Viol présumé dans une télé-réalité espagnole: la victime témoigne des méthodes de la production

Violée pendant une émission de télé réalité en 2017, une candidate témoigne de l’attitude de la production
Violée pendant une émission de télé réalité en 2017, une candidate témoigne de l’attitude de la production - © Tous droits réservés

L’affaire fait les gros titres des médias espagnols depuis la semaine dernière. Carlota Prado, une candidate de l’émission de téléréalité espagnole Gran Hermano (la version espagnole de Big Brother), aurait été violée durant le tournage du programme en 2017. Ce qui a mis le feu aux poudres, c’est la publication d’une vidéo par le site El Confidencial il y a quelques jours, mettant en lumière les méthodes de la production après les faits : le lendemain du viol présumé, Carlota a été amenée à commenter une vidéo de la scène, face à la caméra de l'émission.

Pour contextualiser, la jeune femme a commencé à fréquenter José Maria López, un autre candidat, pendant l’aventure. Mais lors d’une soirée trop arrosée dans la maison le 3 novembre 2017, tout dérape. Ce dernier ramène Carlota jusqu’à son lit, incapable de marcher seule, il se glisse dedans avec elle et se rapproche. Elle lui dit : "Non, je ne peux pas" - ce que les caméras enregistrent - et s’endort. Le jeune homme est accusé de l’avoir violée alors qu’elle était inconsciente et ivre, et ce pendant plusieurs minutes.

La production est finalement intervenue par le biais du haut-parleur présent dans la pièce, pour lui demande d’arrêter ce qu’il fait.

Carlota, ce sujet, pour José Maria et pour toi, pour votre bien à tous les deux, ne doit pas sortir d’ici

Le lendemain, le couple déjeune ensemble, Carlota Prado ne semble se souvenir de rien. C’est durant l’après-midi que les événements prennent une toute autre tournure. Le jeune homme est expulsé du jeu pour "comportement intolérable" et Carlota est convoquée au "confessionnal", une pièce fermée et filmée dans laquelle les candidats commentent les événements de la journée.

C’est ce passage, qui devait certainement rester confidentiel, qui a été diffusé par le site El Confidencial la semaine dernière. La production apprend à la jeune femme ce qu’il s’est passé pendant la nuit et demande qu’elle regarde et commente les images de son agression. Elle refuse, demande à sortir de la pièce, supplie, pleure, elle fait les cent pas, panique..

"S’il vous plaît, donnez-moi un tranquillisant, j’ai le cœur qui bat à 1000…", ce à quoi un membre de l’équipe répond : "Carlota, ce sujet, pour José Maria et pour toi, pour votre bien à tous les deux, ne doit pas sortir d’ici".

La porte ne s’ouvre finalement que lorsqu’un producteur exécutif et un psychologue entrent pour l’emmener dans un hôtel voisin. Pendant quelques jours elle est écartée, sans téléphone, isolée.

"Il y aurait dû y avoir une psychologue à mon côté ou quelqu’un qui m’aide à faire face à ces images si dures. Ils ne m’ont jamais demandé si je voulais voir ça… J’aurais dit non", a assuré la jeune femme au média espagnol.

Des représentants de l’entreprise ont alors signalé l’agression présumée à un poste de police, mais à ce moment-là, Carlota n’a pas voulu porter plainte et est retournée dans l’émission. Ce qu’elle justifie aujourd’hui : "Je suis revenue parce que je n’avais pas le courage de faire face à la réalité. Vous vivez dans un monde alternatif et vous êtes en quelque sorte protégé. C’était très difficile, mais j’ai pensé que cela serait moins difficile que de faire face à la réalité de l’extérieur."

Les images de l’agression n’ont jamais servi comme divertissement

Endemol Shine Group, propriétaire de Zeppelin TV la société produisant "Gran Hermano", a affirmé, dans un communiqué, que les images de l’agression n’ont jamais servi comme divertissement, mais qu’elles ont été cryptées et transmises à la police après que Carlota a porté plainte en 2018. Ils regrettent également "que la conversation pendant laquelle Carlota a été informée ait eu lieu dans le confessionnal".

Zeppelin a aussi admis à la BBC que des erreurs avaient été commises : bien qu’il y ait eu des soupçons sur le comportement de José María López, il y avait aussi des doutes puisqu’ils étaient un couple.

Une enquête est ouverte, mais José María López nie l’infraction. Son avocat a déclaré qu’il n’y avait aucune preuve de crime. "José María a passé la nuit à s’occuper de Carlota quand il s’est rendu compte qu’elle était ivre", a déclaré l’avocat à El Confidencial.

Plusieurs annonceurs publicitaires comme Nestlé, Nissan, L’Oréal, ont mis fin à leur collaboration avec l’émission.

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