Marek Halter: "Il y a 1,3 milliard de musulmans. S'ils disent non, il n'y aura plus de terrorisme"

La marche des musulmans contre le terrorisme s'arrête à Bruxelles ce lundi. Elle est organisée par Hassen Chalghoumi, président de l'association culturelle des musulmans de Drancy, et l'écrivain français d'origine polonaise et de confession juive, Marek Halter.

Ce dernier était dès lors l'invité de Pascal Claude sur le plateau de Matin Prem1ère.

Comment est-ce que cette expérience se déroule jusqu’ici ? Ça a démarré ce week-end, il y avait 60 places dans le car et seulement 30 personnes au départ...

"Il y avait 63 imams dans le car, il est plein, et on a 2 voitures en plus, on était obligé de prendre des minibus pour des jeunes qui voulaient nous suivre et accompagner. On est partis des Champs-Élysées, l’endroit même où on a tué un officier de police innocent. Ils sont partis à Berlin, hier nous étions à Berlin devant cette fameuse église, d’ailleurs assez impressionnante, détruite pendant la guerre en partie et reconstruite en moderne à côté. Il y avait énormément de monde, énormément, toutes les télés allemandes, malgré la réunion de Hambourg. D’ailleurs, c’est ce que j’ai dit à la télévision, que concernant la lutte contre le terrorisme, nous étions, nous les imams et moi juif né dans le ghetto de Varsovie, plus efficaces que les grands réunis à Hambourg".

Alors, vous êtes aujourd’hui à Bruxelles, quel est le programme du jour ?

"Il est simple. Nous allons nous retrouver à 11 heures Place de la Bourse, là où après les attentats meurtriers en Belgique les Belges sont venus déposer des fleurs. Vous verrez d’ailleurs, ils sont assez impressionnants les 63 imams venus de toute l’Europe avec des barbes, sans barbe, etc. Et il y aura le ministre de l’Intérieur belge qui sera là. Je ne sais pas s’il y aura un discours. Je pense que le ministre aimerait dire quelques mots, il sera le bienvenu et ces 63 imams diront une prière à la mémoire de ceux qui ont été tués au nom de l’islam. Je pense que c’est très fort".

On sait que cette initiative est quelque peu critiquée et une question se pose : est-ce qu’organiser ce type de marche n’est pas dire haut et fort que le terrorisme c’est uniquement le problème d’une religion, la faute à l’islam et aux musulmans, Marek Halter ?

"C’est juste le contraire. Ceux qui tuent, pour l’instant ils tuent au nom de l’islam. Imaginons une seconde — d’ailleurs n’imaginons pas — en 1994, vous étiez tout petit, il y a un Juif en Israël, qui s’appelait Baruch Goldstein, il prend sa mitraillette, il va au Caveau des Patriarches, il tue 29 Palestiniens. Je crie de rage. C’est moi qui ai organisé toutes les manifs. Pourquoi ? Parce qu’il m’a entraîné dans son meurtre, dans son crime. Je ne suis pas religieux, je suis Français, je suis écrivain français, j’écris en français, etc., mais qu’un juif tue en tant que Juif, il engage tout le monde. Il y a une phrase magnifique dans la Bible, pour cette matinée je crois que c’est important de la rappeler. Dieu demande à Caïn 'qu’as-tu fait de ton frère?' ", après qu’il a tué son frère. Et Caïn demande 'Suis-je le gardien de mon frère?' - 'Oui, nous sommes les gardiens de nos frères'.  Et ces imams, c’est risqué ce qu’ils font. La question que vous posez, il y a certainement…

Mais quand même, le terrorisme, ça ne concerne pas que les musulmans, ça concerne la société dans son entièreté, non ?

"C’est trop facile de dire que la société est responsable".

Et vous diriez que les musulmans sont responsables ?

"Non, je dis justement non. Au sein de chaque groupe humain, il y a des violents et ils utilisent une idéologie. Il y avait des gauchistes, au nom de Karl Marx on tuait. Les premiers attentats qui tuaient en Russie, c’était au nom de Karl Marx, le pauvre Karl Marx qui s’est intéressé quand même à notre économie et pas tellement au meurtre des uns par les autres".

Donc, pour vous, aujourd’hui, c’est important que les musulmans se rassemblent, descendent dans la rue pour lutter contre le terrorisme?

"Il y a 1 300 000 000 de musulmans. Si, d’une seule voix, ils disent 'non, il n’y aura plus de terrorisme'."

Mais pourquoi est-ce qu’ils ne l’ont pas encore fait jusqu’ici, selon vous?

"Voilà, parce que les uns parce qu’ils ont peur. Oui, vous savez la terreur de quelques-uns… Votre voisin, il est méchant, il a un couteau, vous n’allez pas à la police pour le dénoncer. Pourquoi ? Parce qu’il peut tuer votre enfant. Vous ne faites rien, vous attendez. Or, ces gens, ces quelques-uns, salissent une très belle religion. J’ai écrit 3 livres sur les femmes de l’islam : Khadija, Fatima et Aïcha. C’était des grands best-sellers et j’ai découvert une religion magnifique. Je ne vais pas me convertir puisque j’en ai déjà une".

Vous pourriez.

"Oui, je pourrais. Je pense qu’on a même trop longtemps attendu de voir. Combien de personnes, quand je vais dans les banlieues, j’ai dit à mes amis 'il faut reconnaître nos voisins musulmans parce que la haine je sais à quoi elle pourrait aboutir'. Un enfant du ghetto de Varsovie sait à quoi la haine mène, pousse les uns contre les autres. Alors, les gens me disent 'oui, mais tes amis musulmans, où sont-ils ?' Eh bien ils sont là et ils dénoncent. C’est ça qu’il fallait montrer sur toutes les télévisions du monde".

Mais est-ce que vous pensez franchement que ça va faire trembler Daech cette initiative ?

"Pourquoi pas? Moi je crois beaucoup aux pouvoirs des verbes. Vous savez, il a suffi qu’un petit Juif comme moi aille à la télévision et dise 'je viens de rencontrer Yasser Arafat', qui à l’époque était le numéro 1 sur la liste des criminels pourchassés de par le monde entier. J’ai dit 'je lui ai parlé et il veut faire la paix'. J’étais désigné du doigt et après tout le monde était heureux de voir quand il a serré la main, sur le perron de la Maison Blanche, d’Yitzhak Rabin, qui malheureusement a été assassiné. Il faut avoir le courage de faire le premier pas. Moi je ne suis pas un guerrier, je ne vais pas sortir un revolver pour aller pourchasser ceux qui me pourchassent. Je vais leur parler".

Une question encore. Après ce premier pas, comme vous le dites, il y en aura d’autres, d’autres rassemblements prévus?

"J’espère. Déjà, si nous sommes des milliers Place de la Bourse, ça serait génial. Grâce à vous d’ailleurs, grâce à ceux qui nous écoutent, qui seront peut-être touchés parce que je leur dis que ce sont les images fortes qui vont faire le tour du monde. Après, on va à Paris demain au Hyper Cacher, au Bataclan, Toulouse, Nice. Et on nous demande 'pourquoi vous ne venez en Angleterre ?'. On n’est pas allé en Angleterre tout simplement parce qu’on n’en avait pas les moyens".

Vous deviez y aller au départ.
"Vous savez, chacun s’est cotisé pour louer un bus, ce n’est pas simple. On ne représente pas une organisation, on représente des hommes qui veulent la paix et qui en ont assez de voir tuer au nom d’une religion".

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