Une pénurie d'infirmiers et d'infirmières plus importante en temps de pandémie ?

La pénurie des métiers infirmiers est une réalité depuis de nombreuses années. Pourtant, les associations professionnelles du secteur avaient alerté les différents ministres de la Santé. Au mois d’août, l’Association belge des praticiens de l’art infirmier annonçait que la situation s’était aggravée avec pas moins de 5000 postes vacants en Belgique.

Six mois plus tard, aucune statistique officielle ne permet de constater si le manque de personnel est plus important. Une certitude, les hôpitaux ont du mal à recruter du personnel pour pallier ce manque de personnel comme nous l’explique Jennyfer Doria Tilleux, responsable de la communication des Cliniques de l’Europe : "La problématique de recrutement des infirmiers est une problématique générale, ce n’est pas seulement qu’en période de pandémie. Durant cette pandémie, il y a eu certains services où cela a été plus compliqué de combler les manques. Notamment en gériatrie, en soins intensifs, et aux urgences. On a également eu des membres du personnel qui sont tombés malades. Il a fallu les écarter directement pour éviter la contagion, parfois trois d’un coup, et cela a évidemment complexifié le fait de remplir les effectifs dans l’une ou l’autre unité. Lorsqu’on manque d’infirmiers dans certains services, on essaie d’en transférer d’un service vers un autre service qui est plus en manque. Parfois on fait également appel à des intérimaires. "

Fatigue, stress et burn-out

Selon différentes associations professionnelles, cette pénurie n’est pas près de se résorber pour de multiples raisons. Elle ne semble pas due à un manque de vocations, mais en grande partie l’épuisement du personnel soignant en est en partie la cause. Alda Dalla Valle, la vice-présidente de la fédération nationale des infirmières de Belgique, nous fait part de cette réalité qui pousse certains à quitter ce métier à contrecœur : "La crise a montré qu’il manquait vraiment des personnes diplômées au chevet des patients. Cela a accentué la fatigue des personnes qui étaient présentes. Il y en a qui se sont retrouvés en burn-out ; d’autres ont contracté le virus, et d’autres sont partis parce qu’ils étaient épuisés. Le problème, c’est qu’il y a une fuite des personnes diplômées qui arrivent dans les soins. Après très peu d’années, elles s’en vont. C’est la réalité pour les jeunes diplômés. Ils s’en vont dans d’autres métiers de la santé ou prennent une orientation tout à fait différente."

Des incitants pour une pérennité de la profession

Pour les associations comme pour le personnel soignant, le métier n’est pas considéré comme il se doit. De plus, l’allongement des études n’a pas été accompagné par une revalorisation salariale tant les compétences ont évolué au fil des années. Morgan Massart, infirmier en chef de l’unité de chirurgie des Cliniques de l’Europe (site St-Michel) nous explique pourquoi cette profession attire de moins en moins de candidats : "C’est un magnifique métier mais il faudrait une revalorisation salariale. Ce serait la première chose que le métier attend. Car par rapport à nos compétences et le niveau d’exigence de ces nouvelles études qui sont passées de trois à quatre ans. Les salaires n’ont pas changé. Identique pour un niveau de compétence plus élevé. Le métier a évolué, il est beaucoup plus technique, et on a des responsabilités encore plus accrues pour un salaire qui ne correspond pas aux compétences. Ce qui fait que certains ne sont plus attirés par la profession. Cela peut en décourager certains vu la situation actuelle de la crise sanitaire."

Alda Dalla Valle, la vice-présidente de la Fédération nationale des infirmières de Belgique, explique qu’il faut des incitants pour attirer et conserver les aides-soignants : "La pénurie est plus flagrante durant cette pandémie. D’ailleurs, les institutions ont des difficultés à pouvoir recruter. Il y a une forte demande des hôpitaux parce que les gens ne sont pas attirés. Bien que certains aient le diplôme, ils ne retrouvent pas des incitants pour revenir aux soins. La solution, c’est de reconnaître cette profession en métier pénible pour pouvoir lui donner une pérennité. Pas simplement des petites primes ou des petits chèques qui sont juste de l’enfumage."

Olivier Gendebien, le président de l’association belge des praticiens de l’art infirmier, confirme ce manque d’incitants pour un métier en pénurie : "L’Etat ne donne pas suffisamment de moyens financiers, une réglementation de la profession adéquate, des possibilités de carrières, que pour attirer et conserver suffisamment de jeunes dans les études et de diplômés dans le système de santé."

Exténués et pas suffisamment en nombre, ces aides-soignants qui ont tellement donné particulièrement depuis le début de la pandémie redoutent toujours une possible troisième vague.

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