Vacances: quand les touristes belges "annexent" la Côte d'Opale...

La Côte d’Opale, ses falaises des Cap Blanc Nez et Griz Nez, ses plages de sable, ses dunes restées sauvages… et ses Belges ! Dans le petit village touristique de Wissant par exemple, 6 touristes étrangers sur 10 viennent de Belgique.

Dans certains établissements, c’est encore plus. Thibaut Seyler, le gérant du café « La Terasse », sur la digue, fait tout pour les choyer : « 85 à 90% de nos clients sont belges. Ce sont eux qui font quasiment tout notre chiffre d’affaires. Vous pouvez demander à n’importe qui ici, on vous dira la même chose. Pendant les vacances françaises, ça arrive qu’on ait personne. Pendant les vacances belges, on sait qu’on va bien travailler ! Franchement, Wissant serait mort sans les Belges, ce sont eux qui font tourner l’économie ici ».

Proche et plus sauvage

Confirmation sur le parking de la petite place du village, la grande majorité des plaques de voiture sont belges, sur la digue, on entend des accents de Liège, de Bruxelles, beaucoup de Flamands. Ce couple de Namur, par exemple, vient ici chaque année depuis vingt ans : « Ici, c’est plus sauvage qu’en Belgique, la plage est plus belle, plus grande, c’est familial. C’est une tradition, chaque année on vient un week-end ».

Pareil pour ce couple plus âgé, des habitués de la Côte d’Opale : « On est de fervents amateurs de cette région par rapport à la mer du Nord. On ne va plus jamais à la Côte belge d’ailleurs, ça ne ressemble plus à rien, c’est que des tours. Ici, on fait du VTT, on se promène, on fait des brocantes. Et puis ici vous avez un moules frites pour 11 euros. À la Côte belge, c’est 28 euros… »

La Côte d’Opale est à peine plus loin que la Côte belge, pour les touristes de Wissant, les quelques kilomètres de plus en valent la peine « Parce que, ici, on parle français, tout simplement, nous dit cette dame croisée sur la plage. En Flandre, on n’est pas bien perçu, c’est pour ça qu’on vient en France ».

« Et c’est dommage !, ajoute son mari. Quand j’étais gosse, je faisais toutes mes vacances à Blankenberge. Ici, maintenant, on est bien reçus. »

Une communication pour attirer les Belges

Et le secteur du tourisme met le paquet pour continuer d’attirer cette précieuse clientèle. Dans cette chambre d’hôtes, quelques kilomètres plus loin, les Belges font aussi tourner les affaires : « 95% de mes clients sont belges, alors toute ma pub je la fais chez vous, dans les guides, sur Facebook… Tout mon budget marketing est orienté vers la Belgique, c’est clair ».

L’office du tourisme de la Terre des Deux Caps aussi fait ce calcul et se concentre particulièrement sur ses voisins. « En début de saison, on regarde le calendrier des vacances belges et on s’adapte, explique Marlène Perperot, conseillère en séjour. Là, par exemple, ce sont les vacances de Pâques chez vous, on est ouverts 7 jours sur 7. On fait aussi bien plus de salons du tourisme en Belgique qu’en France pour se faire connaître. Récemment on était encore à Liège et Bruxelles. »

Dans l’espace d’accueil, tout est traduit en néerlandais : les brochures, les cartes de balades, les horaires des marées… La matinée où nous y sommes passés, Marlène Perperot nous montre ses statistiques, 36 familles avaient déjà demandé des renseignements, 26 étaient belges.

« Les locaux ne savent plus se payer une maison ici »

Les Belges séjournent, consomment, louent à la Côte d’Opale et ils y achètent aussi. Jean-Marc et Florence, deux enseignants de Tournai ont eu un coup de cœur pour une belle maison de l’arrière-pays à quelques kilomètres de la mer. « On vient dès qu’on peut, explique Florence qui vient ici au moins un week-end sur deux et toutes les vacances avec son mari. On part de la maison le vendredi après le travail et, à peine 1h40 plus tard, on est là, dans notre petit coin de paradis. C’est facile, accessible et tellement beau. On a à la fois la mer, la campagne et la nature qu’on a un peu perdues à la Côte belge. »

Le maire de Wissant le confirme : les Belges achètent de plus en plus dans la région. Dans son village deux maisons sur trois sont des maisons de vacances. C’est une aubaine pour l’économie locale, mais ça pose des problèmes d’équilibre, aussi, avec les habitants du coin.

« Il y a beaucoup d’achats, oui, également des achats spéculatifs de Belges qui louent ensuite, déplore Bernard Bracq. C’est le revers de la médaille, les Belges achètent notre immobilier très cher. Ça fait flamber les prix et les autochtones sont chassés, parce qu’ils ne savent plus se payer une maison dans leur village. »

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