Vaccin anti-coronavirus : où en sont les groupes pharmaceutiques qui n’ont pas choisi l’ARN messager ?

Depuis le lancement de la campagne de vaccination en Europe, on évoque beaucoup la technologie de l’ARN messager, qui sert de base aux vaccins actuellement commandés et inoculés, celui de Pfizer/BioNTech et celui de Moderna. Pourtant, ce ne sont pas les seuls qui ont été développés et sont testés actuellement. Même s’ils sont majoritaires aujourd’hui, et semblent gagner la confiance de nombreux pays.

Les vaccins "traditionnels", à partir de virus inactivé : Sinopharm, Pasteur

Cette forme de vaccin est la plus historique, elle découle des découvertes de Louis Pasteur au XIXe siècle. Il s’agit d’inactiver un virus, donc le rendre non agressif, puis de l’injecter pour susciter une réponse immunitaire et produire des anticorps qui reconnaîtront le virus. C’est notamment la technique qu’a choisie le groupe chinois Sinopharm, qui a développé un vaccin en phase II chez l’homme. Plusieurs pays, comme le Maroc, l’Egypte ou la Serbie, l’ont déjà autorisé. Problème : il manque de transparence, estime l’immunologue Muriel Moser : "Il n’y a pas eu de publication, et quand il a été testé au Brésil, l’efficacité était de 50%, soit plus faible que ce qui a été annoncé…"


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Autre problème : cette technique serait trop longue. "La production prend beaucoup de temps, de six mois à un an et ces vaccins doivent être transportés à basse température avec une chaîne du froid à respecter", explique notamment Bruno Pitard, chercheur du CNRS, en France, au média spécialisé Industrie-Pharma.

En France, d’ailleurs, l’Institut Pasteur a entrepris deux projets de vaccin sur la base d’un virus inactivé, en partenariat avec le groupe américain Merck. Mais ce dernier a annoncé lundi l’abandon des recherches, les essais n’étant pas concluants. Le vaccin semblait "être bien toléré mais déclenchait une réponse immunitaire inférieure à celles observées après une infection naturelle et celles rapportées par les autres vaccins".

Les vaccins à adénovirus : Sputnik V, AstraZeneca

Ces vaccins utilisent comme vecteur un virus dépourvu de gène de reproduction, qui ne peut donc plus infecter l’organisme. Il s’agit d’adénovirus de maladies respiratoires aiguës. C’est le cas notamment du vaccin russe Sputnik V, qui utilise des adénovirus humains de rhume.

En l’autorisant le 11 août, la Russie a pu s’autoproclamer comme le premier pays à avoir développé un vaccin contre le covid-19, même si des critiques se sont élevées, jugeant cette décision prématurée, et remarquant, comme pour la Chine, l’absence de publication scientifique. "On ne sait pas quel âge, quel sexe, etc., est concerné", note Muriel Moser. "Attendons de voir des résultats publiés."


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En décembre, pourtant, 50 pays avaient déjà commandé des doses du vaccin Sputnik, dont Israël, l’Argentine, l’Inde, l’Egypte, le Mexique ou encore la Hongrie, unique pays de l’UE dans ce cas. Il faut dire que le coût du vaccin, inférieur à 10 dollars, le rend particulièrement abordable par rapport aux vaccins des autres fabricants.

Le vaccin britannique développé par AstraZeneca en partenariat avec l’université d’Oxford repose lui aussi sur la technologie de l’adénovirus, mais provenant cette fois de rhume de chimpanzés. Le groupe annonce un vaccin avec environ 60 à 70% d’efficacité, même si on s’était aperçu que ce taux passait à 90% pour une demi-dose en première injection. La firme a toutefois déjà annoncé une baisse des livraisons de 60% dans l’Union européenne, en raison de problèmes de rendement dans ses usines de production. Il est en cours d’administration au Royaume-Uni.

