Une grenade à vélo: Escale en Turquie

Une grenade à vélo: escale en Turquie
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Voilà 3 mois et presque 4.000 kilomètres que j’ai troqué ma vie quotidienne pour une vie nomade à bicyclette. Je vous écris depuis Hatay, ville du sud de la Turquie proche de la frontière syrienne, et ma vie belge me semble bien loin.

Je ne suis pas partie à cause de la crise de la trentaine

Certains jours, je me sens en vacances. D’autres, je rêve de retrouver mon quotidien : dormir dans un vrai lit, posséder plus de 3 culottes et 2 tee-shirts ou mettre du rouge à lèvre pour sortir. Je ne suis pas partie à cause d’une crise de la trentaine : j’étais aussi heureuse en Belgique que je le suis après 3 mois à bicyclette. Il ne s’agit pas « d’un dernier voyage avant d’avoir des enfants ou d’acheter une maison » mais plutôt d’une ode à la curiosité, cette même curiosité qui me pousse à découvrir le monde, qui nourrit ma créativité et mes idées. Chaque matin, c’est elle qui me réveille et me chatouille le ventre d’excitation : aujourd’hui, j’ai la chance de goûter un nouveau plat, de rencontrer une personne différente et d’avoir le souffle coupé par la beauté d’un paysage (ou par la difficulté d’une montée, je ne vais pas mentir!). Les menaces des incertitudes quotidiennes (Où dormir? Où manger? Où aller?) se sont transformées en rares chances d’apprendre.

Comprendre le monde par moi-même

Trop souvent, notre perception du monde se définit par des images négatives véhiculées dans notre société. Prenez par exemple la Turquie : sa réputation sur le plan international est plutôt mauvaise. Pourtant, c’est un pays passionnant dû à sa position, ce qui a amené une diversité incroyable de religions, d’ethnicité et de culture. Sa gastronomie est si délicieuse que je m'abstiendrai de vous la décrire, le risque de vous faire baver devant votre ordinateur étant trop grand. Pouvoir former mon opinion par moi-même et comprendre le monde par mes propres yeux est une chance immense.

Un autre élément qui a changé est ma perception du temps. En Belgique, je le percevais comme un ennemi, un adversaire qu’il fallait, à tout prix, combattre. Happés par notre quotidien, nous oublions souvent de respirer et de réclamer notre droit à l’oisiveté. En voyage, le temps se déforme et prend un sens bien différent : les heures défilent devant les paysages et s’écoulent dans les moments partagés avec les locaux. Les journées ne se définissent plus par une to-do list à terminer mais par le nombre de kilomètres à parcourir.

 

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Une leçon de vie

En étant loin de chez soi, s’adapter aux habitudes locales est nécessaire. Dans des sociétés profondément machistes, c’est parfois très frustrant. M’accoutumer à des nouvelles obligations vestimentaires ne me dérange pas mais être ignorée me touche beaucoup. Quand des hommes curieux nous posent des questions, ils s’adressent invariablement à Dries, mon compagnon. Mais j’en ai appris une leçon qui va changer ma vie : au lieu de me fatiguer à râler sur la non-considération des hommes, je m’extasie devant la complicité des femmes. Leur manière de s’exprimer diffère : elles ne viennent pas immédiatement me parler mais à chaque sourire échangé, je perçois leur curiosité. Cette même curiosité qui me réveille chaque matin.

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