Une "boîte à bébés" à Bruxelles ? "Une pratique moyenâgeuse"

"Ce sont rarement mes mères elles-mêmes qui abandonnent leur enfant" explique Bernard De Vos
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"Ce sont rarement mes mères elles-mêmes qui abandonnent leur enfant" explique Bernard De Vos - © BENOIT DOPPAGNE - BELGA

Une "boîte à bébés" sera installée d'ici à la fin du mois à Evere, en région Bruxelloise. Il s'agit d'un lieu où les mamans peuvent abandonner leur nouveau-né dans l'anonymat total, à l'instar de ce qui se fait déjà dans plusieurs pays européens (y compris en Belgique, puisqu'une boîte à bébés existe depuis 16 ans à Anvers, où 9 nourrissons ont déjà été déposés).

L'initiative bruxelloise est portée par l'ASBL Corvia, une association qui aide les sans-abris et qui a déjà fait parler d'elle à plusieurs reprises, avec quelques projets controversés. Notamment en 2009, lorsqu'elle a lancé le concours Miss SDF avec un logement à la clef pour la lauréate. Puis en 2015, en aménageant à Schaerbeek une "love room", une cabane de jardin permettant un moment d'intimité aux couples qui vivent dans la rue. 

Le système de "boîtes à bébés" est loin de faire l'unanimité. Si ses défenseurs estiment que l'abandon de nouveaux-nés est hélas une réalité, et qu'il vaut mieux organiser le recueillement de l'enfant, ses détracteurs au contraire condamnent un procédé non éthique, et qui n'est disent-ils, une solution ni pour la mère ni pour l'enfant. C'est précisément la position du Délégué général de la Communauté Française aux droits de l'enfant. Interview.

Bernard De Vos, que pensez-vous de ces "boîtes à bébés"?

C'est une pratique moyenâgeuse. Ça rappelle les fameux tours d'abandons où l'on pouvait -en toute discrétion- déposer un bébé. Ils avaient disparu depuis un siècle et aujourd'hui, le concept revient. Cette réapparition pallie en réalité le fait que chez nous en Belgique, il n'y a pas moyen d'accoucher dans la discrétion. Je dis bien dans la discrétion, et pas sous x- c'est-à-dire sans apparaître sur le certificat de naissance de l'enfant, mais avec la possibilité, pour l'enfant à ses 18 ans, d'avoir accès aux secrets de ses origines. Ce qui est terriblement important en matière de fondation de l'individu. La convention relative aux droits de l'enfant et l'éthique veulent que les enfants puissent connaitre leurs parents ou au moins avoir accès aux secrets de leurs origines.

A défaut d'une telle législation, ne peut-on pas considérer qu'organiser le recueillement de l'enfant soit un "moindre mal"? 

Non. Parce qu'on sait à travers les maigres recherches qui existent sur le sujet (tout ça est terriblement secret), que c'est souvent des hommes qui déposent les enfants dans ces boîtes à bébés. Ou alors des proches. Mais rarement les mères elles-mêmes. Et donc on peut s'interroger quant à leur consentement à abandonner réellement leur enfant. Cela nous incite évidemment à travailler sur l'accompagnement de la grossesse et de la maternité.

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