Une IVG à cause d'un doigt en moins? Des propos douteux et "insultants pour les parents"

Une porte-parole d'un mouvement pro-life a laissé croire que des interruptions volontaires de grossesse ont été pratiquées pour des raisons dérisoires, telle une surdité ou un doigt en moins. Des propos qui ne sont basés sur aucune preuve.
Une porte-parole d'un mouvement pro-life a laissé croire que des interruptions volontaires de grossesse ont été pratiquées pour des raisons dérisoires, telle une surdité ou un doigt en moins. Des propos qui ne sont basés sur aucune preuve. - © Pixabay

Récemment, la RTBF rapportait les propos de la porte-parole du mouvement pro-life "Marche pour la vie", qui avait "entendu" que des grossesses avaient été interrompues, proches du terme, pour cause de surdité ou pour un doigt manquant chez l’enfant. Constance Du Bus a également évoqué une "interprétation ultra large de la loi", arguant que "le simple fait de ne pas vouloir un enfant est interprété comme un état de détresse".

Il est faux de croire que l’on peut faire n’importe quoi, n’importe quand en Belgique

L’état de détresse de la mère est en effet un facteur déterminant dans la décision d’une interruption volontaire de grossesse (IVG), mais les cas auxquels fait référence la porte-parole se situent au-delà du délai des douze semaines. Il est alors question, dans le jargon scientifique, d’une interruption médicale de grossesse, impliquant un "péril grave pour la santé de la femme ou lorsqu'il est certain que l'enfant à naître sera atteint d'une affection d'une particulière gravité et reconnue comme incurable au moment du diagnostic", comme le précise la loi.

Ces propos de Constance Du Bus sont donc très étonnants, comme nous le confirme Luc Roegiers, pédopsychiatre périnatal des cliniques universitaires Saint-Luc : "Je doute très fort que des professionnels puissent pratiquer une interruption de grossesse pour un doigt en moins ou une déficience auditive. Nous ne sommes pas dans le cadre d’une affection d’une particulière gravité ou d’une maladie incurable".

Ce professeur d’éthique de l’UCL met en garde contre ces propos qui supposent une pratique légère des interruptions de grossesse, un point de vue "insultant pour les parents qui doivent faire face à un diagnostic impliquant une décision sur la poursuite ou non d’une grossesse".

"Il est faux de croire que l’on peut faire n’importe quoi, n’importe quand en Belgique. Une loi existe, qui est là pour cadrer la pratique, tout en laissant une marge de manœuvre nécessaire dans ce type de cas".

C’est une situation douloureuse et complexe

Ce que dit la loi, c’est que dans le cas d’une IVG après 12 semaines de grossesse, "le médecin sollicité s'assurera le concours d'un deuxième médecin, dont l'avis sera joint au dossier". Le professeur Roegiers précise par ailleurs que dans les faits, l’équipe médicale ne se limite pas à deux avis médicaux, "des spécialistes de la pathologie concernée, des représentants des sages-femmes et des représentants de monde psychiatrique sont aussi impliqués."

Et de rappeler également que, pour l’équipe médicale "c’est une situation douloureuse. Une situation complexe, mais riche sur le plan humain. C’est tout sauf désinvesti. L’accompagnement se fait dans le plus grand respect possible de ces personnes. C’est une affaire qui se passe en âme et conscience de chaque personne, de chaque professionnel."

Riche d’une carrière de 30 ans, Luc Roegiers souligne que "la loi est bien faite, elle est tout en nuance, elle impose un cadre, une rigueur, un accueil dans le cheminement de la décision. Elle protège des situations de santé problématiques pour la mère." Car, en effet, le législateur n’a pas spécifié les maladies qui peuvent conduire à une interruption de grossesse. "Elle nous donne une indication générale et évite de sortir de l’appréciation au cas par cas, en ne décrétant pas une condition de vie ou une qualité de vie, une position normative qui ferait avancer les dérives eugénistes." On est donc loin de l'interprétation ultra-large de la loi comme supposé par la porte-parole de la "Marche pour la vie".

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