Une journée en immersion avec la douane volante à Erquelinnes

À une centaine de mètres à peine du territoire français, une dizaine de douaniers belges ont installé un barrage filtrant à Erquelinnes. Deux motards sont en soutien pour intercepter les véhicules suspects à l’intérieur du pays. Aujourd’hui, ces douaniers vont contrôler les marchandises et le carburant, principalement des produits soumis aux accises. Parmi les automobilistes contrôlés, les avis sont plutôt partagés : "Il y a trop de gens qui font des abus. C’est normal qu’ils contrôlent", selon certains ; "ce n’est pas normal. On vient économiser quelques sous et on se fait contrôler", selon d’autres.

Les contrôles se poursuivent sans relâche. Il ne faut pas attendre longtemps pour constater la première infraction de la journée. Le réservoir d’un véhicule contient du gasoil de chauffage, plus communément appelé du rouge. Le contrevenant ne cache pas qu’il utilise régulièrement du gasoil de chauffage pour terminer ses mois : "Cela m’arrive de temps en temps pour boucler les fins de mois. C’est toujours possible [de rouler avec du diesel], mais après je préfère acheter un morceau de viande et mettre du rouge plutôt que manger que des pâtes et mettre du gasoil normal". Cet automobiliste français devra s’acquitter d’une amende de 500 euros, sous peine de voir son véhicule saisi directement. Pour passer entre les gouttes, certains automobilistes vont même jusqu’à décolorer le gasoil de chauffage, comme nous l’explique Pascal Vanden Breeden, un agent des douanes : "Il y en a qui parviennent à le décolorer. Mais nos échantillons partent dans un laboratoire à Zaventem. Là-bas, c’est analysé et il y a des traceurs qu’il y a à l’intérieur. Eux, le moindre micron, ils savent le voir".

Et puis, il y a la marchandise, comme le vin. Un produit soumis aux accises bien moins cher en France qu’en Belgique. Pour une consommation personnelle raisonnable tout va bien. Mais pour un restaurateur qui se fait contrôler le vin risque de tourner au vinaigre. Dans son véhicule, des dizaines de cubis qui représentent au total environ 400 litres. Il devra payer près de 2000 euros sur-le-champ. Autant dire qu’à ce prix-là, les cubis atteignent la valeur d’un Grand Cru.

Si certains fraudent pour encore plus de profits, d’autres commettent des infractions afin d’économiser, disent-ils, pour payer leurs factures. Mais la loi est la même pour tous… Une loi qui permet aux douaniers d’évaluer le montant de l’amende qui peut s’élever jusqu’à cinq, voire dix fois le montant des accises en jeu. En fonction du contexte, les douaniers ne cherchent pas à faire payer le prix fort. Une question de capacité de recouvrement comme nous l’explique Pascal Deglume, le responsable du service des contrôles : "Parce que cela devient difficile de percevoir à ce moment-là. Les sommes augmentent. Puis après on se retrouve avec des saisies de marchandises, de véhicules. Une Justice qui a déjà du mal à absorber tous les dossiers. Les condamnations, elles tombent. La personne est condamnée mais après il faut recouvrer cette somme. Et donc, si on n’arrive pas à recouvrir cette somme, au final on a travaillé pour rien".

Si les postes-frontières n’existent plus, les compétences de la douane volante ont été élargies. De jour, comme de nuit, sept jours sur sept, elle reste la gardienne des lois fiscales belges sur nos routes jusque dans le cœur des villes.

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