Vaccin anti-coronavirus : vers une troisième injection pour Pfizer ? "Tout dépend de l'efficacité du vaccin"

Albert Bourla, le patron de Pfizer a surpris le monde entier après avoir déclaré qu’il faudrait probablement une troisième injection en pleine campagne mondiale de vaccination. Le vaccin développé par Pfizer et BioNtech est le vaccin le plus administré à ce jour en Belgique. Il nécessite deux injections pour une protection optimale.

Mais hier, dans des déclarations rendues publiques par la chaîne CNBC, Albert Bourla annonce qu’il en faudra peut-être plus : "Une hypothèse vraisemblable est qu’une troisième dose sera nécessaire, entre six mois, et à partir de là, il y aura une vaccination à nouveau chaque année, mais tout cela doit être confirmé".

Théoriquement, cette information ne surprend pas tous les spécialistes, et il ne serait pas étonnant que les autres vaccins soient également concernés. Sophie Lucas, immunologiste à l’UCLouvain et à l’institut De Duve, nous explique pourquoi les vaccins nécessitent généralement des rappels, en fonction des maladies : "Tout dépend de l’efficacité du vaccin et surtout de la durabilité des réponses qu’il induit. Ces réponses immunitaires suscitées par le vaccin ont tendance à s’effacer au fil du temps. Plus vite pour certains vaccins contre certaines maladies infectieuses, que d’autres. Par exemple, le tétanos contre lequel on doit faire des rappels tous les dix ans. Et d’autre part, il y a aussi les vaccins contre la grippe contre laquelle on doit se revacciner chaque année."

Ce qui dérange et le vrai du faux

Dans un premier temps, c’est le moment choisi par le patron du géant pharmaceutique américain qui dérange certains spécialistes. Yves Coppieters, médecin épidémiologiste à l’ULB, nous explique pourquoi le timing de l’annonce n’était pas pertinent :  "Je pense que cette déclaration est un peu compliquée actuellement en termes de communication. Il ne faudrait pas qu’elle soit contreproductive, et qu’elle décourage les personnes qui commenceraient cette vaccination Pfizer à deux doses, et de se dire qu’avec une troisième dose ça se complique. Il ne faudrait pas que cela décourage l’adhésion à la vaccination actuellement".


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D’autre part, il est beaucoup trop tôt pour évaluer scientifiquement la nécessité d’une troisième injection, voire des rappels annuels. Yves Coppieters considère que cette déclaration est loin d’être fondée à l’heure actuelle : "Sur un plan scientifique, cette déclaration ne se base pas sur beaucoup d’éléments. Si l’idée est de faire une troisième dose par rapport au même variant qu’est le variant classique, je pense que cela ne se justifie pas encore actuellement. Il est vrai que l’immunité post-vaccination est une immunité qui va diminuer dans le temps par rapport aux anticorps. Mais l’immunité, c’est aussi une immunité cellulaire basée sur les lymphocytes T qui sont des cellules qui tuent le virus dans la cellule. Cette immunité cellulaire est beaucoup plus longue. On a quand même l’expérience avec d’autres infections respiratoires, comme le coronavirus SARS-CoV-1 pour lequel l’immunité cellulaire a duré et dure encore chez des patients qui ont souffert de ces maladies. On ne peut pas dire à tout prix que l’immunité va diminuer après les deux doses, d’autant plus que les deux doses donnent une efficacité très bonne par rapport aux souches circulantes actuellement."

Les premières personnes vaccinées, il y a six mois, avec le vaccin Pfizer semblent toujours montrer une réponse immunitaire très forte. Plusieurs spécialistes s’accordent à dire qu’une troisième dose de rappel dans un délai aussi proche ne serait donc pas nécessairement nécessaire.

Les variants, le facteur X

Le PDG de Pfizer en remet une dose en brandissant la menace des variants : "Et d’autre part, les variants joueront un rôle clé… Il est extrêmement important de réduire au maximum le nombre de personnes vulnérables au virus".

Il est vrai qu’en France, la Direction générale de la Santé recommande une troisième dose de vaccin (Moderna ou Pfizer) pour les personnes sévèrement immunodéprimées pour mieux les protéger face au coronavirus "classique".

Le Royaume-Uni envisage également une troisième dose pour le personnel soignant et pour les patients à haut risque mais pour les protéger des nouveaux variants. Aux Etats-Unis, l’administration Biden a assuré que les Américains devraient s’attendre à recevoir un rappel du vaccin afin de les protéger contre les variants du coronavirus.

C’est bien la menace des variants qui inquiète les gouvernements. Pas le variant britannique, car il a été prouvé scientifiquement que les vaccins actuels sont très efficaces. Par contre en Israël, où la couverture vaccinale est très importante, les personnes vaccinées avec Pfizer semblent moins résister au variant sud-africain.


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Pour Muriel Moser, immunologiste à l’ULB, cela ne signifie surtout pas qu’il faut utiliser le même vaccin qui est administré aujourd’hui : "A ce jour, on n’est pas sûr que ce soit nécessaire mais il faut vraiment des analyses très poussées des différentes personnes qui sont vaccinées. Ensuite, voir si le variant Sud-Africain devient prédominant. Ce qui veut dire que le vaccin ne permettra pas de se protéger contre ce variant. Dans ce cas, il faudrait sans doute faire un rappel avec un vaccin. Mais spécifique à ce variant !"

Si les études de Pfizer sont encore en cours, les scientifiques considèrent que cet effet d’annonce ne justifie pas de commander au plus vite les vaccins Pfizer actuels, au risque d’une hypothétique pénurie. Il faut donc prendre le temps nécessaire d’évaluer la réponse immunitaire face aux nouveaux variants. Et le cas échéant, de développer de nouveaux vaccins bien adaptés à leurs spécificités.

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