Une bactérie pour lutter contre l'obésité bientôt testée sur l'homme

Une bactérie pour lutter contre l'obésité bientôt testée chez l'homme
Une bactérie pour lutter contre l'obésité bientôt testée chez l'homme - © Tous droits réservés

Le prestigieux fonds InBev-Baillet Latour récompensera cette année le professeur Patrice Cani, de l'UCL, pour ses recherches dans le domaine médical. Un crédit de 450 000 euros sur trois ans lui sera remis ce jeudi en présence de la reine Mathilde. Patrice Cani travaille depuis longtemps sur la flore intestinale, et en particulier sur une bactérie qui pourrait aider à lutter contre l'obésité.

Patrice Cani est un diététicien qui a ensuite terminé un master en nutrition. Il est aussi docteur en sciences biomédicales. L'homme n'a qu'une obsession depuis vingt ans : traquer les milliards de bactéries qui vivent dans nos intestins. Un "microbiote", comme on dit, qui se révèle très intéressant, car capable d'influencer notre appétit et même notre immunité.

Il nous explique : "On considère qu'il y a 100 000 milliards de bactéries dans notre intestin, c'est-à-dire dix fois plus que nos cellules humaines. Il faut imaginer simplement que ces cellules sont des cellules vivantes qui dialoguent entre elles, qui ont la capacité d'interagir entre elles, mais qui dialoguent aussi avec nos organes, avec nos propres cellules et vive et versa."

La bactérie qui fait perdre du poids aux souris obèses

En 2007, un peu par hasard, en modifiant l'alimentation de souris, Patrice Cani constate qu'une bactérie peu connue à l'époque (elle a été identifiée aux Pays-Bas en 2004) est cent fois plus présente dans l'intestin des souris minces que dans celui des souris obèses... Il décide alors d'en administrer aux souris en surpoids pour en mesurer l'effet.

Et, magie, les souris obèses se mettent à maigrir. La bactérie Akkermansia muciniphila semble donc avoir des pouvoirs secrets, du moins chez la souris. Son équipe va alors mener plusieurs études sur ces rongeurs, et celles-ci confirment l'action de la bactérie sur le poids des souris. Mais qu'en est-il pour l'homme ?

450 000 euros pour tester la fameuse bactérie sur l'homme

Aujourd'hui, Patrice Cani vient donc d'être récompensé par le prix InBev-Baillet Latour. Il recevra chaque année un crédit de 150 000 euros pendant trois ans pour mener d'autres recherches. L'équipe forte d'une vingtaine de chercheurs se prépare donc à passer à l'étape suivante.

Pour Patrice Cani, il s'agit de franchir le cap et de passer de l'animal à l'homme. C'est une étape importante pour lui, car il s'agit de faire autre chose que de la recherche fondamentale sur des animaux de laboratoire, mais aussi de la recherche transversale et de montrer que ce qui est démontré chez l'animal pourrait être démontré chez l'homme. Voilà pourquoi toute l'équipe s'active à la mise en place d'un protocole pour mener des tests cliniques.

Dans les différents laboratoires de l'institut de "Louvain Drug Research" de l'UCL, on mesure l'abondance de la bactérie dans un échantillon; dans un autre laboratoire, on la cultive déjà dans un incubateur pour poursuivre les tests sur les souris. Pour l'homme, la bactérie en question, sera produite différemment avec des critères de culture beaucoup plus stricts. Si tout va bien, une cinquantaine de patients récemment diagnostiqués comme diabétiques seront recrutés avant fin de cette année. Il ingèreront la bactérie pour pouvoir mener un tout premier test clinique sur l'homme.

Mais le professeur lauréat reste prudent et modeste : "On n'a pas la prétention de dire qu'on va découvrir la panacée contre l'obésité. Si on arrive à diminuer le poids corporel, c'est génial, si on arrive en plus de cela, et même uniquement, à modifier le taux de sucre dans le sang, diminuer les risques cardio-vasculaires, ce serait la première victoire que l'on pourrait espérer.

Alors une bactérie magique contre l'obésité humaine ? On attend avec impatience les premiers résultats de ces premiers tests cliniques en 2017.

Pascale Bollekens

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