Une ONG belge compense les émissions de carbone par la reforestation dans les pays en voie de développement

Frédéric Debouche, responsable de l'ONG "Graine de vie"
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Frédéric Debouche, responsable de l'ONG "Graine de vie" - © Anna Bellissens

Les négociations en cours à la COP25 à Madrid tentent d’inscrire des règles au marché de la compensation jugé trop inefficace par certains experts. Pour parvenir à leurs objectifs de réduction des gaz à effet de serre, les pays développés, au travers notamment de leurs entreprises, se créditent des réductions d’émissions dans les pays les plus victimes de leurs effets.

Le marché de la compensation carbone a par exemple contribué au financement du Tramway d’Addis-Abeba en Ethiopie, à la valorisation des déchets dans les abattoirs du Sénégal, au développement de l’énergie éolienne au Maroc.

Les premières victimes des émissions de CO2 se situent dans leur grande majorité dans l’Hémisphère Sud. C’est le cas par exemple de Madagascar, île de l’océan indien, grande comme vingt fois la Belgique. Les écosystèmes de ses côtes, particulièrement ceux situés sur le Canal du Mozambique, sont menacés par la montée du niveau de l’océan. Son littoral abrite des espèces uniques au monde, précieuses pour le reste de la planète.

Madagascar, terre insulaire de biodiversité – victime des effets du réchauffement climatique

La grande île abrite 20% des mangroves africaines, 2% des forêts de palétuviers de la planète. Ces écosystèmes jouent un rôle crucial pour protéger les populations de la montée des eaux. Ils sont de véritables barrières et nourrissent en même temps des villages entiers.

Crabes, crustacés, bois de construction… Dans le petit village isolé de Kivalo, à une quinzaine de kilomètres de la ville de Morondava, les habitants vivent grâce à la mangrove.

Depuis quelques années, leur ressource est menacée. Alors toutes les générations se mettent à planter. Une pousse de palétuviers met 4 ans à produire à son tour des graines. Pour que la graine devienne arbre, il faut introduire les "propagules" bien droites dans le sol, à bonne distance les uns des autres pour leur laisser l’espace nécessaire à leur croissance. Les enfants du village apprennent la technique dès le plus jeune âge : planter devient un rituel de groupe, une habitude bien ancrée. Entre eau douce et océan, ces différentes espèces de palétuviers absorbent 10 fois plus de carbone que les arbres forestiers.

"Ce corridor, c’est notre Amazone à nous, c’est le poumon de cette région", compare Eli Todimanana à bord de sa pirogue qui quitte le village. En tant que responsable du projet mangrove dans la région du Menabe pour le WWF, il se rend régulièrement avec son équipe dans le village, pour encourager les habitants à poursuivre leurs efforts de conservation.

Un Belge pionnier sur le marché de la compensation carbone

Frédéric Debouche est notaire dans le Hainaut. Cela fait plus de dix ans qu’il s’investit à Madagascar. Il a créé l’ONG "Graine de Vie". Avec son équipe, il plante des propagules de mangrove sur l’île de Nosy Be. "Nous compensons les émissions carbone d’Ixina Belgique et France, nous venons de signer avec la Chine. Nous compensons également les émissions carbone de la commune de La Hulpe et Braine l’Alleud par exemple."

Le mécanisme de la compensation ne date pas d’hier. Ce vieil outil onusien est né à la conférence de Kyoto en 1997. Il est finalement entré en vigueur en 2006 et c’est à Paris, en 2015, que les négociateurs du monde entier l’ont remis au goût du jour. Il s’agit maintenant de l’uniformiser à Madrid, de manière à rendre son application plus efficace.

"Il y a dix ans, personne n’en avait rien à faire des effets du réchauffement climatique sur la planète, mais nous nous sommes malgré tout spécialisés dans le marché de la compensation carbone. Et ça a pris, petit à petit. Aujourd’hui nous pouvons dire que nous avons planté des millions et des millions de graines. Cela ne s’arrête pas à Madagascar. Nous venons de lancer un projet de reboisement au Togo et avons des contacts avec la Zambie et le Cap Vert."

Pour un euro de crédit carbone versé par les entreprises belges, 4 arbres peuvent être plantés dans les pays victimes des émissions de carbone. "Notre budget annuel est ridiculement bas : nous fonctionnons avec 350.000 euros", lance le Président de l’ONG.

Cela fait partie des critiques sur l’efficacité du mécanisme de la compensation : un prix de vente des crédits carbone trop bas. La moyenne de ce prix n’est d’ailleurs pas la même dans les différents pays européens.

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