Une meilleure reconnaissance des victimes de l'amiante

La Chambre a adopté, jeudi dernier, des mesures importantes en faveur des victimes de l'amiante. Les associations de victimes soulignent les avancées mais réclament des mesures encore plus larges. 

La première avancée marquante est l'allongement de la liste des maladies indemnisables : le cancer du larynx et du poumon en font désormais partie. "C'est une bonne chose car c'est ce que l'on demande depuis la création du fonds amiante en 2007", souligne Eric Jonckeere, Président de l'Abeva (l'association belge des victimes de l'amiante). "Mais nous sommes déçus que d'autres cancers, comme le cancer des ovaires, ne fassent pas encore partie de la liste". 

10.000 € d'indemnisation supplémentaire

Autre modification approuvée par la Chambre : les victimes de mésothéliome (cancer agressif de la plèvre) pourront bénéficier d'une indemnité supplémentaire de 10.000 euros via le Fonds amiante. Une avancée très importante pour les victimes. "C'est essentiel pour avoir accès aux médicaments qui ne sont pas remboursés", témoigne Brigitte Franssen. Son mari est décédé en 2010, à 53 ans, des suites d'un mésothéliome environnemental. Le diagnostic a été brutal. "On a appris qu'il était malade en août 2009. Les médecins nous ont tout de suite dit qu'on ne pourrait pas le soigner. L'objectif était de lui offrir encore 6 mois de vie". Le mari de Brigitte a été contaminé par l'amiante dès son enfance. Il vivait dans une zone polluée. 

Pas de "pollueur-payeur"

En acceptant l'indemnisation du fonds amiante, les victimes s'engagent à renoncer à toute action en justice, sauf en cas de faute intentionnelle du pollueur. "Nous espérons que la prochaine législature changera ce point", déplore Eric Jonckheere. Brigitte Franssen souhaite qu'on laisse plus de temps aux victimes pour décider. "On nous a demandé de décider, tout de suite après avoir appris le diagnostic, si on souhaitait intenter une action en justice ou pas. C'est impossible de décider à ce moment-là. On est sous le choc, en pré-deuil." Brigitte et son mari ont décidé  de ne pas poursuivre les responsables devant les tribunaux. "Mais c'est notre décision. Je trouve qu'il est important que chacun ait la liberté de le faire ou pas. Nous ne sommes pas les mêmes face au malheur."

Désamianter les écoles: la priorité absolue

L'ABEVA interpelle les politiques sur la priorité des prochaines années : désamianter les écoles. "L'amiante n'est pas un problème du passé ; de nombreuses maladies vont se déclarer dans les prochaines années", alarme Eric Jonckheere. "Nos enfants et leurs enseignants doivent être protégés." Le coût du désamiantage oscille entre 300 et 1500 € du mètre carré, en fonction des conditions de travail. 

L'amiante, une bombe à retardement

L'amiante a déjà engendré des milliers de victimes en Belgique. Son impact agit comme une bombe à retardement ; les cancers se déclarent entre 20 et 40 ans après l'exposition à l'amiante. Le Fonds amiante reconnaît environ 250 nouvelles victimes chaque année. 

Selon l'Abeva, leur nombre devrait atteindre son "pic" dans les années 2030-2035.

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