Vaccin anti-coronavirus : mélanger des vaccins différents, une solution pour pallier les pénuries et booster l'immunité ?

Vaccin anti-coronavirus : mélanger des vaccins différents, une solution pour pallier les pénuries et booster l'immunité ?
Vaccin anti-coronavirus : mélanger des vaccins différents, une solution pour pallier les pénuries et booster l'immunité ? - © FOTOR / BELGA

Les scientifiques de l’Université d’Oxford lancent une nouvelle étude avec une seule question : peut-on envisager de mélanger les doses de deux vaccins différents sur un même patient pour lutter contre le covid-19 ?

L’objectif de cette étude, qui va tester l’alternance de différents vaccins sur les mêmes patients, serait à la fois de pallier les problèmes d’approvisionnement et de pénuries mais aussi d’augmenter l’immunité.

Pour effectuer cette étude, le service national de santé britannique va recruter 820 patients volontaires britanniques, âgés de plus de 50 ans et qui n’ont pas encore été vaccinés contre le covid. Les scientifiques vont tenter de combiner chez eux les vaccins Pfizer/BioNTech et AstraZeneca/Oxford. Le gouvernement britannique a débloqué une somme importante : près de 8 millions d’euros. Mais selon les scientifiques d’Oxford, l’étude vaut la peine d’être menée. On le sait depuis le début de la campagne de vaccination, la production de ces vaccins à large échelle a connu quelques ratés. Certains patients qui ont reçu une première injection doivent recevoir la seconde dans un délai déterminé, si à ce moment, il y a rupture de stock, cela pourrait poser des problèmes d’immunité.

Une stratégie connue, le "prime boost"

Matthew Snape, chercheur d’Oxford en charge de l’essai, déclare dans un communiqué : "si nous montrons que ces vaccins peuvent être utilisés de manière interchangeable, cela augmentera considérablement la flexibilité de leur distribution et il y aurait la possibilité d’immuniser davantage de patients car il y aurait plus de doses disponibles dans le monde. Cela pourrait aussi nous donner des indices sur comment élargir la protection contre les nouveaux variants."

Mais avec cet essai clinique, ne joue-t-on pas un peu aux apprentis sorciers ? Pas du tout, répond Michel Goldman, professeur d’immunologie à l’ULB : "Cette stratégie de vacciner avec des ingrédients actifs, sous des formes différentes, est une stratégie connue. C’est ce qu’on appelle en anglais, le "prime boost", l’amorce et le rappel et elle est utilisée dans le vaccin SpoutnikV de la Russie. Dans cet essai clinique, ce qui est nouveau, c’est que l’on va mélanger, une dose à vecteur viral, celui d’AstraZeneca et une deuxième dose à ARN messager celui de Pfizer. Mais je ne suis pas inquiet." Il y a aussi des vaccins selon lui, très efficaces et déjà sur le marché comme celui contre Ebola, qui fonctionnent sur le même principe.

Une augmentation des risques d’effet secondaires ?

L’autre avantage, selon les chercheurs d’Oxford, c’est que l’ingrédient actif contenu dans chacun des vaccins n’est justement pas tout à fait le même. Cela signifie que le système immunitaire du patient sera confronté de façon différente au virus et que le spectre de réponses pourrait être plus grand.

Michel Goldman le confirme : "Ne pas revenir deux fois avec le même vecteur viral, serait un avantage car à la première dose, on a une réponse contre le vecteur en question qui affaiblit l’action de la deuxième dose. Ici, on passerait de l’un à l’autre, la réponse finale pourrait, en effet, être meilleure. Côté sécurité, il n’y a pas de raison qu’elle soit remise en question que ce soit pour deux doses du même vaccin ou de vaccins différents." Mais le professeur d’immunologie de mettre en garde : "Augmenter le nombre de doses, peu importe la nature du vaccin, peut augmenter les effets secondaires dans les jours qui suivent. Ici dans l’essai, les chercheurs vont inclure des patients non vaccinés contre le covid. Moi j’écarterais aussi ceux qui ont déjà fait le covid."

On l’aura compris, ce mélange de doses de vaccins différents, pourrait être susceptible de produire des anticorps supplémentaires qui durent plus longtemps et donc d’augmenter l’efficacité de l’immunité. C’est ce que compte vérifier cette étude ainsi que les possibles effets indésirables du cocktail. Les résultats préliminaires devraient être disponibles vers le mois de juin.

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