Une aide pour les femmes exilées en souffrance

ASBL Woman Do
ASBL Woman Do - © RTBF

Il existe trop peu de services pour prendre en charge les femmes exilées qui ont vécu des violences psychiques et physiques dans leur pays d’origine. Depuis un an, un service d’accompagnement a été créé, Woman Do, qui pourrait se traduire par "le chemin de la femme".

Le chemin que ces femmes ont parcouru pour arriver en Belgique comme demandeur d’asile, le chemin qu’elles doivent entreprendre pour se reconstruire et poursuivre leur vie. Elles sont pour la plupart originaires de l’Afrique subsaharienne, surtout de Guinée mais aussi de Russie, Tchétchénie, Irak, Afghanistan. Woman Do suit pour l’instant une quarantaine de femmes comme Madina et Hawa.

La diversité des souffrance

Madina est éthiopienne, elle a une trentaine d’années. Elle appartient à la communauté Afar. Elle s’est révoltée contre la confiscation de ses terres par la police. Elle a été séquestrée, emprisonnée pendant plusieurs mois et torturée jusqu’à ce qu’elle renonce à ses terres.

A cela, s’ajoute les horreurs liées aux mutilations sexuelles, l’infibulation c’est-à-dire l’occlusion presque complète des organes génitaux qui ne laisse qu’une minuscule ouverture pour l’écoulement de l’urine et des règles. "Moi, je ne me rappelle pas de l’excision que j’ai vécue petite ; par contre, mes cinq accouchements, je m’en souviendrai toute ma vie ; les ciseaux énormes avec lesquels on nous ouvre pour accoucher et une fois que le calvaire de l’accouchement est fini, il faut de nouveau se faire réinfibuler pour satisfaire le mari. Notre vie de femme, c’est nous fermer, nous ouvrir…".

Hawa, elle, est guinéenne ; elle a une vingtaine d’années et vient d’obtenir son statut de réfugiée. A 19 ans, ses parents lui ont choisi un mari, un ami de son père. Hawa a donc été mariée de force ; elle ne l’a jamais accepté : "je détestais le mari qui m’a été donné ; je me voyais mal vivre avec quelqu’un que je déteste, que je considère comme un monstre. Il voulait avoir des relations intimes avec moi, je refusais, il me battait, s’acharnait contre moi, j’appelle cela un viol".

Une psychothérapie spécifique

Anne Graindorge a créé cette ASBL "Woman Do" ; elle nous rappelle qu’à toutes ces violences s’ajoute aussi celle de l’exil : "Le temps de pouvoir obtenir la protection en Belgique, souvent plus d’une année est passée ; souvent deux ou trois, et c’est un temps pendant lequel, elles restent dans l’angoisse terrible d’être renvoyées dans leur pays et d’être confrontées à nouveau à ces événements traumatiques, avec une angoisse de mort". Anne Graindorge est juriste de formation, spécialisée dans le droit des étrangers, elle connaît la détresse de ces migrants. Elle a suivi pendant plusieurs années des formations pour devenir psychothérapeute et aujourd’hui, elle met toutes ses connaissances à la disposition de ces femmes exilées.

Une approche efficace

Si la psychothérapie s’appuie d’abord sur le verbal, mettre en mots leur histoire, Anne Graindorge a aussi une approche psychocorporelle qui donne de bons résultats avec ces femmes qui ont souffert dans leur chair. Madina et Hawa étaient au départ réticentes à l’idée d’être suivies sur le plan psychologique ; aujourd’hui, elles attendent avec impatience leur prochain rendez-vous. Madina voulait mourir ; maintenant, elle a l’impression de renaître. Hawa avait perdu confiance en elle, elle n’avait plus la volonté de se battre. Depuis sa rencontre avec Anne Graindorge, elle nous confie : "Je peux commencer à vivre ma vie parce que celle d’avant, ce n’était pas ma vie, c’était celle imposée par mes parents".

Dominique Burge

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