen, professeur à l’ULg, spécialiste en immunologie et chef du département des maladies infectieuses au CHU de Liège, qui était invité dans Soir Première ce mardi.

A.R : Qu’est-ce qu’on appelle "vaccin par ARN messager" ? Comment cela fonctionne-t-il ?

M.M : L’ARN messager est une information naturelle, qu’on produit dans toutes nos cellules à tout moment, et qui permet à nos cellules de synthétiser des protéines en se basant sur l’information contenue dans cet ARN messager. L’idée, ici, c’est d’introduire un ARN messager qui va coder pour une protéine, en l’occurrence, du covid-19, mais ce type d’approche peut être utilisé dans d’autres maladies infectieuses, des cancers, etc.

Notre corps envoie donc de temps en temps un petit bout de code génétique pour susciter la production de protéine. Ici on va le faire manière importée ?

Ce qui se passe à tout moment dans nos cellules, c’est que l’information qui est contenue dans notre génome, dans notre ADN, est transcrite en ARN messager, et c’est à partir de lui que les protéines vont être fabriquées. Ici, l’ARN messager est transcrit en laboratoire, et c’est cette information qui va être administrée au patient.


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Certains disent que ce n’est pas un vrai vaccin, mais de la thérapie génique. Qu’est-ce que vous répondez à cela ?

Ce type d’approche peut être utilisé pour pallier certaines maladies génétiques, puisqu’on va permettre d’apporter, avec l’ARN messager, une protéine que le corps n’est plus capable de produire. Mais en aucun cas on ne modifie le génome du patient. Avec ce type d’outil, ce qu’on va simplement apporter à la cellule, c’est la protéine qui lui manque, mais le génome lui-même ne va pas être modifié. Il faudra répéter le traitement un certain nombre de fois, parce que l’ADN des cellules n’étant pas modifié, c’est un effet qui va disparaître au fil du temps.

L’ARN messager ne va pas être transformé en ADN, ce n’est pas dans ce sens-là que ça se produit. D’autre part, si la cellule se divise, l’ARN messager ne sera pas copié au cours de la division, donc il va assez rapidement disparaître, mais il va permettre pendant quelques jours l’expression de la protéine contre laquelle on veut immuniser le patient, et le système immunitaire va en garder la mémoire bien longtemps après que l’ARN messager aura disparu.

Reste la question du recul : c’est la première fois qu’on va vacciner à grande échelle avec l’ARN messager. On peut comprendre que ça suscite de l’inquiétude…

Il y a une quinzaine d’essais cliniques en cours, avec le même type de technologie, dans le traitement des cancers, d’autres maladies infectieuses comme la rage, ou des maladies génétiques. Ce type d’approche est utilisé dans de nombreuses études cliniques avec un recul de plusieurs années. Bien évidemment, le fait d’insérer le code génétique du covid-19 est nouveau, car le covid-19 est nouveau. Mais dans l’approche elle-même, on a un recul et des centaines, voire des dizaines de milliers de patients avec un recul tout à fait considérable, puisque certaines études remontent à cinq ou six ans.

Pourquoi n’a-t-on jamais été jusqu’au bout dans la mise au point d’un vaccin ?

Il y a une question de stabilité : on a bien vu les conditions très strictes de conservation. Le frein jusqu’ici a été au niveau de l’efficacité plutôt qu’en termes de craintes d’effets secondaires. La technologie est mûre et le moment de développer ce vaccin contre le covid-19 était particulièrement propice.

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