Une formation contre l'homophobie et la transphobie pour les policiers

Une formation contre l'homophobie et la transphobie pour les policiers
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Une formation contre l'homophobie et la transphobie pour les policiers - © Tous droits réservés

Mercredi, une petite dizaine de policiers bruxellois a assisté à une formation de sensibilisation à l’homophobie et à la transphobie. Comment réagir face à une victime d’agression homophobe ? Quels mots utiliser face à une personne homosexuelle ou transgenre quand elle vient déposer plainte ? L'association Rainbowhouse de Bruxelles a donné quelques réponses.

La formation a commencé avec quelques bases linguistiques. D'emblée un participant remercie le formateur : "Moi, LGBT plus machin, je ne sais pas ce que ça veut dire !". Un cigle très utilisé pour rassembler les personnes lesbiennes, gays, bi et trans. On peut y ajouter I pour Intersexe et Q pour queer.

Cet éclairage linguistique semble nécessaire. Lorsque les participants se présentent, ils expliquent s'ils ont déjà eu des dossiers liés à la communauté LGBT. L'un d'entre eux révèle le terme utilisé pour parler des personnes transgenres d'Amérique latine : "Nous, on les appelle les Ricardo !". Max Nisol de l'association Genre Pluriel souligne : "Maintenant, vous pourrez utiliser le mot trans ou transgenre".

Des conseils pour accueillir correctement des victimes d'agression sont distillés au fur et à mesure de la formation. Oliviero Aseglio, formateur et porte-parole de la Rainbowhouse, commence avec la base : "Il ne faut pas marquer trop fortement son étonnement quand on apprend qu'une personne est trans ou homosexuelle", explique-t-il avant de poursuivre : "Il ne faut pas demander à la victime si elle est réellement gay, lesbienne ou trans. L'important, c'est l'agression. Pas l'orientation sexuelle de la victime".

Révéler son intimité à un inconnu

Des victimes qui subissent parfois une double peine. Il y a d'abord la violence de l'agression. Il y a ensuite la nécessité de dévoiler une partie de son intimité devant un inconnu : "On leur demande de faire leur coming out devant un policier", souligne Oliviero Aseglio.

Lors de cette formation, deux policiers référents pour les questions de discriminations et LGBT sont présents pour répondre aux questions de leurs collègues. Depuis 2013, chaque zone de police locale doit avoir son référent. À Liège, cette casquette est portée fièrement par l'officier de police judiciaire Jean-Marie Monseur et par le 1er inspecteur-enquêteur Josiane Mestdagh.

 

À leur tour, ils donnent quelques conseils à leurs collègues. Jean-Marie Monseur : "Les homosexuels ne sont pas des extraterrestres, ce sont des personnes comme vous et moi. Il n’y a pas de raison de les accueillir différemment, moins bien ou mieux qu’une autre personne", insiste-t-il avant d'ajouter : "Il faut évidemment faire preuve d'écoute et d'empathie".  

Pour Josiane Mestdagh, il faut aussi penser à trouver un lieu calme et propice à l'écoute. "On ne va pas prendre une déposition sur un coin de trottoir", lance-t-elle.

Le binôme effectue ses patrouilles à Liège. Ils sont régulièrement prévenus par les associations lorsqu'un gros événement ou une grosse soirée se prépare. "Notre boulot, c'est aussi d'aller au contact des associations et d'aller dans les soirées. On veille pour que tout se passe bien" rassure l'officier Monseur. Tout en sachant que certaines bandes rodent parfois autour de ces événements pour "casser du pédé".

Je suis lesbienne, désolée !

Après avoir suivi une partie plus théorique, les policiers en formation ont assisté à des petites scènes jouées par deux comédiens. Des scènes basées sur des témoignages d'histoires réellement vécues. Dans la première scène, une jeune femme se confie après une agression : "Je sortais de l'Ancienne Belgique, j'étais avec Sophie. Ils nous ont vu et ils ont commencé à me frapper, à me cracher dessus. Le problème, c'est que je suis lesbienne, désolée". Dans cette scène, la comédienne est au bord des larmes. L'émotion transparait. Le formateur Oliviero Aseglio demande ensuite aux policiers de réagir.

Dans la scène suivante, les comédiens jouent une scène de dépot de plainte. Un homme a été agressé, le motif est homophobe. La policière qui reçoit sa plainte ne montre aucune empathie. En sortie de scène, les policiers réagissent. "Oui, mais lui, ça se voit que c'est un pédé !", s'exclame-t-il spontanément avant de se reprendre gêné. Manifestement, il y a encore du chemin à faire.

En 2017, UNIA a ouvert 84 dossiers pour des discriminations ou violences en raison de l’orientation sexuelle.

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