Le vaccin à vecteur viral : Johnson&Johnson

Il s’agit d’une technologie qui ressemble à celle de l’ARN messager. Un virus modifié sert de vecteur pour transporter la séquence génétique qui code les protéines, et permet au corps de les fabriquer. Pour le moment, le principal producteur de ce genre de vaccins est le groupe américain Johnson&Johnson.

Ce vaccin, distribué en Belgique par sa filiale Janssens, devrait demander une autorisation de mise sur le marché européen de leur candidat vaccin contre la Covid-19 dès février, pour une livraison probable en avril. Mais aux Etats-Unis, Johnson&Johnson a déjà annoncé qu’il y aurait du retard dans les livraisons et qu’il n’y aura pas autant de doses que prévu au printemps.

Les vaccins à base de protéine virale : Sanofi-GSK, Novavax

Ces vaccins sont conçus à partir de la protéine virale S, pour "spike", (les fameuses pointes que l’on voit à la surface du virus) du covid-19, isolée et injectée afin que les anticorps puissent y réagir. "La protéine S est importante pour que le virus puisse rentrer dans nos cellules, comme une clé dans une serrure", explique Muriel Moser, immunologue. Une stratégie qui repose sur la réponse naturelle des patients qui guérissent du covid-19 : ils présentent une réponse efficace des anticorps et des cellules dites lymphocytes contre cette protéine.

Plusieurs groupes pharmaceutiques planchent principalement dessus, notamment le français Sanofi et l’américain GSK, à qui l’Union européenne a commandé des doses pour le premier trimestre 2021. Sanofi était chargé d’isoler la protéine, et GSK d’ajouter un adjuvant, qui permettait de contrebalancer une dose d’antigène relativement faible, afin de produire le plus de doses possible.

Mais les recherches piétinent : en décembre, alors que le vaccin était toujours en phase II, Sanofi annonçait qu’il aurait du retard. Si la réponse était satisfaisante chez les personnes de 18 à 49 ans, la concentration d’anticorps était trop faible chez les personnes de plus de 50 ans. La phase III n’a donc pas été lancée. "La bonne nouvelle, c’est que pour les personnes plus jeunes, il y a une réponse semblable aux personnes malades", estime Muriel Moser, même si elle remarque qu’aucune mention de quantité n’est faite. "Les personnes qui ont été malades ont une concentration d’anticorps pas toujours très élevée, rappelle-t-elle. On devrait s’attendre à ce que le vaccin soit meilleur que le virus."


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Mais d’où vient ce problème ? Selon Sanofi, cela serait dû à la faible concentration d’antigènes. "Ils ont observé que les meilleurs résultats de la phase I et II ont été obtenus avec la dose d’antigène la plus élevée", précise Muriel Moser. Un test de vaccin sur des primates non-humains tendrait à confirmer ce point. Sanofi et GSK ont annoncé qu’ils travaillaient à une "formulation d’antigène améliorée", dans une étude de phase IIb qui devrait débuter en février 2021. Le vaccin, lui, n’arriverait finalement qu’à la fin de l’année. Seul problème : une concentration plus forte d’antigènes voudra dire moins de doses disponibles…

L’autre grande firme à se pencher sur la protéine virale est Novavax. Cette firme américaine a développé un vaccin basé sur des protéines recombinantes (une technologie déjà utilisée pour des vaccins antigrippaux notamment), qui a débuté la phase III. Des discussions avec l’Union européenne ont été ouvertes en décembre, avec un projet de commandes de 100 millions de doses mais qui n’a pas encore été finalisé. L’entreprise cherche à recruter 30.000 personnes aux Etats-Unis et au Mexique pour continuer sa production.

Mais que vaut la vaccination par injection de protéine par rapport à l’ARN messager ? Contrairement à ce dernier, le vaccin à base de protéine ne permet que de stimuler la production d’anticorps, mais pas celle des lymphocytes T, qui tuent les cellules infectées. "Les deux réponses immunitaires sont importantes", rappelle Muriel Moser. "En théorie, donc, l’ARN messager devrait mieux marcher."

Vaccin Sanofi-GSK, peut-être fin 2021: (JT 11/12/2020)

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