Une enfance sans école, ou quand "les apprentissages peuvent se faire n'importe où, n'importe quand"

Une enfance sans école, ou quand "les apprentissages peuvent se faire n’importe où, n’importe quand"
Une enfance sans école, ou quand "les apprentissages peuvent se faire n’importe où, n’importe quand" - © Tous droits réservés

Nous sommes dans une vieille maison de vacances familiale pleine de souvenirs à la Côte belge, à Saint-Idesbald plus précisément.

C’est là qu’une famille de cinq enfants, dont trois en âge d'être scolarisé, vient se ressourcer depuis trois ans autour du 1er septembre. Nous sommes très loin de l’agitation de la rentrée…  Ici pas de stress, pas d'horaire, pas de sonnerie d'école, et pas vraiment d'enseignant non plus. Ici, Aurélie et Cédric ont décidé de scolariser leurs enfants "à la maison", ou en tout cas, sans passer par l'école.

Alors qu'ils s’apprêtent à prendre le petit-déjeuner, ils nous expliquent leur choix.

Pour une famille dont les enfants ne vont plus à l’école, que représente encore le 1er septembre ? Est-ce que c’est encore une date symbole ?

Aurélie : "C’est d’abord le lendemain du 31 août. C’est une date symbole, oui. On va dire qu’on marque le coup parce qu’on essaie d’être à la mer ou d’être ailleurs pour montrer aux enfants, finalement, que les apprentissages peuvent se faire n’importe où, n’importe quand. S’il y avait une chose à retenir sur le 1er septembre, ou en tout cas autour du 1er septembre, c’est surtout la remise à plat des nouveaux projets et des objectifs que les enfants ont envie d’atteindre, qu’on a envie de réaliser avec eux. Et c’est aussi l’occasion de rediscuter des activités qu’ils vont mettre en place pour l’année."

Aurélie se consacre à ce projet d'enseignement  à 100 %. Cédric travaille comme indépendant ; mais il se consacre aussi à ce projet d’enseignement.

Comment cela se passe-t-il concrètement ? Est-ce qu’il y a des conditions à respecter pour pouvoir déscolariser ses enfants ?

Aurélie : "Il faut remplir une déclaration d’enseignement à domicile qui doit être rendue au plus tard le 30 septembre. Les choses sont en train d’évoluer. On n’est pas obligé, mais on peut expliquer les raisons de la déscolarisation. Une fois que ces documents sont bien rentrés, on poursuit notre petit bonhomme de chemin, c’est-à-dire qu’on vit ensemble essentiellement et les apprentissages se font dans la vie de tous les jours au travers d’activités quotidiennes mais aussi culturelles, de rencontres, de visites. Ce sont des apprentissages à la fois formels qu’informels."

Une des filles, Charlie, explique comment ça se passe pour apprendre dans cette famille. "On va visiter des musées. Quand il fait beau, on va se balader et on apprend en se baladant, on apprend ce qu’on voit sur notre chemin. C’est plutôt mes parents qui me proposent des choses à apprendre et parfois je pose des questions ensuite." Elle explique qu'elle a déjà eu un test certificatif, qu'elle a réussi. "Mais il faut travailler avant" précise-t-elle.

C’est un choix vraiment particulier que vous avez fait. Il demande pas mal d’investissements. C’est un choix complet. Pourquoi avez-vous décidé de faire ce pas dans cette famille ?

Cédric : "La valeur centrale qui nous anime, qui menait notre projet de famille, c’était la liberté et le fait de justement scolariser les enfants à domicile nous permettait cette liberté en termes de rythme de vie. C’est pour ça que nous sommes en vacances le 1er septembre contrairement à la majorité des gens. En termes de méthodes d’apprentissage pour les enfants aussi bien qu’en termes de choix de lieux de vie. Ca remettait vraiment le choix et la liberté au centre de notre vie."

C’est parfois difficile d’être jugé en permanence

En revanche, ce n’est pas toujours nécessairement facile à assumer. La fille aînée de la famille, Coline 13 ans et demi, à ce sujet.

"Je le confirme, c’est parfois difficile d’être jugé en permanence, d’avoir des questions que les gens posent et, en fait, quand tu réponds tu te rends compte qu’ils n’écoutent pas vraiment. Tu sens bien qu’ils ne sont pas ouverts. C’est parfois une raison pour laquelle je me dis " ben tiens, l’école, est-ce que si je fais comme tout le monde on va arrêter de me poser des questions ". Ce n’est pas facile de devoir expliquer à dix personnes différentes chaque fois le projet, surtout que ça ne se résume pas en quelques phrases."

En Fédération Wallonie-Bruxelles, il y a plus de 900 élèves qui ont fait ce choix de la déscolarisation pour différentes raisons. C’est un chiffre qui est en augmentation. C’est légal, mais la Fédération Wallonie-Bruxelles aimerait maintenant mieux encadrer la pratique puisqu’elle est en augmentation. Un décret est dans l’air en Fédération Wallonie-Bruxelles.

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