"Une part significative de musulmans" qui dansent après les attentats de Bruxelles en 2016 : les plaintes contre Jan Jambon classées sans suite

La cinquantaine de plaintes déposées en mai 2016 par des membres de la communauté musulmane contre Jan Jambon (NV-A) pour discrimination et incitation à la haine ont été classées sans suite. C’est ce qu’a confirmé à la RTBF le parquet de Bruxelles.

En avril 2016, au lendemain des attentats de Bruxelles, à l’aéroport de Zaventem et dans le métro Maelbeek, l’ancien ministre de l’Intérieur avait déclaré dans une interview au Standaard qu’une "une part significative de musulmans" s’étaient réjouis et "avaient dansé".

Les propos, tenus après le traumatisme des attaques menées par le groupe terroriste Etat islamique et ayant fait 32 morts, avaient suscité la polémique, jusque dans la presse étrangère. A la Chambre, l’intéressé est sommé de s’expliquer à la demande de l’opposition, PS et Ecolo en tête. Des membres de la majorité de l’époque, Open VLD et CD&V, marquent également leurs distances.

Mais Jan Jambon réitère ses propos disant se baser sur des rapports des services de secours et de police. Ce ne sont pas des rumeurs, ajoutera le ministre. "Pour moi significatif veut dire signifiant", développe-t-il sans donner de chiffres précis. "Tout le monde sait que de tels faits se sont produits. Faut-il attendre un procès-verbal pour confirmer l’existence de tels faits ?"

Charles Michel (MR), alors Premier ministre, soutiendra le ministre nationaliste flamand. "Je confirme qu’il y a eu des expressions de soutien aux auteurs des attentats. Le Conseil (national) de sécurité en a d’ailleurs été informé", dit-il alors à l’agence Belga précisant toutefois qu’il s’agissait "d’actes provenant de personnes minoritaires et il ne convient pas de faire des généralisations".

En tout cas, plusieurs citoyens de confession musulmane décident de saisir la justice, quelques semaines plus tard. Le 6 mai 2016, il y a cinq ans jour pour jour, un rassemblement est organisé place Poelaert avant la remise de 53 plaintes au procureur du roi.

Les bases juridiques sont les suivantes : articles 443-444 du code pénal relatif à la calomnie et la diffamation avec la circonstance aggravante visée à l’article 453 bis lorsque le mobile du délit est la haine, le mépris, ou l’hostilité à l’égard d’une personne en raison de sa conviction religieuse ainsi que l’article 22 de la loi du 10 mai 2007 anti-discrimination.

On cherche quelque part à consacrer l’impunité

L’issue de ces plaintes est désormais connue. "Nous pouvons vous informer que les dossiers ont été soumis au parquet général et ont été classés", nous dit le parquet de Bruxelles.

Regrettable pour Maître Selma Benkhelifa. L’avocate était l’une des signataires de la lettre appelant au dépôt de plaintes. "Le parquet ne cherche pas à poursuivre", dit-elle. "Plus de 50 plaintes, c’est beaucoup. Mais sans pression constante, de l’opinion publique, médiatique, il n’y a pas de poursuite. Quand il y a un rapport de force qui s’installe, il n’y a en général pas de classement. "

"C’est quelque chose qui est souvent dénoncé, tant au niveau belge qu’international : la justice belge ne prend pas ces affaires sérieusement. Les gens sont découragés de porter plainte quand on sait que, comme le dit un récent rapport d’Unia, 75% des plaintes relatives au racisme ou à la discrimination sont classées sans suite. C’est systémique. On cherche quelque part à consacrer l’impunité", dénonce-t-elle.

Pour l’avocate, il n’y avait pas de doute possible quant à la portée des propos du désormais ministre-président flamand. "Ses propos étaient clairement racistes et stigmatisants. On pouvait y voir, au moment des attentats, un appel à la haine. Ces propos auraient pu mettre de l’huile sur le feu et faire en sorte que la population belge en général puisse se mettre à haïr un groupe de population dont il se serait imaginé qu’il se réjouissait du malheur arrivé à Bruxelles."

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