Universités : réorienter les étudiants trop nuls, la bonne idée ?

Universités : réorienter les étudiants trop nuls, la bonne idée ?
Universités : réorienter les étudiants trop nuls, la bonne idée ? - © rtbf

La plus grande université du pays, la KUL envisage d’interdire le redoublement pour les étudiants qui ont obtenu moins de 30% en première année. Côté francophone, on est loin d’approuver et on travaille plutôt dans l’autre sens en misant sur l’aide à la réussite.

55.000 jeunes étudient chaque année à la KUL à Louvain dont 1545 ratent leur première année avec moins de 30%. L’université propose aujourd’hui d’empêcher ces élèves busés de redoubler dans la même branche, alors que statistiquement, ils ont peu de chances de réussir au final. Pour Rik Torfs, le recteur de la Katholieke Universiteit Leuven, "Il s’agit d’une mesure sociale tant pour l’étudiant que pour ses parents et pour la société tout entière qui paye quand même 12.000 euros par an par étudiant". Il explique que statistiquement, seul un pourcent de ces étudiants obtiendra un diplôme après parfois de nombreuses années. Pour lui, "Cette nouvelle mesure incitera ceux qui sont vraiment motivés à bien se lancer dans leurs études". La KUL devrait adopter très bientôt sa proposition pour une mise en application dès la rentrée 2015.

Qu'en pensent les grandes universités francophones?

A l'UCL, on estime que réorienter les cancres dès la première année est trop élitiste. Pas question de les empêcher de retenter leur chance. Pour le vice-recteur à l’enseignement de l’Université Catholique de Louvain, Marc Lits, le signal donné par la proposition de la KUL est dangereux. "Ce n’est pas comme ça qu’on construit une pédagogie positive", dit-il. Pour lui, même si la probabilité de réussite de ces élèves largement busés est limitée, il faut les accompagner en trouvant des solutions pour progresser. Ainsi à l’UCL, ceux qui débutent mais aussi les "bisseurs" sont encouragés à se faire aider tant sur les matières que sur la méthodologie.

"L’aide à la réussite" peut révéler des étudiants en échec

Après un échec en 1ère année de médecine, Philippe a bénéficié de "l’aide à la réussite", qui lui a permis de passer l'année suivante. Pour lui, "Ces séances de méthodologie aident l’étudiant à se remettre en question et à éveiller sa manière de travailler pour appréhender l’année convenablement et travailler sereinement". Si Philippe avait échoué de peu, d'autres élèves largement busés arrivent parfois aussi à redresser la barre. Le professeur Jean-Baptiste Demoulin, coordinateur des BAC 1 à l’UCL, explique que certains étudiants ont un déclic qui les fait rebondir en 2ème année. "Ils peuvent même devenir des étudiants brillants par la suite. Nous disposons de nombreux exemples et témoignages en ce sens", dit-il.

L’Université Libre de Bruxelles entend elle aussi favoriser la réussite en développant notamment le système d’étalement de la matière sur deux ans qui est déjà pratiqué en faculté de médecine. "Nous constatons déjà que le taux de réussite des étudiants qui étalent est nettement supérieur", témoigne Didier Viviers, le recteur de l’ULB, pour qui le processus pourrait s’appliquer à d’autres facultés et donner à l’avenir d’assez bons résultats.

I.L. avec S. L.

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