Une série d'agressions homophobes à Bruxelles

Lundi soir, un couple de Schaerbeekois a été victime d'une agression homophobe. Pour le moment, le parquet considère le dossier sous l'angle de "coups et blessures réciproques dans un contexte de voisinage". Pourtant, pour les deux hommes, le caractère homophobe de l'agression ne fait aucune doute. C'est la 4e agression de ce type médiatisée en six semaines. Alors doit-on encore parler de faits divers ? Ne faut-il pas plutôt envisager ce problème sous l'angle d'un phénomène ? Jeudi soir, la maison du spectacle La Bellone a donné la parole à des couples homosexuels, un espace de parole pour revenir sur les agressions qu'ils ont vécues.

Clément & Jonatan

C'était le 15 avril dernier, les deux hommes rentrent d'une soirée passée dans le centre de Bruxelles. Il est 2h30 du matin quand ils se font agresser par cinq mineurs. Un mois et demi après les faits, Jonatan se demande s'il doit apprendre à se défendre. Il explique: "Je suis prêt à apprendre la capoeira, mais je ne veux pas devoir sortir dans la rue avec un poing américain ou un spray au poivre!".

Nicolas & Jeroen

L'agression se déroule lundi soir alors que les deux hommes rentrent d'avoir été faire des courses. Nicolas est interpellé : "Hé chef ! Vous faites trop de bruit !". Le jeune homme ne comprend pas la remarque, plutôt discret par nature. Il décide donc de laisser couler. Il prévient tout de même son compagnon puis le laisse pour aller garer la voiture. Le temps de revenir, il retrouve Jeroen avec un bleu sous l'oeil gauche. "Tous les voisins étaient aux fenêtres, personne n'a réagi" regrette-t-il.

Le parquet de Bruxelles a ouvert une information judiciaire. Des témoins doivent encore être entendus, mais, pour le moment, les faits sont qualifiés de coups et blessures réciproques dans un contexte de voisinage. Pour le parquet, le caractère homophobe de l'agression n'est pas évident.

Pourtant, les insultes proférées à l'égard de Jeroen sont très claires : "Tu pleures comme une fille ! Un vrai mec, ça agi. On va te faire mal puisque tu aimes ça ! Toi, tu aimes prendre dans le c***".

C'était la première fois que les deux hommes étaient victimes d'insultes et de coups en raison de leur orientation sexuelle. Nicolas ne veut pas courber l'échine et affirme avec force : "Même s’ils continuent à nous insulter, à nous frapper, on va quand même continuer à vivre notre vie et si ça ne leur plait pas, c’est le même prix, on ne va pas avoir peur pour autant !".

Sarah & Clémentine

L'agression de Sarah et Clémentine a été très violente. C'était il y a tout juste un an, le 28 mai 2017. Aujourd'hui, la douleur est toujours aussi prégnante qu'au moment des faits. Les deux jeunes femmes sont dans la station de métro de la Gare du Midi. Dans un escalator, elles s'embrassent. Un homme leur fait alors une remarque lascive en se touchant les parties génitales. Quelques mètres plus loin, alors que les deux femmes ont le dos tourné, un coup d'une extrême violence est asséné à la jambe de Sarah, elle se retrouve au sol avec le tibia et le péroné cassés.

"L'agression a duré 1 minute 40, mais ça fait 368 jours que je souffre" raconte-t-elle. "Quand je sors, je ne peux plus m'amuser comme avant. Je ne peux plus faire de vélo, je ne peux plus courir, je ne peux plus danser" précise-t-elle alors qu'elle va subir une troisième opération.  

Cette agression a changé sa manière de vivre, sa manière d'occuper l'espace public. "Toute ma vie a été influencée, mon caractère a changé. Avant, j'étais une tigresse, j'avais toujours la tête haute. Mais aujourd'hui, je me cache, je ne suis plus moi-même". Sarah n'ose plus tenir la main de sa copine dans la rue, elle n'ose plus l'embrasser.

La jeune femme est persuadée d'une chose. Son agresseur ne voulait pas qu'elle exprime publiquement son amour pour sa copine. Avec des yeux plein de douceur et de force, elle annonce fièrement : "Le 1er août, on se dira oui".

Comment se reconstruire ?

Pour ces trois couples, il est maintenant nécessaire de penser à des stratégies. "Les campagnes de sensibilisation ne touchent que les personnes déjà convaincues ou déjà sensibilisées" constatent-ils.

Il faudrait penser à montrer des couples homosexuels dans les manuels scolaires. "Dans le primaire, il y a parfois l'exercice "qui peut aimer qui ?". Il faut permettre aux enfants de relier Jean aime Marie, tout comme Jean aime Philippe" proposent-ils.

Une autre idée avancée est celle d'enseigner l'histoire des luttes LGBT. En faisant connaitre ce mouvement, des mythes et des préjugés pourraient tomber.

En attendant de prolonger leur réfléxion, tous se rendront samedi après-midi à Schaerbeek pour le rassemblement de solidarité et de lutte contre l'homophobie.

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