Urgences, c'est la nuit sur Liège

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Au Quotidien poursuit son feuilleton au coeur du CHR de Liège. Escale de nuit aux urgences. Des reportages dus à Nicolas Docq, Yvan Geeraert, Simon Bemelmans, et Emmanuel Morimont qui nous livre chaque jour ses impressions de tournage.

Les urgences ou les travailleurs de limprévisible


Jusqu'à présent, la semaine a été relativement calme. Je ne dirais pas facile mais sans réelle surprise. Et nous pensons justement qu'un passage aux urgences va chambouler le côté prévisible de nos tournages. On s'est préparé psychologiquement à rester à l'affût toute la nuit du vendredi au samedi. On nous a parlé de patients en état d'ébriété, de bagarres, de toxicomanes, d'accidents de voitures en pleine nuit... On nous montre même le cabanon dans lequel on enferme les patients..."récalcitrants". Bref, nous arrivons quand même avec une appréhension pour ne pas dire une certaine anxiété. On l'apprendra très vite, le propre des urgences, c'est qu'on ne peut rien y prévoir.

Premier coup dur : le personnel n'a pas été prévenu de notre visite. Cela fait 15 jours que nous avons reçu l'aval de la direction. La veille, nous avons rencontré personnellement le chef du service des urgences. Il nous a fait faire le tour du propriétaire. Mais, personne n'est au courant qu'une équipe de la RTBF débarque. Retour à la case départ. On explique à nouveau notre démarche. Heureusement, le personnel est compréhensif. Sur le coup de 22h30, on est opérationnel. Les premiers clients arrivent.

On commence en force. Une ambulance amène une mineure d'âge en état d'ébriété. Un cas courant ici à la Citadelle. La demoiselle nous fait découvrir son dernier repas. Le brancardier l'évite de justesse. "Ce sont les aléas du métier", nous dit-il en souriant. Seule solution pour retrouver un état normal : du repos et une bonne perfusion. La jeune fille passera la nuit aux urgences.

Plus loin en salle de traumatologie, on fait la connaissance de Raafat, un médecin urgentiste. Les patients défilent avec des petites blessures qui méritent chacune la même attention. Pas évident car la nuit, il y a moins de personnel. Il est seul en traumatologie. Les conditions de travail sont dures. Il va enchaîner 15 heures de boulot. Dans son cas, on peut parler d'une véritable vocation : "C'est un challenge de tous les jours. Les pathologies sont variées et au final, on aide vraiment son prochain".

Au service des urgences, il y a aussi ceux qui font leurs premiers pas la nuit. Nicolas est infirmier depuis quelques mois. Il en apprend tous les jours aux contacts des anciens : « Quand je vois certains collègues qui sont là depuis des années, ils arrivent à garder une certaine distance par rapport à ce quils font. Cest vrai que ce nest pas toujours évident émotionnellement de garder la tête hors de leau ».

Vers 02h00, un monsieur âgé de 89 ans arrive par ambulance. Il a fait une chute à son domicile. Son épouse étant hospitalisée, personne pour prévenir les secours. Il est resté 3 heures sur le sol avant quon ne vienne le chercher. On apprend quil a quitté le CHR il y seulement 4 jours. Ses problèmes de dos semblaient résolus. Cest malheureusement aussi un retour à la case départ pour ce monsieur.

Le reste de la nuit tient en un mot : patience. On a attendu, attendu et encore attendu. Il y a eu certes quelques chevilles foulées, un coude entaillé et quelques jeunes fêtards. Mais, « pas de quoi fouetter un chat », comme dit si bien Nicolas. A 05h00, nous repartons. Il ny a pas eu de violence ou daccidentés graves comme on aurait pu le penser. Et finalement, ça ne change rien. Cest ça les urgences. Un service où le futur est toujours incertain, où à chaque minute le calme peut se transformer en tempête. On ne peut rien y prévoir. Au moment de notre départ, léquipe médicale a pris en charge 36 cas. Largement suffisant pour réaliser un reportage de 4 minutes, pour faire sentir cette atmosphère de nuit et montrer la réalité de ces « travailleurs de limprévisible ».

 

(E. Morimont)

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